Sapins en plastique, guirlandes bon marché et rois mages blancs, le kitsch de Noël n'épargne pas le continent africain qui, peu à peu, succombe aux effets commerciaux de cette célébration, même si sa dimension chrétienne conserve toute sa force.
"C'est une vraie fête!", assure le père Georges lorsqu'il évoque la ferveur religieuse de ses ouailles gabonaises les 24 et 25 décembre. Sur les bancs de son église de Libreville, les chrétiens vêtus de leurs habits flambants neufs se pressent tous les ans en masse pour prier et chanter.
En Guinée Equatoriale, ancienne colonie espagnole donc largement chrétienne, la fête commence dès la mi-décembre par la célébration de baptêmes et de communions. Dans l'archipel voisin de Sao Tomé et Principe, les habitants confectionnent dans chaque village des crèches humaines, comme au Portugal.
Mais les festivités ne prennent leur véritable dimension qu'à partir du soir du 24 décembre, heure de la fameuse messe de minuit. Comme sur les autres continents, les familles qui en ont les moyens se retrouvent avant ou après autour d'un bon repas.
"Pour le réveillon, on prépare ce qu'on n'a pas l'habitude de manger", sourit Pascale, future mère de 33 ans. De la viande surtout, grillée comme le "nyama choma" au Kenya et, selon les porte-monnaie, des produits importés.
Dinde et bûche figurent ainsi au menu dans les anciennes colonies françaises; rôti de boeuf et pudding dans les britanniques, la morue dans l'ex-empire portugais et la traditionnelle brioche, le Stollen, en Namibie, héritage du passé colonial allemand.
Importée d'Occident lors de la colonisation et relayée depuis par la télévision, la préparation de Noël commence plus tard que dans l'hémisphère nord. La ruée dans les magasins n'a lieu que la dernière semaine et il est fréquent de voir, le soir du réveillon, des parents attendre dans les rues de Bangui, les bras chargés de cadeaux, que leurs enfants soient couchés.
Bicyclettes, poupées ou encore pères Noël géants se rencontrent aussi dans les boutiques tenues par des Chinois au Congo. Chez les plus pauvres, les étrennes se limitent à des vêtements neufs ou de modestes cadeaux, déposés au pied du lit ou remis en main propre.
Les familles aisées les mettent au pied du sapin, très souvent en plastique. En Afrique du Sud, l'artisanat zoulou se veut original avec des étoiles et boules de perles sur un arbre en fil de fer. Crèches en feuilles de bananier à Libreville ou guirlandes en feuilles de raphia à Yaoundé, les décorations typiquement locales sont rares.
Comme les Espagnols, les petits Equato-guinéens attendent l'Epiphanie, le 6 janvier, pour ouvrir les cadeaux distribués sur la place de la mairie par les rois mages.
Si Noël reste une fête familiale et chrétienne, elle est aussi célébrée par les autres religions. Le soir du 24, les musulmans aiment se retrouver entre amis dans la capitale tchadienne N'Djamena, dont les grandes artères sont décorées pour l'occasion. Les petits Marocains, eux, ne dédaignent pas se faire photographier avec le père Noël.
La crise économique a naturellement rendu très rares les soirées opulentes ou les fêtes jusqu'au petit jour, mais le rituel de Noël reste immuable dans de nombreux pays comme le Nigeria.
"Je vais aller à la messe le 25 décembre au matin; il y aura un concert montrant la naissance de Jésus Christ et l'église sera décorée avec un arbre de Noël", anticipe avec plaisir Samuel Ike, technicien à Lagos.
Beaucoup de Nigérians, tout comme les Kényans, profitent de cette fête et des vacances pour rendre visite à leurs parents restés au village.
On y célèbre simplement la messe, parfois empreinte de rites locaux tel que le bwiti au Gabon, loin des repas fastueux, des jouets et des décorations enneigées dont est surtout friande la jeune génération urbaine. Car pour les anciens, Noël reste surtout "la fête des Blancs".