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Afrique Noire: L’alternance sous les cocotiers
Auteur:  Adam Wade  | Date: 11 Février 2005  | Réactions ()
Section: Gabon/Afrique  | Source: Aujourd'hui Le Maroc

De nombreux chefs d’Etat de l’Afrique Noire sont en bout de parcours. A la tête de régimes qui ont souvent pris le pouvoir par les armes et légitimé leur règne par les urnes, les dirigeants ont du mal à quitter le pouvoir avec fair-play.

Petit pays de 5 millions d’habitants, le Togo a failli se noyer, le week-end dernier, dans les flots des indignations internationales, suite à l’investiture de Faure Eyadema. Des Amériques à l’Europe et, fait rare, de l’Afrique, de l’Union africaine, l’indignation s’est mêlée à l’hommage posthume, pour dénoncer le fils qui succède à son père. Pourtant, de tels procédés sont monnaie courante dans le continent. Si le général Eyadema a battu tous les records, réussissant à rester au pouvoir 38 ans durant, il ne détient hélas, ni l’exclusivité ni la particularité de savoir-faire perdurer son règne.

La plupart de ses camarades de promotion, de Jean-Bedel Bokassa, arrivé au pouvoir en Centrafrique en 1964, à Mobutu Sesse Seko, investi par les armes dans l’ex-Zaïre, ont épuisé le peu de crédibilité qu’ils avaient par amour du pouvoir. A commencer par Sékou Touré, premier président de la Guinée Conakry indépendante, arrivé au pouvoir en 1958 et resté solidement cramponné à son fauteuil 26 ans durant, jusqu’à sa mort en 1984. Après un putsch, le général Lansana Conté a succédé au révolutionnaire marxiste, avec sans doute l’intention de battre le record de son prédécesseur, en restant au pouvoir aussi longtemps que le veulent les marabouts.
 
Donné pour mort un certain temps, l’homme fort de Conakry n’en contrôlait pas moins son pays d’une main de fer. Pourquoi donc, s’interrogeait un Stephen Smith en mal de publicité dans son dernier ouvrage, «Négrologies» où l’apologie de l’afropessimisme, tant de hargne pour rester au pouvoir ?

Après la chute du mur de Berlin en 1989, les vents venus des pays de l’Europe de l’Est ont secoué les cocotiers d’Afrique. Mais peu de fruits en sont tombés. Aujourd’hui encore, beaucoup de vieux dinosaures, qui ont survécu aux conférences nationales et aux élections des années 90, gèrent leurs pays, bien sanglés dans leurs fauteuils et légitimités de scrutins en scrutins.Gnassingbé Eyadema lui-même aura été réélu six fois avec à chaque fois un score au-dessus de la barre des 95%. En 2003, surprenant tout le monde, y compris son «ami personnel», Jacques Chirac, il se représente aux élections, après avoir au passage changé la Constitution du pays.

Un exercice dont Omar Bongo n’aura pas besoin d’user pour rester à la tête du Gabon. A 70 ans, cet ancien membre des services de renseignements de l’armée, peut encore se représenter autant qu’il veut, la Constitution ne fixant aucune limite pour le nombre de candidatures. Arrivé au pouvoir en 1967, à la même date que Eyadema, le président gabonais est soupçonné par l’opposition de préparer son fils , Ali Bongo Odimba, actuellement au ministère de la Défense. La démocratie tropicale se porte bien aussi au Congo Brazzaville, voisin du Gabon avec le président Denis Sassou Nguesso (62 ans), arrivé au pouvoir pour la première fois en 1979. Candidat à sa propre succession lors des élections présidentielles de 1992, les premières de l’ère du multipartisme, le président Nguesso arrive en troisième position, derrière Pascal Lissouba et Bernard Kolélas. S’ensuit une longue période d’instabilité et une guerre civile qui fera plus de dix mille morts. Denis Sassou Nuesso revient au pouvoir le 25 octobre 1997, réinvesti par les armes et, ne cesse de le crier l’opposition, par les multinationales pétrolières qui contrôlent à leur compte les richesses et le pétrole du pays. Encore jeune, Sassou Nguesso ne pense pas encore à sa succession, chose dont ne se privent pas ses opposants, y compris l’éphémère Lissouba qui aura laissé aux Africains cette phrase lapidaire: «On n’organise pas les élections pour les perdre».

Sur l’autre rive du Congo, Mobutu Sesse Seko, l’homme qui prônait une «démocratie Bantou» avec comme modèle «L’arbre à palabre africain» n’a pas vu l’orage venir. Ancien journaliste, cet africaniste qui troqué son premier nom Joseph Désiré, contre un patronyme purement africain, s’est emparé du pouvoir en 1965 et n’a pas traidé à renverser une impopularité résultant de son degré d’implication –jamais élucidé- dans l’assassinat de Patrice Lumumba, au début des années 60. Maréchal autoproclamé, Mobutu a perdu son influence dès la fin de la guerre froide. Le pluralisme politique engagé en 1990 marque le début de la fin. Avant de lâcher le pouvoir en 1997 devant l’avancée de la rébellion amenée par le clan Kabila, il aura pris le temps, en bon africain, de rallier son village de Gbadolite, où il est acclamé en héros par une foule en larmes. Il s’envolera vers le Maroc pour un voyage sans retour.

Son successeur, Laurent Désiré Kabila, a passé une bonne partie de sa vie dans le maquis, jetant les bases d’une économie de guerre reposant sur le commerce de l’or et sur la chasse. Au pouvoir, il aura juste le temps de changer le nom du pays, le Zaïre redevenant la République démocratique du Congo.

Assassiné, il n’en continuera pas moins de tenir les rênes de son pays, par l’intermédiaire de son fils. Ce goût du pouvoir qui coûta la vie à Samuel Doe du Liberia, valut l’exil à son successeur Charles Taylor et chassa le tchadien Hossein Habré loin de son pays, est-il la seule caractéristique d’anciens militaires qui ont changé le treillis en boubou ou en costume trois pièces ? Idrissa Debi du Tchad et Mathieu Kerekou du Bénin (ancien tenant du marxisme léninisme) étaient soupçonnés, il y a peu, de vouloir changer la Constitution pour se présenter aux élections. Mais tous deux, aussi élus démocratiquement qu’ils l’ont été, ne sont pas sur l’échelle de la démocratie, au même rang qu’un Abdoulaye Wade. Arrivé au pouvoir en 2 000, ce vieux dinosaure de l’opposition africaine, envisage de se représenter en 2007. En étant candidat à sa propre succession à plus de 80 ans, l’homme d’Etat sénégalais n’aura pas emprunté le chemin de Nelson Mandela et à un moindre niveau, celui de Léopold Sedar Senghors, l’un des rares chefs d’Etat en exercice qui a quitté le pouvoir de son propre gré, sourire aux lèvres. Mais il est vrai que Wade, le démocrate libéral, est tout, sauf un poète. Autrement, il aurait médité le célèbre poème de Victor Hugo qui vante les délices d’être grand père à 80 ans.

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