Après n'avoir longtemps suscité que ricanements et haussements d'épaules, le projet de compagnie aérienne commune aux six pays d'Afrique centrale semble enfin sur le point de se concrétiser, en vue d'un premier décollage espéré avant la fin 2005.
A la faveur de la visite au Gabon du roi du Maroc Mohammed VI à partir de lundi, un protocole d'accord doit être signé à Libreville entre le secrétaire exécutif de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cémac) et le PDG de la compagnie aérienne publique Royal Air Maroc (RAM), actionnaire principal de la future "Air Cémac".
"Cet accord va marquer le véritable lancement du projet", se réjouit le ministre centrafricain des Transports Sonny M'pokomandji, coordinateur du dossier. "Nous pouvons tabler, sauf incident, sur un premier vol d'ici six à sept mois, en tous cas avant la fin de l'année".
Lancé à Yaoundé fin 2001 en pleine crise du transport aérien, le projet a longtemps balbutié, écartelé entre les éternels problèmes de financement et la susceptibilité d'Etats désireux de conserver leur pavillon national ou d'accueillir le siège de la future compagnie.
Le plan adopté en décembre dernier a finalement permis de contourner ces obstacles en créant, selon le mot d'un expert, une "fusée à deux étages".
Le premier est constitué d'une société de patrimoine, dont le capital sera détenu dans un premier temps à 100% par la RAM et qui détiendra la flotte, les personnels navigant et technique, les moyens communs et assurera la maintenance des avions. Le second étage de filiales nationales, chargées du personnel local ainsi que des opérations commerciales et de marketing.
"Selon le schéma retenu, la maison-mère aura l'exclusivité pendant cinq ans du trafic intercontinental, de loin le plus rentable, et assurera ces vols directement", explique un proche du dossier. "Les filiales nationales garderont, elles, leurs prérogatives sur la marché continental et régional et pourront louer des heures de vol à la maison-mère".
Aux yeux de ses promoteurs, ce "Meccano" devrait permettre d'éviter les erreurs qui ont causé le crash retentissant d'Air Afrique en 2002. "Air Afrique est morte de sa mauvaise gestion et des tiraillements entre ses Etats membres", rappelle Sonny M'pokomandji. "Nous en avons tenu compte en créant une structure qui sera basée hors de nos pays et dont la gestion sera débarrassée de toute contingence politique".
Mais malgré ces assurances, de nombreux détails de l'architecture de la future Air Cémac restent encore flous, notamment en matière de financement et de répartition du capital.
Autre question de taille en suspens, l'avenir des actuelles compagnies de la sous-région, notamment Air Gabon et Cameroon Airlines (CamAir), toutes deux en très fâcheuse posture financière.
"Ces compagnies peuvent très bien cohabiter avec Air Cémac puisqu'elles gardent leurs droits sur le trafic régional", assure un proche du dossier. "Mais il est clair que pour survivre elles devront se redimensionner, avec toutes les conséquences sociales que cela implique".
Après avoir longuement hésité, le Gabon et le Tchad ont finalement choisi de rejoindre la Centrafrique, le Congo et la Guinée équatoriale et de jouer la carte communautaire. Mais le Cameroun, propriétaire à 96% de la CamAir, hésite toujours à mettre un pied dans la future structure.
A cinq ou à six membres, la nouvelle compagnie va désormais devoir convaincre les nombreux sceptiques de sa viabilité économique. "La volonté politique est là mais il faudra voir à l'usage", relève un observateur économique de la sous-région.
A tous ceux-là, le ministre centrafricain des Transports répond par une évidence. "Pensez-vous vraiment que la RAM se serait engagée si le projet n'avait pas été intéressant?", interroge M. M'pokomandji. "Avec 30 millions d'habitants dans la sous-région, le marché existe. Je suis optimiste".