Le président togolais Gnassingbé Eyadéma, le plus ancien chef d'Etat africain en exercice, est décédé samedi alors qu'il était évacué vers l'Europe à la suite d'une crise cardiaque, ont annoncé dans la soirée les autorités. Il avait 69 ans.
Le haut commandant militaire a ensuite annoncé à la télévision nationale que Faure Gnassingbé, fils du président défunt et actuel ministre de la Communication, succédait à son père comme président du Togo.
Les Togolais ont ainsi pu voir à la télévision les principaux chefs militaires du pays, notamment le chef d'état-major de l'armée, le général Zakari Nandja, faire acte d'allégeance à Faure Gnassingbé, présenté comme "président par intérim".
Le général-président Eyadéma, qui avait dirigé ce petit pays d'Afrique occidentale pendant 38 ans, a été victime d'une crise cardiaque tôt dans la matinée dans sa ville natale de Pya (nord), a précisé Barry Moussa Barkué, conseiller spécial du président défunt, en parlant d'un décès soudain.
Le Premier ministre togolais Koffi Sama a confirmé la mort du chef de l'Etat dans un communiqué lu à la radio nationale, en précisant que le président Eyadéma avait été immédiatement évacué par avion vers l'Europe pour des soins d'urgence mais qu'il était décédé durant le vol.
Lors de cette annonce, M. Sama a également annoncé la fermeture de toutes les frontières terrestres, maritimes et aériennes du pays à la suite de cette disparition brutale et a demandé aux forces de sécurité d'assurer le maintien de l'ordre public.
Selon Barry Moussa Barkué, il s'agit d'un décès soudain. Vendredi, le président Eyadéma semblait encore "robuste et a même accordé une audience à des visiteurs", a précisé le conseiller présidentiel. "Donc son décès soudain est incroyable."
La Constitution togolaise prévoit théoriquement qu'en cas de décès du président de la République, c'est le président du Parlement -actuellement Fanbare Tchaba-qui lui succède.
Mais le général Nandja a expliqué que ce dernier n'était pas au Togo actuellement et que l'armée avait décidé de nommer Faure Gnassingbé pour garantir la stabilité dans le pays. Il n'a pas précisé si la mesure était temporaire ni l'endroit où se trouvait le président du parlement.
La radio nationale diffusait samedi soir de la musique de deuil, interrompue par les déclarations de M. Sama.
Le président Eyadéma était le plus ancien chef d'Etat africain en exercice, et le deuxième plus ancien dans le monde après le président cubain Fidel Castro.
Le chef de l'Etat togolais avait apparemment déjà connu des problèmes cardiaques dans le passé, mais son état de santé ne faisait l'objet d'aucune information officielle. Le mois dernier, il s'était rendu en Suisse pour y subir un bilan médical, selon les autorités.
Le président Eyadéma, un ancien membre de la Légion étrangère française, dirigeait le Togo depuis son coup d'Etat de janvier 1967, le tout premier de l'Afrique post-coloniale. Administré par la France et la Grande-Bretagne, le Togo avait acquis son indépendance en 1960.
Pendant ses 38 ans de règne, le général Eyadéma s'est maintenu au pouvoir par la force militaire, le clientélisme et la loyauté de son ethnie d'origine -les Kabyé-et d'autres groupes régionaux.
Issu d'une modeste famille paysanne protestante, Etienne Eyadéma (ses deux prénoms) Gnassingbé (son nom de famille) naît le 26 décembre 1935 à Pya, dans le nord du pays, en pays Kabyé. Il s'engage dans l'armée française à l'âge de 18 ans et il y sert pendant une dizaine d'années, notamment en Indochine et en Algérie. En janvier 1963, il participe activement au renversement du premier président du Togo indépendant, Sylvanus Olympio. Durant son règne, il échappera à plusieurs complots et tentatives d'assassinats.
Premier chef d'Etat étranger à réagir, le président français Jacques Chirac a fait part de sa "profonde tristesse" après le "décès soudain" de son homologue togolais, "un ami de la France" et un "ami personnel".
Le président français s'est dit "certain que l'Afrique ressent cruellement la perte de celui qui, depuis tant d'années, consacrait ses efforts à la coopération régionale, à la médiation et à la recherche de la paix".