La partie de poker menteur qui se joue en ce moment dans l'est du Congo-Kinshasa risque de dégénérer en guerre ouverte avec le Rwanda. Malgré les démentis de Kigali, des troupes rwandaises ont été repérées dans l'est du Congo; Kinshasa y a envoyé 10 000 hommes en renfort. Des combats, à 150 km au nord de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, ont chassé plusieurs milliers de civils. La communauté internationale, qui craint une reprise de la guerre et un déraillement du fragile processus de transition au Congo, appelle les deux parties à la retenue.
La principale cause de cette incursion rwandaise, qui impliquerait plusieurs milliers de soldats fortement armés, est la même que lors des précédentes invasions en 1996 puis en 1998 : la présence au Congo d'une dizaine de milliers d'Interahamwe (rebelles hutus rwandais extrémistes) faisant planer une menace «génocidaire» sur le régime de Kigali. Paul Kagame, le président rwandais, a effectué mardi une mise en garde en forme d'aveu : «Si la communauté internationale ne peut pas le faire, alors qui peut le faire en dehors de nous ?» Il avait laissé entendre que des troupes pouvaient se trouver «maintenant» au Kivu. Une attitude qui tranche avec l'habituelle culture du secret de l'Etat rwandais.
Selon les observateurs, Kigali serait en train de mener une opération ponctuelle, un raid massif destiné à déloger un ou plusieurs camps de combattants des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), une formation regroupant des Interahamwe et des ex-FAR (Forces armées rwandaises) dont les effectifs sont estimés à quelque 10 000 combattants. Kigali reproche à Kinshasa et aux Nations unies d'avoir échoué à désarmer les extrémistes hutus présents au Congo.
L'opération, qui revient pour le Rwanda à s'arroger un pouvoir d'intervention, a aussi pour objectif moins avouable de réaffirmer son pouvoir d'influence dans l'est du Congo-Kinshasa. Malgré le retrait officiel de ses troupes il y a deux ans, Kigali y conserve des intérêts : ce «petit» pays considère les deux Kivus comme un débouché humain et agricole nécessaire, voire indispensable, tant la pression démographique et le problème foncier sont aigus au Rwanda.