En conclave à Libreville la semaine dernière, les ministres des Transports de la Cémac ont émis le voeu de voir se concrétiser dès le premier trimestre de l'année prochaine, la volonté politique des chefs d'État de créer cette compagnie communautaire.
RÉUNIS le week-end dernier à la cité de la Démocratie de Libreville, les ministres des Transports de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cémac) ont fait le pari de fixer le lancement de la future compagnie aérienne communautaire Air Cémac pour le premier trimestre 2005.
Il faudra attendre que les chefs d'État entérinent cette recommandation ministérielle de créer Air Cémac dès le début 2005. C'est à eux seuls que revient la décision finale de rendre palpable cette volonté politique communément exprimée depuis quelques années.
Quoi qu'il en soit, les ministres, en techniciens des transports, ont d'ores et déjà adopté un calendrier de négociation avec la compagnie Royal Air Maroc (RAM), partenaire «stratégique» de l'opération. C'est ce que dit le communiqué final de cette réunion, ajoutant que la RAM devra étudier le contexte de «la mise en place de la future compagnie de transport aérien dans notre zone avant la fin du premier trimestre 2005».
Ce calendrier prévoit notamment, «d'ici fin janvier 2005, la signature d'un protocole d'accord avec Royal Air Maroc (...), la signature du pacte des actionnaires et la création de la future structure».
Toujours selon le communiqué final, le schéma retenu lors de cette réunion prévoit la création d'un groupe qui pourrait être baptisé «Air Cémac International». Celui-ci comprendra une «société de patrimoine», dont la RAM sera actionnaire à un niveau qui n'a pas été précisé, et «des filiales nationales».
En revanche, il a été précisé que «la société de patrimoine détiendra la flotte, les personnels techniques, l'ensemble des moyens communs (et) assurera la maintenance des avions. Les filiales nationales, qui loueront des heures de vols, seront essentiellement chargées de la question du personnel local et des programmes de dessertes, ainsi que des opérations commerciales et de marketing», poursuit le texte.
Ce schéma a été validé sans réserve par quatre des Etats membres de la Cémac (Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée Equatoriale), alors que le Cameroun a réservé sa réponse et que le Tchad n'a pas participé à la réunion.
Le lancement officiel de la compagnie, couronnement de ce processus, qui pourrait avoir lieu lors d'une réunion des chefs d'Etat de la Cémac Programmée le 11 février prochain à Libreville, n'occulte pas totalement les réserves qui peuvent être émises par rapport à l'ambitieux projet.
RÉSERVES. D'abord, la réussite de cette opération communautaire sera à la mesure de la volonté politique des chefs d'État. Car les obstacles sont nombreux.
En effet, sans l'appui constant et inébranlable des plus hautes autorités des pays de la Cémac, les risques sont réels pour que le projet débouche sur une catastrophe politique et économique, étant né dans le contexte ou les États d'Afrique centrale vivent au rythme des particularismes et autres égoïsmes qui les ont souvent caractérisés. A la différence de ceux de l'Afrique de l'Ouest où l'intégration avait déjà atteint un niveau enviable, malgré l'exception que constitue la situation en Côte d'Ivoire.
Pourtant, malgré cette expérience de la vie en communauté, la compagnie Air Afrique, fierté de toute l'Afrique de l'Ouest, a dû mettre la clé sous le paillasson. Dans ce contexte, on s'interroge, légitimement, non sûr la faisabilité d'une telle structure en Afrique centrale, mais sur l'espérance de vie qui pourrait être la sienne.
Le projet est fragile. D'autant plus que la conjoncture économique mondiale, marquée par le terrorisme international, a amené certaines compagnies aériennes, pourtant bien structurées, au mieux, à battre de l'aile, au pire, à être proprement identifiées comme devant déposer leur bilan. Et cela s'est également ressenti dans notre sous-région d'Afrique centrale.
Il faudra donc plus que la volonté politique de la part de nos chefs d'Etat. Il faudra aller puiser au fond de notre orgueil, chacun à son niveau, pour que l'aventure fantastique d'Air Cémac ne soit pas le symbole d'une intégration de façade.