Dans
une démocratie, le législateur obtient son mandat du peuple par la
voie de l’élection. Ce mandat doit correspondre aux différentes
aspirations de ceux dont les suffrages lui sont nécessaires pour être
élu. Les tendances diverses au sein de l’opinion publique
courante se communiquent ainsi à l’assemblée par le canal de la
volonté de ce corps électoral que le législateur représente. Le
volume du corps électoral ainsi représenté détermine
l’attitude du législateur et la composition politique de
l’ensemble de la représentation nationale ainsi que le caractère
des lois élaborées. Il est évident, dès lors, que les hommes et
les femmes qui briguent des charges électives, et des groupements
politiques qui présentent des candidats à ces charges, doivent
garder à l’esprit les caractéristiques du corps électoral
auquel ils font appel.
Dans
la conception de la démocratie représentative, le corps législatif
est l’organe représentatif. Mais, qu’a-t-il à représenter ?
On
peut dire qu’il représente “ le pays ”, “ la
nation ”, “ le peuple ”. Chaque représentant
correspond à un échantillon miniaturisé de l’ensemble. Mais
quelles sont les modalités de cette représentation et comment
doit-elle être élaborée ? Dans quelle proportion les parties
du tout doivent-elles être représentées ? En outre, quelles
sont les divisions du pays, de la nation ou du peuple qui sont
prises en compte pour être représentatives ?
Toutes
questions qui ne sauraient être éludées et qui méritent une
attention particulière de la part de tout responsable politique
soucieux de faire prévaloir les intérêts du peuple sur ceux des
coteries et autres groupes particuliers. Dans un système de
gouvernement démocratique, les réponses à ces différentes
interrogations sont données dans le Code électoral : une loi
démocratiquement élaborée qui détermine les modalités des élections
aux fonctions de représentation du peuple.
Notre
loi fondamentale en énonçant, dans son article 4, que le vote est
égal pour tous, a opté clairement pour un système de représentation
égalitaire à tous les niveaux, c’est-à-dire que l’égalité
de base des citoyens leur donne une égalité de représentativité,
principe cher à tous les grands démocrates de tous les temps et de
tous les continents. Le principe rendu célèbre par Nelson Mandela
et tous ses compatriotes de l’ANC dans leur lutte contre
l’apartheid. On peut donc penser que l’esprit de notre loi
fondamentale veut que la représentation des citoyens à la chambre
législative soit basée sur un rapport d’égalité pour tous les
citoyens : un homme, un vote où chaque élu doit se prévaloir
d’un même nombre d’électeurs, et qu’un élu ne peut parler
au nom d’un groupe d’électeurs privilégiés. Personne dans la
représentation ne peut et ne doit parler au nom d’un échantillon
plus petit par rapport à celui d’un autre élu. Tous les échantillons
miniaturisés de l’ensemble de la nation qui sont représentés à
l’assemblée législative doivent avoir la même valeur numérique
et représenter la même quantité de citoyens égaux.
Aujourd’hui,
l’exigence de révision du Code électoral répond aux seuls critères
implicites de la démocratie qui requiert une égalité des chances
à tous les citoyens adultes et une égalité de statut entre les
citoyens. Ce qui impose une juste et équitable représentation dans
le cadre d’une démocratie représentative. Chaque citoyen détenteur
d’un mandat doit pouvoir parler au nom d’un échantillon du
corps électoral de même importance numérique que celui des autres
représentants.
Du
point de vue de la démocratie, personne ne peut contester la valeur
générale de ce principe. Le citoyen pris individuellement est
certainement l’unité de base qui fonde le démos, ceci est
aussi vrai dans les démocraties modernes. Ce critère fondamental
est devenu la norme essentielle pour l’application de l’idée et
du principe d’égalité dans l’expression de la souveraineté du
peuple. Aucune dérogation à ce critère ne saurait être admise
dans un processus électoral basé sur la norme démocratique. Un
homme, un vote. Une représentation qui ne respecte pas ce principe
impose de facto à la société, dans sa représentation, une
sorte d’apartheid inadmissible.
Aucun
argument valable ne peut être opposé au principe de l’égalité
numérique dans la représentation du corps électoral d’un pays démocratique.
En effet, tout argument qu’on veut opposer à ce critère est indéfendable.
Cependant, il en est qui méritent notre attention. Par exemple une
représentation idéale doit être équitable. Mais, comment
traduire l’équité qui est une qualité, par des nombres qui sont
des quantités ?
Quand
on pose le problème de la représentation équitable, il y a celui
des caractéristiques du système électoral à considérer. Les
combinaisons qu’on peut imaginer entre la mathématique du décompte
des suffrages et les systèmes de répartition de ces suffrages pour
considérer l’élection d’un candidat sont pratiquement
innombrables. Mais on doit les juger en fonction de l’efficacité
avec laquelle elles permettent d’atteindre les buts recherchés.
Le premier but d’une élection est le contenu de la représentativité :
savoir ce que veut le peuple. Le deuxième qui découle du premier
est de s’assurer qu’il y a une nette majorité du corps électoral
qui désire que les gouvernants agissent d’une certaine façon.
Les systèmes électoraux sont conçus pour dégager à un moment
donné une majorité dans l’opinion, et qui s’identifie pour un
temps à la mission de gouverner que le citoyen délègue à la représentation
qu’il choisit. Cette majorité inspire les lois qui sont faites,
tout en assurant à la partie de l’opinion minoritaire du corps électoral
une représentation suffisante pour lui permettre de se protéger
convenablement des lois et agissements de la majorité du moment. Il
n’existe pas en l’occurrence de système idéal pour réaliser
parfaitement cet objectif.
L’expérience
donne aujourd’hui le choix entre deux systèmes, dont aucun
n’est parfait. L’un divise l’Etat en de nombreuses petites
circonscriptions dont chacune sera représentée dans le corps législatif
par une seule personne. L’autre divise l’Etat en des
circonscriptions plus grandes, dans chacune desquelles les électeurs
peuvent choisir plusieurs représentants.
Le
système de représentation unique par circonscription a
l’avantage de la simplicité. Le choix qui lui est présenté étant
limité à un individu. L’électeur a moins de difficulté à décider
pour qui il vote. Il convient dans notre pays à la circonscription
rurale sous-peuplée, dont la représentation doit répondre
cependant à la norme démocratique de représentativité égalitaire :
chaque élu représente un même nombre d’électeurs.
Le
système qui divise l’Etat en circonscriptions électorales plus
importantes, désignant chacune plusieurs représentants, augmente
les chances d’une meilleure représentation de toutes les
tendances politiques engagées dans la compétition. Chaque tendance
peut, en organisant ses partisans sur toute l’étendue de la
circonscription, obtenir suffisamment de suffrages pour faire élire
un ou plusieurs représentants, dans la proportion des voix obtenues.
C’est le système de représentation proportionnelle que l’on
pourrait appliquer dans les agglomérations urbaines où les
populations plus concentrées sont en nombre plus important que dans
les zones rurales.
C’est
un fait que dans un pays, la population n’est jamais répartie également.
Elle est particulièrement concentrée dans les grandes villes, et
très dispersée dans les zones rurales. Le tout est de savoir ce
qui va être représenté à l’Assemblée : le pays, c’est-à-dire
les espaces territoriaux, la nation, le peuple, c’est-à-dire le
citoyen ou l’individu ?
La
concentration urbaine procure beaucoup d’avantages politiques en démocratie.
La proximité rend l’organisation plus facile. Il y est plus
facile aussi de mener campagne parce que le candidat à une fonction
élective peut atteindre plus aisément l’électeur, et ce dernier
y a de meilleures possibilités de faire connaître ses désirs. Ce
qui rend le rapport de la représentation en démocratie plus
responsable.
Une
représentation équitable doit tenir compte de cette donnée pour
respecter le principe d’égalité en démocratie républicaine.
Sur
la base du Recensement
général de la population et de l’habitat du 1er
juillet 1993, du Ministère de la Planification et de l’aménagement
du territoire, nous pouvons avoir une indication objective et réaliste
de ce que devrait être une représentation démocratique juste et
équitable au sein du corps législatif de notre pays, et sur quelle
base on devrait faire le découpage des circonscriptions.
Tableau
1. Représentation nationale par quota égal pour chaque Député
(
Source : Tableau 09 - Recensement général de la population et
de l’habitat du 1er juillet 1993, p.17)
|
Prov.
|
Population
totale
|
Pop.
expa-
triée
|
Pop.
natio-nale
|
Elect. :
56%
de
popula-
tion
nationale
|
1996
Loi
n°22/96
du
15/3/96
Inscrits
|
Répar.
/
élus
|
Repr.
moy.
|
Repré.
1/4000
|
Repré
1/5400
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Est.
|
37.851
|
|
|
21.185
|
|
8
|
2.648
|
5,29/5
|
3,39
/3
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Ht.O.
|
103.583
|
10.237
|
93.346
|
52.274
|
57.367
|
17
|
3.374
|
13,06/13
|
9,68/10
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
M.O.
|
42.161
|
2.897
|
39.264
|
21988
|
33.414
|
9
|
3.341
|
5,49/5
|
4,07
/4
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Ng.
|
77.307
|
2.718
|
74.584
|
41.767
|
40.635
|
17
|
2.390
|
10,44/10
|
7,77
/8
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Ny.
|
39.249
|
1.699
|
37.550
|
21.028
|
19.096
|
10
|
1.909
|
5,25/5
|
3,88
/4
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
O.Iv
|
48.751
|
2.164
|
46.587
|
26.088
|
20.592
|
9
|
2.299
|
6,52/7
|
4,83
/5
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
O.Lo
|
43.804
|
1.777
|
42.027
|
23.535
|
26.861
|
10
|
2.238
|
5,88/6
|
4,35
/4
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
O.M.
|
97.685
|
15.385
|
82.200
|
46.032
|
43.112
|
13
|
3.316
|
11,50/12
|
8,52
/9
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
W.N
|
96.901
|
10.890
|
86.011
|
48.166
|
65.497
|
17
|
3.853
|
12,04
/12
|
8,91
/9
|
|
LBV
|
417.428
|
100043
|
317385
|
177736
|
|
10
|
17773
|
44,43/45
|
32,91/33
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Tot.
|
1.010.276
|
153.490
|
856785
|
479.799
|
|
120
|
3.998
|
119,99
/120
|
88,85
/90
|
Par
rapport au tableau ci-dessus, il convient d’apporter quelques
remarques qui valent la peine d’être faites.
1°)
Si le nombre actuel de représentants à l’Assemblée nationale,
c’est-à-dire 120 députés, est maintenu, la représentation
et le découpage des circonscriptions ne doivent se faire que sur la
base d’un député pour environ 4000 citoyens électeurs
environ.
2°)
Si le nombre avancé de 90 députés est retenu pour les
prochaines législatures, il faut absolument que chaque élu le soit
pour un corps électoral d’au moins 5.400 électeurs.
3°)
Nous avons retenu un corps électoral national égal à 56% de la
population totale. Dans un pays comme le Sénégal, où on peut
avoir des raisons de croire à la fiabilité du chiffre d’électeurs
appelés lors de l’élection à la présidence de la République,
qui a lieu en ce moment dans ce pays, nous constatons que pour une
population de 9,I millions, le corps électoral s’élève à 2,7
millions de personnes. Soit un taux d’environ 29,67% de la
population totale. Comparé au chiffre de 659.000 inscrits du corps
électoral avancé par le Ministre de l’Intérieur lors de la
mascarade électorale du 6 décembre 1998, soit notre population
devrait être égale à 2.306.615 personnes, soit le taux de
personnes en âge de voter qui s’étaient inscrites est de 77% de
la population nationale gabonaise. Estimations toutes grotesques et
ridicules qui transforment l’expression du suffrage au Gabon en
une véritable farce électorale.
4°)
On voit ainsi comment la Loi N°22/96 du 15 avril 1996, portant
fixation et répartition des sièges de députés par province, département
et commune, est non conforme à l’égalité constitutionnelle des
citoyens. Son application a conduit à la situation suivante :
a)
Quarante (40) circonscriptions électorales de moins de 2.000
électeurs inscrits ; soixante sept (67) circonscriptions de
moins de 4.000 électeurs inscrits correspondant à la moyenne
nationale pour 120 députés représentant un corps électoral de
479.799 électeurs.
Il
est donc clair que la représentation du corps électoral dans
l’Assemblée actuelle, par ses flagrantes inégalités, n’a pas
respecté le principe constitutionnel de l’égalité du vote. Il
n’est pas normal que certains députés représentent moins de
1000 électeurs, alors que d’autres sont élus par un corps électoral
de plus de 10.000 électeurs. Pourquoi dans notre pays y aurait-il
des citoyens ayant autant de souveraineté que 10 ou 20 autres ?
Cette situation est inacceptable et ne devrait se pérenniser sous
aucun prétexte. Une telle situation est ni plus ni moins un
apartheid et un mépris flagrant pour le droit des autres citoyens
qu’aucun gabonais ne saurait davantage tolérer. Et, répétons-le,
c’est une injustice et une insulte pour les autres citoyens,
source de possibles révoltes violentes.
b)
Treize (13) Députés, parmi lesquels le Secrétaire Général
du PDG et le Ministre de l’intérieur, représentent chacun moins
de 1.000 électeurs inscrits. Notre Ministre de l’Intérieur est Député
de 521 électeurs inscrits avec 354 suffrages.
Haut
Ogooué
1.
Kami Jules (PDG, représentant de la Passa, siège canton Djoumou de
1184 électeurs inscrits, élu avec 454 voix)
2.
Kawangh Daniel Charles (PDG, représentant le département des
Plateaux de 792 électeurs inscrits, élu avec
698 voix)
3.
Marat Abyla Luc (PDG représentant de la commune d’Akiéni
de 1707 électeurs inscrits, élu avec 535 voix)
4.
Onkeya Félix (PDG représentant du département de Bayi-Brikolo de
1123 électeurs inscrits, élu avec 590 voix)
Ngounié
5.
Digombé Lazare (PDG représentant le département de Bouye-Onoye de
518 électeurs inscrits, élu avec 299 voix)
Nyanga
6.
Mboumbou Miyakou Antoine (PDG représentant le département de la
haute Banio de 521 électeurs inscrits, élu avec 354 voix)
7.
Moudounga Séraphin (PDG représentant le département de la
Douigny-Moabi- de 919 électeurs inscrits, élu avec 290 voix)
8.
Ngoma Angélique (PDG représentant le département de la Basse
Banio de 877 électeurs inscrits, élu avec 290 électeurs)
Ogooué
Lolo
9.
Guedet Manzéla Simplice (PDG représentant le département de
Mouloundou-Lastourville 3e siège de 1798 électeurs
inscrits, élu avec 819 voix)
10.
Indoumou Bernabé (PDG représentant le département de la Lombo-Bouénguidi
canton Basse-Lombo de 950 électeurs inscrits, élu avec 319 voix)
11.
Madounga Boudianga (PDG
représentant le département de l’Offoué-Onoye [Iboundji] de
1589 électeurs inscrits, élu avec 670 voix)
Ogooué
Maritime
12.
Magoundji Mahotès (PDG représentant le département de Ndougou [Gamba]
2e siège de 654 électeurs inscrits, élu avec 323 voix)
13.
Wora-Yi-Ndenguino (PGP représentant le département d’Itimboué [Omboué]
2e siège canton Iguela de 408 électeurs inscrits, élu
avec 172 voix)
De
quelle légitimité populaire peuvent se prévaloir les députés pédégistes
des circonscriptions ainsi sous-représentatives, élus par hasard dès
le premier tour, par rapport à ceux qui représentent un corps électoral
10 ou 20 fois plus important en nombre. Sur la base de la loi n°22/96
du 15/3/96, 1 citoyen du canton Iguela pèse autant en souveraineté
que 81 citoyens du 3e arrondissement de Libreville,
pourquoi ? Et pourtant :
“ Le
suffrage est universel, égal et secret ” Art. 4 (alinéa 1)
de la Constitution
Tableau
2. Représentation de l’agglomération urbaine Libreville / Owendo
(Source :
Tableau T. 45a. Recensement général de la population et de
l’habitat 1er juillet 1993, p.71)
|
Quartier
|
Pop.
nationale
|
Elec.
56%P.
na
|
Loi
N°22/96
du
15/3/1996
inscrits
|
Répartition
Elus
|
Repré-
sentation.
moyenne
|
Rep.
1/4000
|
Rep.
1/5400
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
1eArr.et
N.
|
47.119
|
26.387
|
17.040
|
2
|
8520
|
6,59
/ 7
|
4,88
/5
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
2eArr.
|
50.980
|
28.548
|
29.478
|
2
|
14.989
|
7,13
/ 7
|
5,28
/5
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
3eArr.
|
73.657
|
41.248
|
33.027
|
2
|
16.514
|
10,31/10
|
7,13
/7
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
4eArr*.
|
16.759*
|
9.385
|
24.985*
|
2
|
12.493
|
2,34
/ 3*
|
1,73
/2
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
5eArr.
|
42.426
|
23.759
|
21.470
|
2
|
10.735
|
5,93
/ 6
|
4,39
/4
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
6eArr.
|
66.067
|
36.998
|
|
|
|
9,24
/ 9
|
6,85
/7
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Libreville
|
297.008
|
166.325
|
126.000
|
10
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Ow.P.Sud
|
20.377
|
11.411
|
|
1
|
|
2,85
/ 3
|
2,11
/ 2
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Lbv
/ Ow.
|
317.385
|
177.736
|
|
11
|
|
44,43/45
|
32,92/33
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Estuaire
|
37.851
|
21.185
|
|
7
|
|
5,29
/ 5
|
3,92
/4
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
C.Mondah)
|
22.374*
|
9.173.
|
|
(2)
|
3.057
|
2,29
/ (2)
|
1,69
/(2)
|
|
(Como)
|
15.981*
|
6.552
|
|
(3)
|
2.184
|
1,63
/ (2)
|
1,21
/(1)
|
|
(Noya)
|
5.236*
|
2.147
|
|
(2)
|
1.074
|
0,54
/ (1)
|
0,39
/(0)
|
|
Lbv-Ow-Estuaire
|
355.236
|
198.932
|
|
18
|
|
49,73
/
50
|
36,83/
37
|
*
Pour les populations des départements de l’Estuaire : Como-Mondah,
Como et Noya, en ce qui concerne les estimations des électeurs, les
chiffres indiqués sont ceux de la population totale, le corps électoral
est évalué à environ 41% de cette population.
La
sous-représentation de Libreville n’est pas admissible. C’est
à partir de la cohésion qui se fait dans le cadre de l’intégration
urbaine que l’unité de la nation gabonaise se consolide. Le
combat de la démocratie dans notre pays se gagne dans la bataille
de Libreville, la capitale. Peu importe le nombre de Députés
retenu pour la représentation du peuple dans l’organe législatif,
ce qu’il faut c’est une meilleure répartition de la représentativité
du corps électoral, autrement dit, un découpage de
circonscriptions électorales tenant compte de l’impératif de
l’égalité des citoyens. La nouvelle loi électorale doit déterminer
un quota moyen de représentativité par élu. Comme nous
l’indiquons plus haut, le nombre actuel de 120 députés donne un
quota moyen de 4.000 électeurs inscrits par député. En conséquence,
aucune circonscription électorale ne doit exister avec moins de
4.000 électeurs. C’est une question de bon sens !
Qui donc aurait peur de l’électeur gabonais pour lui
refuser ce simple droit de bon sens ?
En
conséquence de tout ceci, un recensement fiable du corps électoral
s’impose d’urgence et en toute priorité. Afin que, en prévision
des prochaines échéances électorales qui devront marquer un pas
dans le processus de démocratisation de notre pays, un découpage
des circonscriptions électorales sur la base constitutionnelle d’un
homme, un vote puisse être établi. On ne peut pas ne pas
effectuer cette correction indispensable afin de respecter le
principe fondamental de l’égalité des citoyens dans toute démocratie
moderne. Encore une fois, ceux-là même qui n’ont cessé de réviser
à leur gré, quand bon leur semble, la Constitution pour asseoir
leurs intérêts égoïstes, en appellent à cette même
Constitution pour bloquer le processus démocratique. Non, devant
l’impératif de paix civile et politique dans notre pays, on ne
doit pas se fixer à une date mécanique pour empêcher une réforme
indispensable comme celle du Code électoral qui s’impose en ce
moment.
Un
Code électoral assurant l’expression véritable de la volonté
populaire est seul à même de garantir aujourd’hui une vraie paix
civile dans notre pays. Une représentation du peuple et un
gouvernement qui seraient l’émanation réelle de la souveraineté
populaire qui se serait librement exprimée dans la transparence
sont aujourd’hui l’unique possibilité pour apporter à la
direction de notre pays la confiance du peuple, qui lui est
indispensable et nécessaire pour faire face aux défis du moment.
Le
Code électoral mis en place par la loi n°7/96 est inadapté et
inadéquat avec les exigences de démocratie de la société
politique à l’heure actuelle. On connaît comment son application
a conduit entre autres à un record d’abstentions (80 à 70 % à
Libreville pour les municipales), faisant de notre pays un Etat sans
citoyen et des représentants sans réelle légitimité populaire.
Mieux,
la loi n° 22/96 du 15 avril 1996 portant fixation et répartition
des sièges de députés par province, département et commune doit
être purement et simplement abrogée.
Aujourd’hui,
l’importance du vote des citoyens doit être au centre des débats,
et un sujet de mobilisation générale de la part de tous les
patriotes démocrates, quelle que soit leur allégeance partisane.
Il y va de la qualité de notre démocratie et de la paix ou non qui
peut en découler. Le problème du Code électoral juste, respectant
l’égalité des citoyens, doit être une préoccupation majeure de
nos responsables politiques. Un découpage de circonscriptions électorales
sur la base du principe d’égalité de tous les citoyens
s’impose de toute urgence.
Au
lieu de se focaliser sur la succession et mobiliser les troupes de
militants de la politique du ventre pour l’échéance électorale
de l’an 2001, et faire courir au pays entier le risque réel
d’un dérapage suite à des élections discutables faites dans la
débrouille, la magouille, et le désordre organisé comme par le
passé, il faut revoir à fond la Constitution pour l’adapter aux
exigences actuelles de démocratie ; il faut refaire le code électoral,
le recensement de la population, le découpage des circonscriptions ;
et mettre en place une commission électorale de consensus indépendante.
Voilà l’impératif du moment autour duquel doivent se mobiliser
toutes les forces vives et patriotiques de la nation. L’avenir du
processus de démocratisation en cours dans notre pays est dans
l’acceptation par toute la classe politique du libéralisme
politique. Celui-ci implique naturellement l’imposition de règles
qui l’habilitent. Il s’agit d’une mise en place délibérée
qui engage l’avenir.
Les
dirigeants actuels doivent comprendre qu’il n’est pas sain et
raisonnable que l’institution élective soit tout simplement “ plaquée ”
sur notre culture de gouvernement, y devenant une parodie sans
substance. Elle le devient là où une tyrannie viole les règles de
la démocratie pluraliste, de la liberté de candidature et de choix.
On ne peut être citoyen au sens fort, démocratique de cette
notion, si l’on prétend empêcher d’autres de l’être au même
titre. L’aspiration à faire valoir notre droit à la citoyenneté
implique essentiellement le respect du droit d’autrui à cette même
qualité. Qu’un seul homme soit privé de ce droit, cela revient
à le dénier à tous. Il s’ensuit que les citoyens sont - en tant
que citoyens - égaux par principe, devant la loi, la société, le
pouvoir. C’est en cela que chacun est souverain et tous
constituent la souveraineté populaire, qui est la source de tout
pouvoir démocratique. Chaque citoyen élu, détenteur d’une
parcelle de cette souveraineté du peuple, doit pouvoir parler au
nom d’une représentation égale à son vis-à-vis dans les
fonctions électives qu’il assume.
Pour
pallier à la situation actuelle, qui est source de possibles
violences politiques dans le future proche si elle est maintenue, il
est plus que souhaitable qu’un organisme neutre, doté de pouvoirs
réels et de moyens appropriés, soit mis en place dans l’immédiat
afin de s’atteler à cette tâche. On s’assurera ainsi de
pouvoir épargner à notre pays les conséquences d’une dérive
vers la violence politique pour fait d’élections mal tournées.
Il ne faut plus, pour la paix civile dans notre pays, que les
futures élections pour la représentation du peuple aux instances
dirigeantes soient une fois de plus perverties, et que le processus
électoral se révèle encore comme un simple instrument dans les
mains de ceux qui sont au pouvoir pour s’y maintenir. Car, chaque
fois que la politique politicienne triomphe, c’est le règne de
l’injustice et la possible révolte de ceux qui n’acceptent plus
cette injustice.
La
condition fondamentale de la démocratie dans les Etats modernes est
le droit de la masse des citoyens à prendre part périodiquement à
des élections honnêtes, à parité de représentativité égale.
L’exigence de ce principe et son respect ont constitué une révolution
politique de première importance sur tous les continents, et
particulièrement en Afrique, avec la victoire de l’ANC en Afrique
du Sud, contre le régime inique d’apartheid. Refuser
l’application de ce principe dans notre pays, c’est imposer à
notre peuple une sorte de discrimination de certains citoyens au bénéfice
d’autres, c’est l’apartheid. Pire, c’est une violence
politique que subit notre peuple : toute forme de contrôle
social qui barre une aspiration, impose des opinions ou des
comportements, perturbe une trajectoire sociale ou un cadre de vie
est violence, qu’elle soit ressentie douloureusement ou non par le
sujet ; la pression sur les individus qui produit une différence
négative entre leurs possibilités d’accomplissement et leurs réalisations
réelles est une violence ; mais il y a encore davantage, les
irrésistibles sollicitations qui exacerbent des désirs artificiels
et contradictoires, morcellent le sentiment d’identité
personnelle, ce qu’on pourrait appeler les violences de la séduction.
Or, toute violence appelle tôt ou tard une réaction violente, ne fût-ce
que sous la forme défensive. La violence inassouvie intériorisée
cherche et finit par trouver à un moment donné une victime de
rechange. A la créature qui excitait sa fureur, elle en substitue
une autre qui n’a parfois aucun titre particulier à s’attirer
les foudres du violent, sinon qu’elle passe à sa portée. Toute
communauté en proie à la violence ou accablée par quelque désastre
auquel elle est incapable de remédier se jette volontiers dans une
chasse aveugle au bouc émissaire. Instinctivement, on cherche à un
moment donné un remède immédiat et violent à la violence
insupportable. Les hommes veulent toujours se convaincre que leurs
maux relèvent d’un responsable unique dont il sera facile de se débarrasser.
Il
est absolument important que les politiciens au pouvoir cessent
d’imposer les violences insidieuses au peuple, afin d’épargner
à notre nation ces formes de violences collectives qui se déchaînent
spontanément dans toute communauté humaine qui ne supporte plus,
à un moment donné, ces violences politiques longtemps endurées.
Quand
le Secrétaire Général du Parti Démocratique Gabonais croit
refuser que la loi n°7/96 soit réformée, en prétextant le
respect de la Constitution en son article 35 alinéa 5, nous répondons
qu’il n’est ni sérieux, ni raisonnable d’hypothéquer le
destin d’un peuple, et d’exposer les individus à un risque réel
de violence, pour une affaire de calendrier. Gouverner c’est prévoir.
Puisque la Constitution d’une république, comme de tout Etat
appelé à durer, a pour but de mettre ensemble les intérêts des
citoyens, et comme ces intérêts, de même que ces citoyens
changent à leur tour inexorablement, il importe d’assurer la rénovation
et l’ajustement de la Constitution quand l’obligation s’impose,
par un retour au principe qui a établit le fonctionnement à
l’origine. Il s’agit dans le cas présent de rétablir le
principe fondamental de l’égalité des citoyens : un
homme, un vote ; et de le rendre applicable dans les faits.
Aujourd’hui, il faut admettre que, “ la première et
l’indispensable réforme à entreprendre réside bel et bien dans
l’abrogation ou la suspension de l’alinéa 5 de l’article 35,
et de reformer, dans la foulée, les articles 17 et 84 qui semblent
poser problème à la Cour constitutionnelle ”, comme l’écrit
avec pertinence William Oyonne dans son billet Mémorandum, (l’Union
du 19 février 2000.)
Dans
les Etats modernes, l’exigence d’être reconnus comme citoyens
n’est plus comprise comme une exigence de gouverner directement,
mais comme l’exigence de la possibilité d’obliger toujours ceux
qui exercent le pouvoir à rendre finalement des comptes à ceux sur
qui ce pouvoir s’exerce. C’est, au fond, une exigence de moyen
politique pratique de remplacer la domination et son corollaire, la
soumission, à une organisation de l’autorité partagée.
L’exigence
de parler pour soi, d’être entendu, est de faire en sorte que ce
qui se dit trouve une traduction concrète dans le tissu de la vie
commune et porte la voix de la démocratie à travers les âges.
Cette voix a toujours été défiée et souvent, elle a été systématiquement
étouffée. Aujourd’hui, il n’est jamais apparu plus clairement
à quel point il est difficile de continuer à l’étouffer.
L’espoir pour la démocratie est que, aussi longtemps qu’il y
aura des êtres humains, jamais ils ne soient réduits au silence.
“ Le
suffrage est universel, égal et secret ”
Art. 4 (alinéa 1) de la Constitution.
Martin
EDZODZOMO-ELA
B.P.3238 Tél : (241) 26.64.07
LIBREVILLE, Gabon
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