La culture de la sécurité et une vision de développement global sont les points sur lesquels a insisté le patron de la RAM, à l'occasion de la signature, hier aux Affaires étrangères, d'un accord fixant d'abord le cadre global de la coopération entre la RAM et la Cémac, et qui sera ultérieurement suivi de la signature d'accords partiels entre chaque État de la Cémac et la RAM.
C'EST le jeudi 24 février 2005 à l'immeuble des Affaires étrangères de Libreville, en présence du vice-Premier ministre, ministre des Transports et l'Aviation civile, Paul Mba Abessole, et du ministre d'État, en charge de l'Économie et des Finances, Paul Toungui, que le président-directeur général de la Royal Air Maroc (RAM), Mohamed Berrada, et le secrétaire exécutif de la Cémac, jean Nkuété, ont signé le protocole d'accord de partenariat technique et stratégique Cémac/Royal Air Maroc.
Cet accord global qui fixe les engagements des deux parties pour la réussite du projet, sera suivi de négociations entre chacun des États de la Cémac pris isolément et la RAM, pour que la compagnie communautaire de transport aérien puisse voir le jour assez rapidement. Cela, sous la forme d'une société de patrimoine et de six filiales nationales.
La cérémonie a également enregistré la présence du président de la Banque de développement des États de l'Afrique centrale (BDEAC), Anicet Georges Doleguele, et du secrétaire exécutif adjoint, Dieudonné Louiri-Boussougou. Côté Royal Air Maroc, outre le P-DG, il Y avait le directeur commercial, Mohamed Fattahi, et Mme Bouchra Khoujahi.
Au nom des populations de la zone Cémac, c'est le président du Comité de pilotage du projet, le ministre centrafricain de l'Équipement et des Transports, M'Pokomandji Sonny, qui s'est exprimé le premier pour rappeler que cette signature se déroulait au moment où les deux pionniers de ce projet, à savoir le roi du Maroc, Mohammed VI, et le président de la République gabonaise, Omar Bongo Ondimba, se retrouvent à Libreville. «Sans leur appui, ni leur soutien, a-t-il précisé, le projet ne pouvait pas avoir i eu».
PROJET D'ENVERGURE• De ce fait, l'homme a tenu à leur témoigner toute la gratitude qui leur est due: En même temps; il a tenu à remercier l'ensemble des chefs d'État de la Cémac d'avoir décidé de mettre à la disposition des peuples de la sous-région cet instrument de communication sous-régionale et pourquoi pas continentale.
Il s agit donc d'un projet d'envergure pour lequel la RAM n'a pas hésité à mettre à la disposition de la Cémac son outil de travail. La compagnie marocaine a en effet réalisé gracieusement, depuis un an, et cela pour un montant de 1,5 million d'euros (environ 984 millions de francs), une étude pour la faisabilité d'Air Cémac. «Nous avons aujourd'hui un partenaire fiable, disposant d'une réelle expérience et dune grande expertise, et qui peut accompagner nos États dans la réalisation de ce projet d'intégration régionale», s'est réjoui M. M'Pokomandji Sonny.
«C'est un grand jour»; s'est pour sa part exclamé le P-DG de Royal Air Maroc, disant, dans la partie diplomatique de son discours, le plaisir que lui procure sa présence au Gabon, «pays porteur d'espérance et d espoir de développement, avec lequel le royaume du Maroc entretient des relations privilégiées depuis très longtemps». L homme a ainsi rappelé «l'amitié qui liait sa Majesté le roi Hassan II et SE le président Omar Bongo Ondimba (...) Et aujourd'hui, cette amitié se perpétue entre le roi Mohammed VI et le président du Gabon».
Ainsi, la compagnie aérienne publique du Maroc n'a pas hésité, un seul instant, à répondre favorablement à la demande de pionnier qu'est le chef de l'État gabonais, de renouveler, dans la perspective de la création d'Air Cémac, l'expérience parfaitement réussie par la RAM lors de la création d'Air Sénégal International aujourd'hui, la compagnie sénégalaise qui bénéficie d'un crédit réel auprès des banques, sans l'aval de la RAM, vole de ses propres ailes - malgré un contexte rendu difficile pour le transport aérien après les événements du 11 septembre 2001. En effet, la RAM a résisté à cette tempête qui a pourtant emporté une multitude de grandes compagnies reconnues au niveau mondial, le trafic aérien ayant chuté de 20% depuis cette période catastrophique.
Occasion pour le P-DG de la RAM d'aborder l'aspect technique de son allocution, c'est-à-dire les arguments qui lui ont permis de résister à la crise du transport.
C'est, premièrement, la culture. Celle de la sécurité. «C'est la sécurité qui donne la confiance et c'est la confiance qui donne des passagers», a-t-il schématiquement expliqué,avant de révéler que «la RAM a toujours été extrêmement pointilleuse sur les questions de sécurité et de formation pour la maintenance des avions (...) ça ne sert à rien d'avoir des sièges en cuir si la sécurité n'est pas garantie, a-t-il averti».
OBSESSION SÉCURITAIRE• Ce souci permanent de la sécurité a même été transposé dans les autres activités développées par Royal Air Maroc (hôtellerie, tourisme, etc.), qui est devenu un groupe industriel important.
Dans ces domaines, a ajouté le P-DG, il y a aussi des perspectives de coopération, parce que le tourisme d'Afrique centrale peut devenir le prolongement du tourisme marocain. «Il faut toujours envisager une vision stratégique globale et synthétique, a précisé l'homme, les secteurs s'alimentant les uns les autres. Cela, dans un contexte de politique de développement (...) Si on envisage, les choses de manière dichotomique, on n'arrive pas à grande chose», a-t-il affirmé.
«La politique que nous sommes en tram dé mener au niveau du transport aérien doit être menée parallèlement avec la politique du transport routier, ferroviaire, fluvial, etc.. Mais il faut également qu'elle s'inscrive dans une politique de développement global lié au tourisme, à l'hôtellerie, etc.»
Dernier argument ayant résidé au succès de la RAM, incompatibilité de la recherche de la performance avec l'immixtion de la politique. «Le politique n'intervient pas dans la vie des entreprises, a averti le P-DG de la RAM, précisant qu'il y a des règles de management qu'il va falloir respecter».
A ce propos, s'est réjoui M. Mohame Berrada, «nous avons obtenu cette garantie de tous les chefs d'État et de l'ensemble des ministres rencontrés dans la perspective de la création d'Air Cémac».