Un vendredi soir à Libreville. Le jour s'évanouit. Le ministre d'Etat Casimir Oyé Mba, très décontracté, reçoit à son cabinet, sis à Oloumi. Pour la première fois le candidat de notre pays à la présidence de la Banque africaine de développement (BAD) accorde une interview à la presse. Il parle de l'appui dont bénéficie la candidature gabonaise, de l'implication du président Omar Bongo Ondimba dans la restructuration de l'institution et de sa vision de celle-ci.
L'Union : Monsieur le ministre d'Etat, le conseil des ministres de jeudi dernier a rendu officielle votre candidature à la présidence de la Banque africaine de développement (BAD). Qu'est-ce qui a motivé notre pays à présenter votre candidature ?
Casimir Oyé Mba : J'essaie d'interpréter ce qui a amené le chef de l'Etat à prendre cette décision. Comme chacun le sait, il est extrêmement impliqué dans les affaires du continent africain en général et particulièrement dans celles de la sous-région le l'Afrique centrale La première raison c'est que le président Omar Bongo Ondimba considère que la BAD est une institution importante pour le continent africain et pour le Gabon particulièrement. A deux reprises, en 1986 s'était tenue ici à Libreville la réunion des ministres et gouverneurs de la Banque africaine de développement qui a étudié le problème de l'ouverture du capital de la banque aux pays non régionaux. Lors de l'ouverture de la BAD, uniquement les pays africains en étaient les actionnaires. C'est donc au cours de cette réunion de Libreville que fut décide l'ouverture du capital de la banque aux pays non régionaux. En 1996, le président Bongo Ondimba a convoqué ici un sommet de quelques chefs d'Etat africains choisis en fonction de différentes sous-régions du continent. Ce sommet avait débattu de la situation financière de la Banque, qui éprouvait quelques problèmes à l'époque du fait roue des crédits qui avaient été accordés par la BAD a certains pays africains n'étaient pas remboursés dans des conditions tout à fait satisfaisantes. Ces arriérés accumulés commençaient à poser des problèmes à la banque notamment dans ses interventions. C'est pourquoi le président de la République avait convoqué ce sommet, lequel est d'ailleurs la seule fois ou des chefs d'Etat se sont réunis pour évoquer les problèmes de l'institution. Des mesures avaient été prises pour que les pays débiteurs régularisent leur situation afin d'améliorer la situation de la banque.
Manifestement, le rendez-vous d'Abuja se présente comme une occasion pour l'Afrique centrale d'occuper la présidence de la BAD qui lui a toujours échappé...
Depuis la création de la banque, toutes les sous-régions du continent africain ont occupé la fonction de président de la BAD. Certaines d'entre elles l'ont même occupée à plusieurs reprises. L'Afrique du nord a occupé le poste deux fors, l'Afrique de l'Ouest deux fou, l Afrique australe deux fois, l'Afrique de l'Est une fois. La seule sous-région du continent africain qui n'a jamais occupé le poste de président de la BAD c'est l'Afrique centrale. Donc, le président de la République estime qu'il n'y a pas de raisons que l'Afrique centrale soit tenue à 1 cart. C'est pour cela qu il a voulu cette fois-ci présenter la candidature de notre pays le Gabon.
L'Afrique centrale manque de dynamique unitaire. Elle présente trois candidats. Sur quoi le Gabon compte t-il axer sa campagne pour mettre toutes les chances de son côté ?
C'est le président Bongo Ondimba qui anime la campagne. Les premières démarches qu'il a effectuées datent de très longtemps. Il a adressé des correspondances aux chefs d'Etat d'Afrique ainsi qu'aux chefs d'Etat et de gouvernement des pays non africains qui sont actionnaires de la banque. Il a envoyé des émissaires qui ont été porter ces lettres à ses homologues. Maintenant que nous sommes en plein dans la campagne, nous allons nous mobiliser davantage.
Le Gabon a-t-il déjà rempli toutes les formalités pour participer au rendez-vous d'Abuja ?
Les règles de la Banque africaine de développement prévoient qu'une candidature doit être présentée par un pays africain et parrainée par au moins un autre pays africain. En ce qui concerne la candidature de notre pays, nous sommes parrainés par sept pays : le Maroc, la République du Congo, le Burkina Faso, l'Angola, le Cap Vert, la Côte d'Ivoire et la Guinée Bissau.
Qui sont les électeurs ?
Tous les Etats africains votent. Tout comme les pays non régionaux actionnaires de la banque. Il faut réunir deux majorités. Une première majorité entre Africains et une deuxième majorité globale Africains et non Africains.
En quoi votre élection à la tête de la BAD peut-elle être utile aux populations gabonaises ?
La BAD est la première institution africaine de financement. Elle consent des crédits à tous les pays du continent. Elle a fait des crédits importants à notre propre pays dans les domaines de santé, de l'éducation, de la pêche, etc. Maintenant, cela ne veut pas dire que parce qu'un Gabonais sera à la tête de la BAD que l'institution va accorder des crédits uniquement au Gabon. La BAD est une grosse machine dans laquelle sont représentés tous les pays du continent( ....) Maison ne peut pas dire non plus que le fait d'avoir un compatriote à la tête de la banque ne permettra pas d'avoir un oeil particulièrement attentif sur les projets de développement de notre pays.
En tant que candidat du Gabon à la présidence de la BAD, quelle est votre vision de cette institution ?
La BAD a été créée pour financer le développement des pays africains. Donc le rôle du président de la BAD c'est de faire fonctionner la banque de façon à ce qu'elle accomplisse pleinement sa mission. Il s'agit d'une banque et non d'une institution de bienfaisance. Elle finance des projets de développement qui sont élaborés par les Etats africains actionnaires. Ce ne sont pas des dons. Ces financements sont remboursables pour permettre à la banque de financer d'autres projets. Le travail que le futur président de la banque aura à faire c'est maintenir la bonne situation financière de l'institution. Le président sortant M. Omar Kabbaj a fait un gros travail à la tête de cette banque. Il a remonté la BAD qui connaissait quelques problèmes. Cette banque est maintenant bien appréciée des milieux financiers internationaux. La BAD est une institution de financement du développement. Tout ce qui concourt au développement des pays africains peut et doit être financé par la Banque africaine de développement.