En louant les efforts réalisés en zone Cémac, le directeur du département Afrique du FMI, Abdoulaye Bio-Tchané, souscrit à la nécessité de constituer des réserves raisonnables pendant ces moments de croissance exceptionnelle. En même temps, il exhorte ces États à la transparence dans la gestion des ressources pétrolières.
LA cérémonie d'ouverture du Sommet des chefs d'État de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cémac), vendredi 11 février 2005 à la Cité de la démocratie, a été l'occasion, pour le directeur du département Afrique au Fonds monétaire international (FMI ), Abdoulaye Bio-Tchané, de rappeler quelques points essentiels portant, d'abord, sur l'état de la coopération entre l'institution internationale et les pays de la Cémac. Dans la foulée, l'homme a mis à profit cette occasion pour faire un peu l'analyse de la situation économique dans cette partie du continent, et de donner quelques conseils. Enfin, "Monsieur Afrique" du FMI a abordé l'état des relations bilatérales entre son institution et le Gabon.
En présence des chefs d'État Omar Bongo Ondimba (Gabon), Teodoro Obiang Nguema Mbasogo (Guinée Équatoriale), Denis Sassou Nguesso (Congo), Idriss Deby (Tchad) et François Bozizé (Centrafrique), M. Biô-Tchané a émis le souhait, au nom de son institution, de travailler en étroite collaboration avec les États de la Cémac, à la définition des réponses à apporter à la situation actuelle. Le contexte est tel que certains pays de la Cémac ont déjà mis en place des programmes avec le FMI, et d'autres sont encore en discussion avec le Fonds. Seule la Guinée Equatoriale souhaite un dialogue pour voir dans quels domaines elle peut bénéficier de l'assistance technique du FMI. Dans tous les cas, a dit M. Bio-Tchané, "nous restons étroitement liés avec vous dans l'exercice de nos activités de surveillance bilatérale et régionale".
L'institution financière internationale est davantage disposée à apporter des conseils sur les politiques économiques. Cela, d'autant que la situation globale des États de la Cémac est actuellement marquée par une croissance exceptionnelle. Une croissance découlant, certes, d'une gestion macroéconomique encourageante au plan national, mais aussi de l'extraordinaire tenue des cours du pétrole ces derniers temps. Le risque est qu'elle ne débouche sur une tendance euphorique.
L'ÉPARGNE• Dans cette logique, le FMI conseille d'épargner les excédents des ressources pétrolières pour permettre aux divers États de résister aux chocs futurs si les prix du pétrole venaient à baisser de manière aussi inattendue qu'ils ont grimpé.
Le FMI se réjouit donc, certes, des performances économiques réalisées dans la zone Cémac. Mais il encourage les États à se maintenir sur la voie de l'effort. Aussi s'intéresse-t-il aux conséquences de la conjoncture actuelle, notamment dans les domaines de la politique monétaire, de la gestion des réserves et du développement des marchés financiers. Il évoque aussi les défis qui restent à relever.
Parmi ces défis, auxquels les pays de la Cémac vont devoir faire face, il y a essentiellement la réponse qu'ils doivent donner a la manière dont le pétrole sera mis au service des pays. Autrement, est considérée comme essentielle la définition de l'attitude à adopter pour faire en sorte que la manne pétrolière serve le développement économique et social. On doit se demander quel pourcentage de la manne pétrolière récente les pays -devraient-ils dépenser et combien devraient-ils épargner.
Du point de vue du FMI, il est clac qu'une réponse à cette question dépend de l'examen préalable de la situation macroéconomique, de la dette et de la capacité de mettre en oeuvre de bons programmes de défenses.
Si l'on considère l'incertitude qui entoure l'évolution des prix du pétrole, la prudence et la logique élémentaire imposent de conserver une grande Partie des ressources excédentaires du pétrole. Tout en déterminant les priorités infrastructures de base, santé, éducation, etc. qui nécessiteraient d'engager des dépenses économiquement structurantes, et qui auraient le meilleur rendement social. L'objectif étant que les crédits alloués à ces secteurs s'inscrivent dans un cadre budgétaire à moyen terme et tiennent compte des capacités d'absorption limitée à court terme.
Dans ces conditions, tout étant lié, il faudra trouver une réponse à l'impératif, pour les autres secteurs d'activités économiques, de prospérer et contribuer au développement économique et social. "Vous devez apporter une réponse à la transformation des structures de production en cours dans vos économies", a suggéré M. Abdoulaye Bio-Tchané, tout en redisant la disponibilité du Fonds à travailler avec les pays pour la recherche de solutions.
TRANSPARENCE• Par ailleurs, le FMI qui a identifié un redoutable défi à mesure que les revenus pétroliers gagnent en importance, donne aux États le conseil de régler la question essentielle de la transparence, notamment dans là gestion des ressources pétrolières. Selon M. Bio-Tchané, il est impératif d'assurer la transparence des transactions qui se rapportent au pétrole.
Selon M. Bio-Tchané, «nombreux sont les faits qui démontrent que la transparence dans les industries extractives est un gage d'efficacité économique. Les pays dotés de systèmes plus rationnels et plus transparents finissent par recueillir les fruits d'une croissance plus vigoureuse et plus équitable», ajoute-t-il.
Ce qui est sûr, c'est qu'un tel mode de gestion permettrait à la population de comprendre la manière dont sont gérés les revenus. En adoptant la transparence, on se met à l'abri des informations erronées distillées dans le public. Et le public peut mieux apprécier les efforts entrepris par les autorités, et adhérer plus spontanément aux mesures d'austérité prises pour engager des réformes.
Le directeur du département Afrique du FMI a abordé de nombreux sujets techniques. Mais on retient que le Fonds reste présent pour encourager et accompagner les pays de la Cémac sur la voie des réformes entreprises, grâce auxquelles les économies pourront offrir des opportunités attendues pour ramener l'emploi, pour générer des investissements, pour ouvrir davantage l'économie gabonaise à l'économie internationale.
L'objectif étant de préparer l'après-pétrole. "Il semblerait que le Gabon soit sur la voie de après-pétrole, notent. Bio-Tchané qui affirme que seules des réformes profondes pourront révéler d'autres secteurs d'activités économiques en dehors du pétrole.