Mouammar Kadhafi estime que la France a eu tort d'intervenir en Côte d'Ivoire et que la Libye n'a pas été vraiment récompensée pour sa renonciation à son programme d'armes nucléaires et chimiques.
"Je n'ai pas encore compris la raison de la présence militaire de la France en Afrique. Qu'est-ce qu'elle veut y faire ?", s'interroge le dirigeant libyen dans Le Figaro daté du 24 novembre, jour de l'arrivée de Jacques Chirac à Tripoli.
Mouammar Kadhafi affirme ainsi ne pas avoir "vu de rôle pour les forces françaises" au Tchad, qui a vécu "un conflit d'un quart de siècle" et critique leur présence à Abidjan, où la France dit pourtant agir sous mandat des Nations unies.
"Voyez ce qui se passe en Côte d'Ivoire: je crains que cela n'ait une influence négative sur les relations afro-françaises (...) Je crois que c'était une erreur d'intervenir en Côte d'Ivoire, maintenant la confiance a disparu", ajoute-t-il.
Le dirigeant libyen souhaite cependant que Paris et Tripoli conjuguent leurs efforts pour aider l'Afrique.
"Puisque la France a une sorte d'obligation de présence en Afrique et puisque la Libye est un pays majeur en Afrique (...), nos deux pays peuvent conjuguer leurs efforts pour aider l'Afrique. C'est ce que j'appelle de mes voeux et c'est peut-être là-dessus que nous allons tomber d'accord avec le président Chirac", dit-il.
La visite de Jacques Chirac en Libye doit parachever la normalisation des relations entre les deux pays, comme l'ont déjà fait les Etats-Unis et plusieurs pays européens.
Toutefois, Mouammar Kadhafi affirme avoir été "un peu déçu par la réaction de l'Europe, des Etats-unis et du Japon" au démantèlement de ses programmes d'armes nucléaires et chimiques.
"Ils n'ont pas vraiment récompensé la Libye pour sa contribution à la paix internationale. Et nous sommes encore dans l'expectative", dit-il.
Pour le dirigeant libyen, un pays qui se débarrasse de ses armes de destruction massive "devrait au moins obtenir des garanties quant à sa sécurité nationale de la part de la communauté internationale".
De même, il considère que le problème du terrorisme "n'est pas traité de façon appropriée" car "on mène une sorte de course derrière le terrorisme" et "parfois une sorte de fuite en avant", au lieu de mettre un terme à "l'idéologie du terrorisme".
Il critique ainsi l'intervention de la coalition en Irak, "un régime très fort, laïc, mené par un parti Baas qui était contre les orientations religieuses".
"On l'a attaqué et ce rempart contre le terrorisme s'est effondré", déplore-t-il, soulignant que les régimes terroristes eux, "existent toujours".
Mouammar Kadhafi affirme que "l'idéologie de la Libye est radicalement opposée au terrorisme".
Il souligne que les relations avec la France n'ont jamais été rompues, comme ce fut le cas avec la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, et que "rien n'a obscurci l'histoire des relations franco-libyennes à part le problème tchadien".