« Il n'y a plus de temps à perdre, la communauté internationale doit désarmer les rebelles et contraindre (le président Gbagbo) à respecter ses engagements », déclare François Holland du PS français
La Côte d'Ivoire se voit contrainte de se passer d'une aviation militaire pendant 13 mois à compter d'hier lundi 15 novembre 2004. La France l'a voulu ainsi. La résolution du conseil de Sécurité a été adoptée après le feu vert des pays africains. La bataille franco-ivoirienne réserve des rebondissements certains.
Le président français fait l'économie du langage diplomatique, indiquant qu'il faut craindre « une dérive fasciste du régime ivoirien ». Il a tenu ces propos à la veille de la réunion du conseil de sécurité des Nations unies. Le gâteau sur la cerise ! Le conseil adopte finalement lundi 15 novembre une résolution, imposant pour 13 mois un embargo immédiat sur l'importation d'armes en Côte d'Ivoire. La résolution prévoit également l'imposition, pour 12 mois, d'une interdiction de voyager et d'un gel des avoirs des personnes qui seront désignées comme celles qui bloquent l'application complète des accords de Marcoussis et Accra III. Une période d'un mois est observée à compter de la date du vote de cette résolution pour permettre aux acteurs politiques d'appliquer les accords.
Le règlement de la crise ivoirienne a pris une ascension particulière ces deux dernières semaines. Les préoccupations de la Côte d'Ivoire ont été « ignorées » dimanche 14 novembre 2004 à Abuja (Nigeria) où se sont réunis six chefs d'Etat africains. Le président Olusegun Obasenjo a reçu ses homologues du Ghana, du Sénégal, du Gabon, du Burkina Faso, du Togo et le président de la Commission de l'UA, Alpha Oumar Konaré. Ceux-ci ont appuyé la sanction affligée à la Côte d'Ivoire en dépit du mémorandum produit par le président Sud africain Tabo Mbeki. Mandaté par l'UA pour trouver une solution à la crise en Côte d'Ivoire, Le président Thabo Mbeki a rencontré son homologue Laurent Gbagbo à Abidjan puis discuté à Pretoria avec des dirigeants de l'opposition ivoirienne, notamment le leader du Rassemblement des Républicains (RDR) Alassane Ouattara et le porte-parole du G-7 (regroupement de tous les partis ivoiriens et des mouvements rebelles signataires des accords de paix de Marcoussis), Alphonse DjéDjé Mady, secrétaire général du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI, ancien parti unique).
Maintenant que va t-il se passer ?
De son côté, le chef de l'Etat ivoirien estime que la solution qui vaille, c'est le désarmement inconditionnel des rebelles au plus tard le 31 décembre prochain. Pour la première fois, il est soutenu dans cette idée par le parti socialiste français de François Holland qui a indiqué hier à la presse « qu'il n'y a plus de temps à perdre, la communauté internationale doit désarmer les rebelles et contraindre (le président Gbagbo) à respecter ses engagements ». Quant à Alliot-Marie, ministre française de la Défense Michèle, elle a affirmé que « la France considère toujours que le régime ivoirien était légitime », précisant que « le président (Gbagbo) a été élu par les Ivoiriens ». Le président Laurent Gbagbo, lui, ne comprend pas pourquoi son homologue français « le déteste » jusqu'au point de « prendre partie pour les rebelles ».
Rappelons que le jeudi 4 novembre 2004, les Forces de Défense et de Sécurité de Côte d'Ivoire ont reçu pour mission de réunifier le territoire national suite au refus de la rébellion de désarmer. Des frappes aériennes ciblées sur des objectifs militaires ont été opérées à Bouaké, Korhogo, Vavoua, Seguela et Man. Le samedi 6 novembre 2004, alors que les aéronefs ivoiriens réalisaient leurs dernières missions avant l'offensive terrestre, une frappe sur l'Ecole Nationale des Sous Officiers (ENSOA) à Bouaké, a causé des dommages collatéraux, occasionnant des morts et des blessés au sein du cantonnement militaire français installé au Lycée Descartes. Suite à cet accident qualifié de « malheureux et regrettable » par l'état-major des armées ivoiriennes, les Forces françaises de l'opération Licorne ont procédé, sans en aviser et contre toute attente, à la destruction systématique au sol du potentiel aérien ivoirien à Yamoussoukro, puis immédiatement après, à Abidjan.
Les populations, révoltées par ces destructions systématiques opérées par la France occupent spontanément les rues pour protester et manifester leur colère. Au cours des opérations planifiées par les Forces Licorne dans le but de « protéger » les ressortissants français et certaines communautés étrangères vivant en Côte d'Ivoire, l'on a assisté à un déploiement de moyens militaires: occupation de l'aéroport de Yamoussoukro, de l'aéroport Félix Houphouët-Boigny à Abidjan, des deux ponts reliant le nord et le sud d'Abidjan.