Lors de leur réunion à huis clos au palais de la présidence de la République, les chefs d'État de la Communauté ont longuement reçu une délégation des nouvelles autorités de Lomé conduite par le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Biossey Kokou Tozoun.
LA réunion à huis clos des chefs d'Etat de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale, au palais de la présidence de la République, hier vendredi 11 février, aura duré près de quatre heures d'horloge. Le président Bongo Ondimba et ses hôtes entendaient éplucher dans les moindres détails, à
l'abri des feux de projecteurs, les dossiers soumis à leur appréciation avant de rendre leurs conclusions publiques.
Toutefois, un sujet original en marge de la construction de l'intégration sous-régionale, est venu retenir l'attention des chefs d'État. Il s'agit de la situation qui prévaut actuellement au Togo, depuis la mort subite du président Gnassingbé Eyadéma et la désignation précipitée par l'armée de son fils, Faure Gnassingbé pour lui succéder à la tête du pays.
Les présidents Bongo Ondimba, Denis Sassou Nguesso, Idriss Déby, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo et François Bozizé ont reçu longuement, à la nuit tombée, la délégation du nouveau pouvoir togolais, conduite par le ministre togolais des Affaires étrangères et de la Coopération, Biossey Kokou Tozoun.
" Nous sommes venus faire le point de la situation dans notre pays aux chefs d'État de la Cemac. Nous tenions à leur montrer comment nous avons pu gérer le décès brutal du président Gnassingbé Eyadéma, et leur expliquer les raisons du choix porté sur Faure Gnassingbé pour lui succéder", a déclaré le chef de la diplomatie togolaise. " Ensuite nous avons décrit aux dirigeants de la Cemac le processus de légitimation du président Faure Gnassingbé par l'Assemblée nationale conformément au Code électoral", a-t-il poursuivi.
VIF INTERÊT• Devant les journalistes qui attendaient la fin du huis clos, le ministre togolais des Affaires étrangères et de la Coopération a beaucoup insisté sur le fait que les autorités de Lomé ont avant tout tenu à parer au plus pressé en comblant rapidement le vide causé par la disparition du président Eyadéma. Il a assuré, que préserver la paix et la stabilité du pays était notre objectif premier ".
Ce message verbal des envoyés de Faure Gnassingbé à la Conférence des chefs d'État de la Cémac et leur mission à Libreville démontrent, à tout le moins, que les nouvelles autorités togolaises ont pris la mesure de la condamnation unanime de leur démarche, qualifiée d'anticonstitutionnelle. L'Union africaine et l'Union européenne ont parlé de "coup d'État". Plusieurs organisations régionales, notamment la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest ( CEDEAO), réunie récemment à Niamey, a exigé le retour à l'ordre constitutionnel dans ce pays. Les pressions de la Communauté internationale sur Lomé vont croissant.
En dépêchant cette délégation. dans la capitale gabonaise, où se tenait le Sommet des chefs d'État de la Cémac, le pouvoir togolais a tenu à éviter, que cette Organisation sous-régionale n'ajoute sa voix au concert de critiques fondées qui s'élève du monde entier. Si les chefs d'État de la Cémac se sont montrés solidaires du peuple togolais dans la douleur, comme en témoignent les condoléances du président Bongo Ondimba, président en exercice sortant de là Cémac, il n'en demeure pas moins qu'ils restent farouchement attachés à la défense de la démocratie et des valeurs cardinales qui la fondent.
Les dirigeants de la Communauté ont, certes, écouté les émissaires togolais avec un vif intérêt. Ils ont pris acte des bonnes dispositions du nouveau pouvoir de Lomé de respecter le calendrier électoral initia prévoyant des élections législatives au cours du premier semestre 2005. En réponse, ils les ont exhortés à s'engager sans équivoque sur le chemin de la démocratie au risque d'être de plus en plus marginalisés par la communauté internationale.
" Nous avons promis aux chefs d'État que nous allons rapidement entrer dans des élections libres et transparentes", qui reflètent la volonté du peuple, a renchéri le ministre togolais des Affaires étrangères et de la Coopération. Le sommet de la Cémac à Libreville, ville symbole de paix et de liberté, est une opportunité unique offerte en définitive aux nouvelles autorités de Lomé de faire amende honorable et d'adopter une nouvelle ligne aux yeux de l'extérieur. "Nous avons leur parrainage", a conclu le chef de la diplomatie togolaise. Ce qui ne signifie nullement, que les émissaires de Faure Gnassingbé ont reçu un quelconque aval de la conférence des chefs d'État de la Communauté économique et monétaire d'Afrique Centrale.