"Près de 4.000 personnes sont revenues, probablement pour beaucoup définitivement, de Côte d'Ivoire" depuis le début, cette semaine, des évacuations volontaires proposées aux ressortissants étrangers souhaitant quitter le pays, a indiqué samedi le chef de la diplomatie française Michel Barnier.
Sur ce total, "2.600 Français ont été rapatriés sur des vols affrétés par le ministère des Affaires étrangères et, parmi les 1.400 autres citoyens européens qui ont été rapatriés par d'autres vols, notamment des vols européens (...), il y a un grand nombre de Français également", a-t-il précisé sur Europe-1.
Interrogé sur les plaintes, notamment pour viols, déposées par des Français à leur arrivée à Paris, le ministre a exprimé "le sentiment de solidarité et d'émotion que nous ressentons quotidiennement, personnellement, en entendant le témoignage de tous ces Européens, de tous ces Français, sur les exactions scandaleuses dont ils ont été victimes".
"Les enquêtes diront précisément quelle est l'ampleur, la gravité de ces exactions", a dit M. Barnier sans fournir de chiffres. "Nous savons qu'un certain nombre de femmes ont été l'objet de ces sévices et le président de la République lui-même a dit à quel point ils étaient scandaleux et inadmissibles. Il faudra d'ailleurs que les coupables rendent des comptes."
Quant à l'attaque du camp français, qui a fait neuf morts dans les rangs du dispositif Licorne, "nous ne savons pas à quel niveau l'ordre a été donné", a reconnu le ministre des Affaires étrangères. "En tout cas, quelqu'un a pris la responsabilité de tirer délibérément, après deux passages en rase-mottes sur ce camp de Français, qui étaient là non pas pour combattre mais pour faire la paix."
Pour le ministre des Affaires étrangères, qui ne veut pas entendre parler de la "mort" des accords de Marcoussis, seule une solution politique pourrait permettre de dénouer cette crise, "sinon la violence continuerait ou se développerait".
"Les hommes politiques qui ont en charge en Côte d'Ivoire l'avenir de leur pays, M. Gbagbo, M. Soro, M. Ouattara, M. Bédier et d'autres encore, assument leurs responsabilités vis-à-vis des nouvelles générations de jeunes Ivoiriens", a-t-il insisté. "Il faut que ces hommes et ces femmes qui ont en charge le destin de leur pays se mettent autour d'une table pour faire fonctionner des institutions et trouver une solution politique."
Michel Barnier, qui précise que la France travaille en concertation avec l'Union africaine et les Nations unies, a ajouté qu'il s'était entretenu "en plein coeur de cette crise" avec le secrétaire d'Etat américain Colin Powell. "La solidarité américaine et d'autres pays du Conseil de sécurité n'a pas fait défaut", a-t-il souligné.