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Le plus fort de la crise semble passé en Côte d'Ivoire. La situation demeure cependant encore très volatile à Abidjan, la capitale économique, où les militaires français du dispositif "Licorne" restent sur le qui-vive, tandis que se poursuit l'exode des ressortissants étrangers.
Abidjan de notre envoyé spécial
Le plus fort de la crise semble passé en Côte d'Ivoire. La situation demeure cependant encore très volatile à Abidjan, la capitale économique, où les militaires français du dispositif "Licorne" restent sur le qui-vive, tandis que se poursuit l'exode des ressortissants étrangers. Vendredi 12 novembre en fin d'après-midi, la présidence de la république ivoirienne a décidé d'annuler la manifestation monstre qui devait se tenir samedi matin au stade Houphouët-Boigny d'Abidjan pour rendre hommage aux victimes ivoiriennes réputées tombées sous les balles françaises. La Côte d'Ivoire a fait toutefois savoir qu'elle réclamait une enquête internationale sur ce qu'elle considère comme des violations des droits de l'homme et du droit international imputables à des soldats français.
Le rassemblement de samedi se voulait une réplique à la cérémonie qui s'est déroulée mercredi, à Paris, à la mémoire des neuf soldats français victimes de l'attaque menée par l'aviation ivoirienne sur Bouaké. Le président Laurent Gbagbo devait prendre la parole.
Dans une interview publiée vendredi par le Washington Post, le président ivoirien a mis en doute la mort des neuf soldats français. "Je n'ai pas vu de cadavres. Je n'ai rien vu", déclare le chef de l'Etat. A l'en croire, le raid de l'aviation ivoirienne avait été un "prétexte" pour une riposte de la France, afin de saper son autorité. "Le gouvernement de Jacques Chirac n'a jamais accepté que je sois devenu président", explique-t-il. La riposte française a été si rapide, ajoute-t-il, qu'elle a empêché l'armée ivoirienne de reconquérir la ville de Bouaké, la "capitale" des rebelles.
Officiellement, la démonstration de force organisée samedi à Abidjan devait souligner la popularité du président Gbagbo. Les militaires français avaient qualifié ce rassemblement de test de la volonté du pouvoir politique et des Forces armées nationales ivoiriennes (Fanci) de jouer la carte de l'apaisement. La manifestation aurait été "reportée" en raison de la fin du jeûne musulman du ramadan : une explication qui semble un peu courte, dans un pays qui ne compte qu'un tiers de musulmans. En revanche, la tenue, dimanche au Nigeria, d'un sommet de l'Union africaine (UA) et la réunion, lundi, du Conseil de sécurité de l'ONU avec l'adoption d'une résolution imposant de nouvelles sanctions contre la Côte d'Ivoire à partir du 10 décembre ont sans doute joué. L'organisation d'un vaste rassemblement populaire pouvant générer de nouvelles violences aurait été contre-productive et aurait terni davantage encore l'image de la Côte d'Ivoire.
UNE ATTAQUE "NON PROUVÉE"
Des violences contre les Français se sont incontestablement produites mais, à titre d'exemple, le commandant de Marsac, à la tête du détachement "Licorne" stationné au Golf Hôtel, situé à l'est d'Abidjan, a indiqué que sur 250 ressortissants étrangers évacués dans la journée de jeudi, un seul a indiqué avoir été "molesté". Sur ce point, il faudra sans doute du temps pour établir les faits. En revanche, en dépit des affirmations du président de l'Assemblée nationale ivoirienne, le très ultra Mamadou Koulibaly, qui qualifie l'attaque aérienne dont les militaires de "Licorne" ont été victimes à Bouaké de "non prouvée", les témoignages de plusieurs officiers français présents sur les lieux dissipent toute ambiguïté. "Deux Soukhoï-25 ivoiriens ont fait plusieurs passages au-dessus de nous, et c'est au troisième passage qu'un avion a largué un panier de roquettes. Le camp était clairement identifié, avec de très nombreux véhicules arborant sur leur toit des signes de reconnaissance français. Ce ne peut être une erreur de tir", rapporte l'un d'eux.
La riposte immédiate de l'armée française, qui s'est manifestée par la destruction des avions et hélicoptères ivoiriens, continue d'être dénoncée par les responsables politiques ivoiriens, alors qu'une rumeur persistante s'est répandue à Abidjan sur l'achat de deux nouveaux avions de combat Soukhoï. Dans son édition de vendredi, le journal Les Echos, proche de la présidence de la République, en fait son titre de première page : "De nouveaux bombardiers arrivent".