Un mari qui fait des excuses publiques à sa femme après l'avoir battue, des violeurs arrêtés: un peu partout en Afrique, les violences à l'encontre des femmes commencent à être reconnues mais les lois censées les protéger restent bien souvent lettre morte.
"La plupart du temps, ce n'est pas un problème de loi mais d'application de la loi (...) et, au delà de la législation, il faut des réponses aux femmes qui ont accepté de parler", a résumé la ministre capverdienne de la Justice, Cristina Fontes Lima, lors de la 6ème conférence des femmes africaines ministres et parlementaires qui prend fin vendredi à Libreville.
Les exemples de textes non ou mal appliqués sont légion, notamment lorsqu'ils heurtent de front la coutume. Au Gabon, la loi autorise ainsi les veuves à hériter de leur mari mais il est fréquent que la belle-famille les mette à la rue avec leurs enfants. Dans d'autres pays, la veuve est même mariée de force au frère du défunt, en violation de la législation.
Et même lorsque les agresseurs sont condamnés, leurs sanctions sont souvent inférieures à celles prévues par la loi, relève la coordinatrice sous-régionale de Femmes droits et développement en Afrique (Wildaf) en Afrique de l'Ouest.
"Au Bénin, une femme a perdu quatre dents par suite de coups assénés par son conjoint. Ce dernier a été condamné à huit mois de prison avec sursis alors que le droit pénal au Bénin prévoir une peine de 2 à 5 ans pour coups et blessures", se souvient Kafui Adjamagbo-Johnson.
Pour tenter de battre en brèche ces mauvaises habitudes, le Wildaf a créé des centres d'aide juridique et organisé, ces deux dernières années, des formations pour 957 magistrats, avocats, policiers, médecins et représentants des autorités traditionnelles et religieuses dans sept pays ouest-africains.
Grâce à cette formation, les femmes confrontées au harcèlement sexuel à l'école, à des rapports sexuels non protégés ou accusées de sorcellerie bénéficient désormais d'un meilleur accueil, ces hommes ayant pris "conscience des inégalités dont les femmes sont victimes".
De même, les médecins délivrent plus facilement les certificats médicaux indispensables pour entamer des poursuites judiciaires, même si le coût de ce précieux sésame empêche encore de nombreuses patientes de l'obtenir.
Des centres d'accueil ont également été créés pour concentrer en un seul lieu toutes les démarches devant être effectuées. Suivant l'exemple de la Namibie, le Cap-Vert vient d'ouvrir à l'hôpital de Praia un centre pilote où des médecins prennent en charge les victimes, des femmes policiers enregistrent leurs plaintes et des psychologues les écoutent.
De telles initiatives se sont multipliées ces dernières années sur le continent africain, notamment dans les zones de conflits où les femmes sont encore plus vulnérables.
En partenariat avec les Nations unies, la société civile et des ONG, le gouvernement de la République démocratique du Congo tente actuellement de réinsérer entre 30.000 et 40.000 femmes victimes de viols ou atteintes par le sida après avoir été enlevées pendant la guerre.
"Les cliniques juridiques sont des maisons d'écoute où les victimes peuvent présenter leur problème et bénéficier d'une assistance juridique", fait valoir la ministre congolaise de la Condition féminine et de la Famille, Fabiola Faida Mwangilwa.
Mais trop de femmes répugnent encore à les fréquenter. "Comme il n'y a pas de prise en charge suffisante, les victimes se méfient et n'osent pas se présenter", regrette-t-elle, "elles ont peur des représailles si elles donnent leur nom".