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Révélations sur... Le coup de l'Etat français en côte-d'ivoire
Auteur:  Le Messager  | Date: 12 Novembre 2004  | Réactions ()
Section: Gabon/Afrique  | Source: Le Messager

Une guerre civile qui opposait jusqu'au 6 novembre le gouvernement du président Laurent Gbagbo à la rébellion dite "Forces nouvelles" a pris ces derniers jours une autre dimension avec une implication sans équivoque de l'armée française.
 
Le Messager a reçu de l'ambassade de Côte d'Ivoire à Yaoundé la version des faits des autorités ivoiriennes.

Dans le processus de règlement pacifique de la crise armée qui secoue la Côte d’Ivoire depuis le 19 septembre 2002, le dernier accord d’Accra (Ghana) nommé “ Accra 3 ” intervenu entre tous les signataires de l’accord de Linas Marcoussis a fait du 15 octobre 2004, la date du démarrage du processus de désarmement en vue de la réunification du pays.


Le non-respect de cette échéance par les mouvements rebelles et leurs alliés a fini par exaspérer la population civile et l’armée régulière. Celle-ci a alors entrepris de contraindre les assaillants à déposer leurs armes pour que des élections libres, justes et transparentes soient organisées en octobre 2005, conformément à la Constitution.

Voici ce qui explique et justifie la reprise des hostilités militaires et le soutien de la société civile au processus de désarmement depuis le jeudi 4 octobre 2004.

Mais contre toute attente, l’armée française de l’opération “ Licorne ” jusque-là muette et impassible devant l’arrogance et les tergiversations des rebelles, a entrepris de s’attaquer à l’armée ivoirienne et à la population civile au motif que, lors des raids aériens des forces de défense et de sécurité ivoiriennes sur Bouaké, huit (8) soldats français et un (1) civil américain auraient trouvé la mort.

Le présent document vise à décrire les faits, rien que les faits dans leur effectivité et leur relation chronologique du jeudi 4 au lundi 8 novembre 2004 pour éclairer l’opinion.

Jeudi 4 novembre 2004
6h55 : Début des raids aériens de l’armée ivoirienne sur les sites militaires tenus par les rebelles dans les villes de Korhogo au Nord et de Bouaké au centre.

Vendredi 5 novembre 2004

7h00 : Les troupes gouvernementales progressent sur leurs objectifs :
- Unités centre en direction de Bouaké
- Unités ouest en direction de Danané
- Unités centre-ouest en direction de Vavoua

8h 00 : l'armée française, sans en aviser les autres forces en présence comme il est de règle, entame un déploiement suspect à Toumodi, Yamoussoukro, Sakossou et Bouaké.

14h30 : Les unités de l’armée ivoirienne sont sur le point de libérer Bouaké, Danané et Vavoua.

15h00 : Après les derniers raids aériens sur Bouaké, les unités centre pénètrent à Bouaké par le quartier de Belleville tandis que les unités ouest sont à la lisière de Danané et les unités centre-ouest à l’entrée de Vavoua.

Samedi 6 novembre 2004
06h-14h30
Pendant cette matinée, les forces ivoiriennes de défense et de sécurité exécutent leurs dernières frappes aériennes sur les cibles militaires de la rébellion pour la libération totale de la ville de Bouaké. Le succès de l’offensive des forces ivoiriennes ne faisait plus de doute.

C’est à ce moment précis que les autorités militaires françaises annoncent qu’une bombe vient de tomber sur leur cantonnement à Bouaké et aurait causé la mort de neuf (9) personnes dont huit (8) militaires français et un civil américain.

15h00 : En guise de représailles, l’armée française attaque et détruit les aéronefs de combat de l’armée ivoirienne stationnés au sol à l’aéroport de Yamoussoukro. Il s’agit de deux (2) Sukhoî S.U 25

16h30 : L’armée française simultanément attaque et détruit à la hache les aéronefs de l’armée ivoirienne stationnés au sol à la base aérienne militaire d’Abidjan Port-Bouët. Il s’agit cette fois-ci de 4 avions de combat (2 Sukhoî S.U. 25 et 2 MI-24) et de deux (2) avions civils de commandement du président de la République (un Golfstream 3 et un Golfstream 4).

20h00 : La même armée française attaque et détruit aux mortiers, au palais présidentiel de Yamoussoukro, trois (3) autres aéronefs dont deux (2) MI-24 et un (1) MI-8.

Par la suite, des hélicoptères larguent des missiles sur deux (2) habitations faisant 1 mort et plusieurs blessés au quartier Habitat de Yamoussoukro.

De même à Abidjan, l’armée française s’empare de l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny de Port-Bouët et y prend position.

20h30 : Suite à ces actions de destruction et d’occupation entreprises par l’armée française, des leaders d’opinion et de groupes patriotiques lancent des appels à la mobilisation populaire et à la résistance pacifique.

Ainsi sont intervenus à la télévision et à la radio ivoiriennes :

1) M. BI.B Goudé Charles, président de l’Alliance de la Jeunesse pour le Sursaut national ;
2) Mme la ministre Bro-Grebe Genéviève, présidente des femmes patriotes ;
3) Mme Marie-Odette Lourougnon, député à l’Assemblée nationale, secrétaire nationale de l’Organisation des femmes du front populaire (Offpi) ;
4) Le professeur Niamieh Mossou, secrétaire général du Syndicat national de la recherche et de l’enseignement supérieur (Synares) ;
5) Monsieur Miaka Ourétto Sylvain, député à l’Assemblée nationale, secrétaire général du Front populaire ivoirien (Fpi) ;
6) Madame la ministre Lagou Adjoua Henriette, présidente du mouvement “ Deux millions de filles pour Gbagbo” ;
7) Me Hamza Attéa, Avocat à la Cour et présidente du Collectif des avocats des victimes de la guerre.

21h00 : Déferlement de plusieurs dizaines de milliers de manifestants qui, vers l’aéroport et le 43ème Bima (Contingent de l’armée française en Côte d’Ivoire) à Port-Bouët, qui vers la résidence du chef de l’Etat à Cocody, qui vers la radio et la télévision au plateau et à Cocody.

22h00 : L’armée française se déploie sur les deux ponts qui relient le Sud et le Nord de la ville d’Abidjan dans le but d’empêcher les manifestants d’accéder au 43ème Bima et à l’aéroport.

23h00 : L’armée française tire à balles réelles à l’aide des mitraillettes, à partir d’hélicoptères de combat, sur la foule de manifestants aux mains nues qui tentent de passer le pont Général de Gaulle.

Par ailleurs, dans le même temps, d’autres hélicoptères de combat de l’armée française envoyaient des rafales sur la résidence officielle du président de la République, à Cocody.

Notons que les tirs sur les manifestants se sont poursuivis toute la nuit et ont fait au total huit (8) morts et trois cent et un (301) blessés.

Dimanche 7 novembre 2004

08h00 : Suite à l’appel à la résistance lancé par les patriotes depuis Abidjan, des militaires sur le front ouest aidés de civils au corridor de Duékoué (500 km environ d'’bidjan) élèvent des barricades. Une colonne de chars de l’armée française arrive de Man, détruit le barrage et écrase des résistants. Le bilan est de huit (8) morts (4 soldats et 4 civils) et 16 blessés.

10h00 : Reprise des appels à la résistance pacifique et des déclarations de condamnation des violences et des tueries de l’armée française par :

- L’ancien Premier ministre, M. Pascal Affi Nguessan, président du Front populaire ivoirien (Fpi, parti au pouvoir) ;

- El Hadj Harrissou Fofana, président du mouvement religieux musulman Al Coran ;
- Professeur Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée nationale ;
- Le ministre d’Etat Mel Eg Théodore, président de l’Udcy, (Union démocratique citoyenne) ;
- M. Anoï Castro, président du Mouvement des Jeunes houphouétistes ;
- M. Koivo Serges, secrétaire général de la Fesci/Fédération estudiantine et scolaire de C.I) ;
- M. Nicolas Dioulo, candidat à la présidentielle de 2000 et président de la Nouvelle Alliance de Côte d’Ivoire (Naci).
22h30 : Message du président de la République adressé à la communauté nationale et internationale. Ce message tient en trois (3) points essentiels :
- La justification de l’action militaire face au refus systématique et à l’arrogance des rebelles de désarmer en dépit des injonctions respectives des 27 septembre, 8 et 18 octobre 2004 du Conseil de sécurité des Nations unies, des ambassadeurs de l’Union européenne et de la France.
- Le regret des incidents militaires survenus le 6 novembre à Bouaké.
- L’exhortation des populations indignées au calme.

Lundi 8 novembre 2004

06h00 : La population découvre que l’armée française a positionné nuitamment une cinquantaine de chars sur le parking de l’Hôtel Ivoire, non loin de la résidence du chef de l’Etat à Cocody. Devant cette curieuse et suspecte présence, des milliers de jeunes patriotes déferlent sur les lieux pour constituer un bouclier humain et protéger la vie du président de la République.

10H00 : Les environs de l’Hôtel Ivoire sont archicombles. La tension est vive. L’armée française tire encore à balles réelles sur la foule des manifestants. Bilan : plusieurs blessés immédiatement évacués au centre hospitalier universitaire de Cocody.

11h00 : A l’initiative du président de l’Assemblée nationale, le professeur Mamadou Koulibaly, une rencontre a lieu entre les états-majors de l’Onuci, de l’armée ivoirienne et de l’armée française à l’Hôtel Ivoire à Abidjan-Cocody pour faire baisser la tension.

13h15 : L’armée française bombarde et détruit le dispositif anti-aérien du palais présidentiel d’Abidjan Plateau.

13h30 : Un hélocoptère de l’armée française survolant le plan langunaire entre le Plateau et Treichville tire sur les bateaux-bus transportant des manifestants venus de Yopougon.

Face à ces faits d’une rare gravité, le peuple ivoirien indigné et révolté s’interroge :

1. Pourquoi l’armée française sensée accompagner le processus de désarmement et de réconciliation en Côte d’Ivoire a-t-elle choisi d’attaquer l'armée nationale agressée par la rébellion ?

2. Si tel est le cas que l’armée ivoirienne a bombardé un camp militaire à Bouaké, pourquoi n’a-t-elle pas jugé nécessaire d’aviser les autorités politiques et militaires de la Côte d’Ivoire ou de prendre à témoin la Communauté Internationale ?

3. Que cherche l’armée française en s’attaquant systématiquement aux symboles de la souveraineté de l’Etat Ivoirien (palais présidentiels, avions militaires et civils présidentiels) en représailles à une prétendue attaque ?

4. Pourquoi l’armée française ne réclame-t-elle pas jusqu’à ce jour une commission internationale d’enquête sur ces incidents de Bouaké ?

En attendant des réponses claires à ces interrogations, le peuple de Côte d’Ivoire a démontré dans cette autre crise, sa farouche détermination à se battre pour le désarmement en vue de la réunification de son territoire.

Conflit franco-ivoirien
La France vient d’attaquer la Côte d’Ivoire au moment où les forces de défense et de sécurité se sont engagées dans la libération et la réunification de la côte d’Ivoire.

Les autorités françaises insinuent que le samedi 6 novembre 2004, les forces de défense et de sécurité auraient bombardé un camp militaire français et auraient occasionné des morts et blessés dont des Français et un Américain.

Prenant prétexte de cette situation non encore élucidée par une enquête appropriée et en violation flagrante des procédures et règles internationales en la matière, le président français Jacques Chirac lui-même a donné un ordre express aux forces Licorne d’attaquer et de détruire les équipements de l’armée ivoirienne et de profaner les symboles de la république.

Ainsi, à Yamoussoukro, les forces françaises ont détruit deux avions bombardiers Sukhoï 25, 3 MI-21 alors que ceux-ci étaient au sol et hors de la zone de combat.
Toujours à Yamoussoukro, le palais présidentiel du chef de l’Etat a été pilonné à l’arme lourde occasionnant la mort de plusieurs innocents ; deux autres hélicoptères ont été détruits.

A Abidjan, l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny a été occupé par l’armée française. Une fois encore elle a tiré à balles réelles sur les manifestants aux mains nues, venus protester contre cette occupation française de type colonial. On dénombre pour l’ensemble des manifestations officiellement 412 blessés et 18 morts repartis comme ci-après :

Les morts
- 6 (six) Chu de Cocody
- 2 (deux) à Songon (Abidjan)
- 10 (dix) à Fingolo (Duekoué) comprenant,
- 2 militaires ;
- 1 douanier ;
- 1 policier
- 5 civils.
- 1 mort à Guessabo

Blessés
Pour la seule journée du lundi 7 novembre : 100 après que la foule ait essuyé les tirs des chars et hélico français.

Tous les avions stationnés à la base aérienne du Gatl ont été eux aussi détruits.
Les deux ponts, Houphouët-Boigny et de Gaulle, ont été mitraillés toute la nuit d’hier pour empêcher toute circulation entre le Nord et le Sud de la ville d’Abidjan.

La résidence officielle du chef de l’Etat n’a pas échappé à la furie meurtrière des soldats français. Des rafales ont été tirées à partir d’un hélicoptère de combat survolant la résidence.

La France a mis en mouvement des renforts depuis le Gabon et Djibouti ; trois bombardiers Puma sont annoncés pour renforcer le dispositif militaire de la Licorne.

Manifestement la France de Jacques Chirac qui se camouflait jusque-là derrière les rebelles ivoiriens, vient de jeter le masque en déclarant publiquement et de façon brutale que c’est elle qui fait la guerre à la Côte d’Ivoire.
Aujourd’hui notre histoire nous a prouvé au moins deux choses importantes. La première, c’est que pendant deux ans, nous avons tourné en rond. Nous avons cherché des interlocuteurs crédibles avec qui parler. Qui fait quoi ? Qui nous attaque. On a posé des questions. C’est clair. C’est la France de Jacques Chirac. Depuis le début nous le savions mais maintenant les choses sont encore plus claires. Puisque nous l’avons poussée à un tel point qu’elle a été obligée de déclarer la guerre à la Côte d’Ivoire. Et elle a fait cette guerre. Bien sûr, après coup, elle cherche une résolution de l’Onu pour boucher les trous. Ça, c’est le résultat important. C’est une grande victoire pour le peuple de Côte d’Ivoire. Nous avons démontré à la face du monde que notre agresseur, ce n’était pas Soro, ce n’est pas le Mpci, ce ne sont pas les assaillants. Ceux-là n’étaient que les ouvriers de service de la puissante France de Jacques Chirac. Le monde entier aujourd’hui le sait. Qu’un petit pays comme la Côte d’Ivoire, ait subi les feux de l’Elysée pendant une journée. Ils ont détruit tous les aéronefs que nous avions. C’est vrai qu’on peut regretter la mort des soldats français. Mais rien ne prouve que ce sont les forces armées de Côte d’Ivoire qui ont attaqué les forces françaises. On n’a aucun résultat d’enquête qui montre comment cette attaque a eu lieu autour d’un camp militaire. Des belligérants se battent : certains sont à droite d’autres à gauche. Et puis, les forces françaises reçoivent hélas un projectile ? Quand vous voyez la rapidité avec laquelle les décisions qui ont suivi ont été exécutées, vous ne pouvez plus douter de ce que ces choses-là avaient été goupillées bien avant. Les Ivoiriens l’ont prouvé. Notre adversaire c’était la France, c’était Chirac.

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