La Côte d'Ivoire s'achemine vers une grave et longue crise humanitaire qui pourrait déstabiliser l'Afrique occidentale si des mesures ne sont pas prises rapidement, avertissent les Nations unies.
Des responsables de l'Onu se sont retrouvés au Sénégal vendredi pour étudier des plans d'urgence à mesure qu'une résolution pacifique s'évanouit en Côte d'Ivoire, ancienne colonie française coupée en deux depuis deux ans par une guerre qui a vu les rebelles des Forces Nouvelles s'emparer du nord du pays.
"Il doit y avoir une prise de conscience plus large et plus profonde de la gravité de la crise humanitaire en Côte d'Ivoire", a dit Joël Boutroue, responsable humanitaire basé à Genève.
"Cette crise va durer et empirer", a ajouté Boutroue, responsable à l'Onu du Bureau de coordination des Affaires humanitaires (OCHA).
Avec une administration civile largement absente dans les zones rebelles, des services publics surchargés de travail dans le Sud après un afflux massif en provenance d'autres parties du pays, les organisations non-gouvernementales éprouvent de grandes difficultés à maintenir un service sanitaire et éducatif minima.
INSÉCURITÉ
L'insécurité en Côte d'Ivoire a augmenté depuis que les forces du gouvernement ont rompu une trêve de 18 mois et attaqué des positions rebelles dans le Nord la semaine dernière.
L'offensive a cessé brutalement après que les forces françaises eurent détruit les forces aériennes des troupes du président Laurent Gbagbo en réponse à la mort de neuf de leurs soldats au cours des raids ivoiriens.
Cette mesure de représailles a déclenché une violente vague anti-française à Abidjan et provoqué le rapatriement de centaines d'étrangers.
"Les hommes politiques qui ont en charge en Côte d'Ivoire l'avenir de leur pays, M. Gbagbo, M. Soro, M. Ouattara, M. Bédier et d'autres encore, assument leurs responsabilités vis-à-vis des nouvelles générations de jeunes Ivoiriens", a dit samedi matin au micro de la radio Europe 1 le ministre français des Affaires étrangères, Michel Barnier.
"Il faut que ces hommes et ces femmes qui ont en charge le destin de leur pays se mettent autour d'une table pour faire fonctionner des institutions et trouver une solution politique", a-t-il ajouté.
Boutroue a précisé que les deux objectifs de l'Onu étaient de s'assurer que les ONG aient accès aux populations civiles afin de les protéger et de stopper un exode dans un pays de près de 17 millions d'habitants.
CONFLIT REGIONAL ?
La poliomyélite a fait son retour en Côte d'Ivoire cette année après y avoir disparu pendant quatre ans. Les responsables de l'Onu indiquent que les problèmes rencontrés par les ONG ont fait que moins de 50% des enfants avaient pu être vaccinés.
L'OCHA craint que les mouvements de population et de soldats, ajoutés à une augmentation de la prostitution, ne conduisent à une augmentation du taux de contamination par le virus HIV, qui est déjà de 7%.
Pour Michel Gaude, chef du Haut commissariat aux réfugiés pour l'Afrique occidentale, un mouvement majeur de population mènerait à "jeu de dominos mortel".
"Un exode massif pourrait impliquer d'autres pays", a-t-il dit vendredi.
D'après les plans des Nations unies, si le processus de paix échoue et que le Nord devient un Etat autonome, ce sont plus d'un million et demi d'Africains vivant en Côte d'Ivoire qui pourraient prendre la route.
Dans ce scénario, l'Onu estime que 750.000 personnes se déplacerait à l'intérieur de la Côte d'Ivoire tandis que 675.000 retourneraient dans des pays limitrophes comme le Mali ou le Burkina Faso.
Mais les soucis des Nations unies ne s'arrêtent pas là.
Gaude assure que de petits groupes de jeunes hommes ont passé la frontière en provenance du Liberia. Il craint la reprise du recrutement de réfugiés et d'enfants soldats en Côte d'Ivoire.
"Si nous ne faisons rien pour soutenir la population, nous nous acheminons vers un conflit régional", a-t-il conclu.