En absorbant le PUP et le MCD, le parti démocratique gabonais fondé par Omar Bongo confirme son emprise sur la vie politique nationale.
LE débat politique entretenu durant des années autour de l'importance et de la place du Parti de l'unité du peuple, de Louis-Gaston Mayila ainsi que celle du Mouvement commun de développement (MCD) de Paul Biyoghé Mba, dans le landerneau politique national, n'aura semble-t-il été qu'une guérilla autour des ambitions de ces deux leaders politiques.
La preuve: en l'espace de neuf ans pour l'actuel Président du Conseil économique et social et sept ans pour le ministre des PME/PMI du gouvernement Ntoutoume Emane, ces hommes politiques principaux fondateurs de ces deux partis, ont finalement compris, peut-être tardivement, que leur salut respectif passait réellement par un retour au Parti démocratique gabonais (PDG). Une formation politique qu'ils avaient quittée pour créer leurs propres partis politiques et participer à leur manière au développement du pays.
Depuis jeudi 21 novembre dernier, le PUP et le MCD n'existent plus. L'ancien pupiste en chef Louis-Gaston Mayila et son collègue "Tortue" Paul Biyoghé-Mba sont à nouveau militants ou hauts cadres pédégistes. Une double décision de renoncement à leur autonomie et indépendance politique qui interpellé plus d'une personne sur la portée des déclarations naguère prononcées par ces dirigeants au moment où ils claquaient la porte du PDG et tout au long de l'existence de leurs partis politiques, notamment dans leurs relations assez tumultueuses avec l'ex parti unique accusé d'hégémonie. Cette double décision traduit bien leur ancrage aux côtés du président Omar Bongo.
A un mois des élections locales prévues le 29 décembre prochain, cette fusion-absorption va certes entraîner la révision des stratégies, mais elle vient surtout confirmer l'emprise du Parti démocratique gabonais sur la vie politique nationale. Cette formation politique, locomotive de la majorité présidentielle, va par conséquent enregistrer l'entrée dans ses rangs des militants pupistes et des "Tortues" qui se soumettront aux décisions prises par le Comité directeur du Parti de l'unité du peuple et le Conseil politique du Mouvement commun de développement.
POSITIONS • Le parti que dirige Simplice Guedet Manzela qui, il faut le reconnaître, a une position hégémonique sur l'échiquier politique national, notamment au regard de la forte majorité d'élus (y compris les indépendants) qu'il compte à l'assemblée nationale, domine tout aussi largement la Chambre des sénateurs ainsi que les Assemblées locales du pays.
Avec la dissolution du PUP et du MCD et les revirements inattendus pour les uns et prévisibles pour les autres des néo-pédégestes Me Mayila et Biyoghé Mba qui, bien qu'"hostiles" au PDG, défendaient la politique d'Omar Bongo, le parti du chef de l'Etat va devoir disposer de l'entrée dans ses rangs du député "tortue", Jean-Léon Nze Biyoghé (2e siège Owendo-Ikoy Tsini) et du sénateur MCD Hélène Massoko du Komo-Mondah, ainsi que de l'élu PUP au Sénat, Ambouroué Germaine, de la circonscription de Ndougou dans l'Ogooué-Maritime. Est-ce suffisant ? Quel sens donner à ce retour dans la famille pédégiste ? Que cache ce rapprochement des partis de la majorité ?
Pris individuellement, le choix du parti des Tortues de se fondre dans l'ex-parti unique pourrait notamment élargir son champ d'action dans les circonscriptions du Komo-Mondah, où Paul Biyoghé Mba et ses compagnons bénéficient d'un socle politique assez solide. On pourlait donc s'attendre lors des prochaines consultations électorales, notamment à Owendo, à voir ce parti qui aura joué les arbitres entre le PDG et le RNB, conforter les positions de la majorité présidentielle dans cette localité.
Idem pour le parti de l'ex-pupiste en chef. Bien que disposant de quelques élus locaux à Tsamba.Magotsi, Mandji, dans l'Ogooué et les Lacs (Moyen-Ogooué), à Aboumi (Haut Ogooué), à Koulamontou, Iboundji, Bendjé, Etimboué, le- retour dans la "maison du père" devrait en principe favoriser un nouvel état d'esprit dans les relations au sein de cette localité. Me Louis-Gaston Mayila et ses pupistes devraient être moins contestés à Fougamou et certainement aussi dans les rangs des pédégistes. Dans la guéguerre que se livrent les fils de Tsamba Magotsi, dont la plupart sont issus du PDG, on pourrait donc vivre une sorte de dégel, une véritable trêve sur la flanc politique. Étant établi que les acteurs politiques navigueront dans le sens voulu par le président-fondateur du PDG, Omar Bongo.
C'est dire au final que la nouvelle donne politique dessinée par ce rapprochement politique approuvée par le Bureau politique du PDG, va nécessairement déboucher sur une recomposition des forces au sein de la majorité présidentielle et même au sein de l'établissement politique du pays.