De nombreuses entraves d'ordre politique retardent indéfiniment l'union des pays d'Afrique centrale. C'était une journée parlementaire, au cours de laquelle, les députés camerounais se sont attelés à recenser les difficultés d'intégration de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac), sans à aucun moment, se demander si au moyen de leur pouvoir législatif, ils pouvaient influer sur la marche de ce regroupement. A l'hémicycle de Ngoa-Ekellé à Yaoundé, le 25 novembre dernier, on les a entendu récriminer. Et cela aura au moins permis de dresser une liste non exhaustive des sujets de discorde dans la maison commune de six Etats de l'Afrique centrale : le Centrafrique, le Gabon, la Guinée Equatoriale, le Tchad, le Congo et le Cameroun. Comment expliquer que 40 années après le début de la coopération financière avec la France, les pays de la Cemac, communément ou individuellement, n'aient pas encore pu s'émanciper de la tutelle financière étrangère, pour ne plus utiliser le Franc cfa? Mieux, est-ce une politique viable que de continuer à confier toute l'épargne de la région au Trésor français pour garantir la convertibilité de cette monnaie, quand on sait que qui tient les cordons de la bourse, tient le réel pouvoir? A quoi sert une institution telle que la Banque de développement des Etats de l'Afrique centrale (Bdeac), si, après 30 années d'existence, les Etats qui la constituent, n'ont pas pu trouver des financements pour leurs projets communautaires? Le chapelet d'interrogations, toutes plus au moins teintées de pessimisme, n'a trouvé auprès des fonctionnaires locaux ou régionaux, invités pour exposer l'état des règles et du fonctionnement effectif de la Cemac, qu'un autre cordon de faux-fuyants. Ces dérobades ont cependant eu le mérite de désigner, par ricochet, la responsabilité des politiques qui dirigent l'Afrique centrale. Car, sur le plan technique, il est possible de mettre en oeuvre quelques idées proposées. Jean-Marie Mani, directeur adjoint de la Beac (agence nationale), qui a présenté les institutions financières et monétaires de la Cemac, a expliqué qu'il s'agit avant tout de «questions purement politiques». Car avant de rompre le lien entre la zone Cfa et le Trésor français, en créant sa propre monnaie, cette dernière doit pouvoir refléter le dynamisme et la vigueur de l'économie qu'elle représente. Cameroun Comme pour dire qu'en réalité, le problème se trouve en aval. Lorsqu'on décide du type de cultures dont on doit soutenir la production, de quels savoirs les systèmes scolaires doivent être les vecteurs, l'on décide également, en réalité, de tout l'avenir d'un pays. Ou encore d'une région entière, les activités économiques d'un Etat tel que le Cameroun influant effectivement sur le voisinage. Même si en Afrique centrale, argue Agathe Florence Lele, le directeur de la Police des frontières, l'habitude du voyage vers les pays voisins n'est pas fort répandue. Au contraire de la zone soeur d'Afrique de l'Ouest. Si l'on voit des policiers maltraiter et rançonner des commerçants tchadiens à la ville frontière de Kousseri, comme en témoigne Abakar Mahamat, député Rdpc du Logone-et-Chari, c'est qu'il y a encore du chemin à faire par chacun pour accepter la vie en commun, se défend le commissaire de police Agathe F. Lele. Tant de chemin que l'on peut se demander si, en instituant un passeport Cemac mort-né, en raison de la désuétude de ses références techniques, les décideurs de la Communauté n'ont pas voulu faire avancer la libre circulation tout en restreignant les facilités de déplacement. Depuis le 25 juin dernier, jusqu'au 24 juin 2009, la Cemac vit la seconde étape qu'elle s'était fixée pour réaliser ses objectifs. Notamment en établissant la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes et améliorer les infrastructures nationales de transports et de télécommunications. Juin 2009, c'est dans cinq ans.
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