COMBATTRE les violences faites aux femmes sous toutes leurs formes est l'objectif que se sont assignées les femmes ministres et parlementaires qui se réunissent puis hier à Libreville pour leur rencontre bisannuelle. Celle-ci sera également l'occasion pour les unes comme pour les autres faire le point de la situation de leur organisation dix ans après sa création. Voir quel a été le fonctionnement et quelles peuvent être les innovations à apporter pour, non seulement redynamiser les structures nationales, mais également renforcer les capacités aussi bien sur le plan structurel qu'au niveau. de la formation des femmes. Des actions qui poursuivent en tout cas un seul but: permettre aux femmes ministres et parlementaires, y compris leurs congénères; de maîtriser les techniques de plaidoyer et de lobbying en vue de parvenir un jour, pourquoi pas, à l'éradication des exactions multiformes dont les femmes sont les principales victimes.
Si on peut légitimement s'attendre à ce que les assises de Libreville soient une réussite et donnent lieu à un certain nombre d'orientations et de recommandations visant essentiellement au renforcement des outils nécessaires à la suppression de toutes formes de violences faites aux femmes, tout au moins à leur réduction, on ne peut pas non plus nier l'évidence qui veut que bon nombre d'entrés elles auront du chemin à parcourir avant leur mise en pratique, si l'on s'en tient à l'environnement africain qui est fondamentalement réfractaire à toute idée de mise en valeur de la femme, en dépit du fait que beaucoup de décisions politiques et juridiques ont été prises en faveur de la femme. La présidente de la Commission économique pour l'Afrique des Nations unies, Joséphine Ouégraoguo le souligne d'ailleurs. Elle qui reconnaît fort justement que : «la décennie passée, Les engagements politiques en faveur de l'égalité entre les sexes et du renforcement du pouvoir des femmes ont été tour à tour réaffirmés par nos instances gouvernementales tant au niveau continental qu'au niveau sous-régional et régional.» Des engagements politiques fort louables, mais qui n'ont pas forcément connu un début d'application dans bien des pays ou des viols, des mutilations sexuelles, l'application discriminatoire de la loi sur l'adultère (on pense aux lois islamiques qui condamnent systématiquement à la lapidation les femmes coupables d'adultère alors que l'homme qui n'est que simple complice s'en tire à bon compte) et des agressions en tout genre contre les femmes ont cours ici et là à travers le continent.
Quelle importance alors accorder aux recommandations et autres actes de bonne volonté politique pris ici et là face aux dures réalités culturelles, religieuses, sociologiques, etc., en vigueur en Afrique.
En tout cas, «tout en saluant l'adoption du Protocole à la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples sur les droits de, la femme», et les ratifications par nos différents pays de toutes les conventions contre les violences faites aux femmes, il est à déplorer cependant que: «très peu de pays promulguent les textes législatifs visant à assurer la mise en oeuvre des conventions internationales et régionales, tandis que les acteurs de l'appareil judiciaire continuent de se référer volontiers aux normes traditionnelles ou religieuses qui maintiennent les femmes sous le joug du Pouvoir masculin».
Dans ces conditions, l'égalité entre les sexes et l'affranchissement des femmes s'ils ne sont pas régulés par une batterie de mesures juridiques justes et applicables ne seront rien d'autre qu'une chimère. Aussi, les relations entre les deux espèces ne seront-elles que l'expression d'un rapport de forces du genre de ceux qui existent entre un bourreau et un condamné, un fort et un faible, un maître et un esclave, bref, des relations de dominant à dominée qui s'exprimeront tout au long de la vie jusqu'à la libération totale de la femme de ce joug phallocratique.