Le président de Côte d'Ivoire Laurent Gbagbo a appelé les entrepreneurs français "à revenir" en Côte d'Ivoire, jeudi, dans un entretien à des radios françaises, mais cet appel n'a été assorti d'aucune mesure visant à les rassurer.
M. Gbagbo, interviewé par les radios France Info et France Inter dans son palais présidentiel, s'est voulu d'abord compréhensif face au drame des quelque 7.200 Français qui ont dû tout quitter ces derniers jours. "Les écoles françaises ont été brûlées à Abidjan, par conséquent je comprends parfaitement que des parents, soucieux que leurs enfants fassent leur année scolaire normale, partent", a déclaré M. Gbagbo. "Je l'aurais fait" (à leur place), a-t-il ajouté.
Il a ensuite lancé un appel solennel au retour aux chefs d'entreprise français. "Pour les autres, les entrepreneurs, non seulement je leur demande de revenir, mais je pense même que l'intérêt réciproque, de leur côté et pour la Côte d'Ivoire, est de revenir", a souligné le président ivoirien. Et il s'est exclamé : "Que voulez-vous que ceux-là fassent aujourd'hui en France après avoir investi toute leur vie en Côte d'Ivoire".
Le ministre ivoirien des Eaux et Forêts, Adou Assoa, dépêché à Paris en mission de bons offices par le résident Gbagbo, interrogé peu après sur Radio France internationale (RFI), a réitéré cet appel. "Nous pensons qu'ils vont revenir", a déclaré M. Assoa. "C'est ce que nous demandons, c'est ce que le président lui-même a dit", a-t-il poursuivi. "Chez nous, les Français, nous les considérons comme des partenaires, comme des amis, comme des frères: ils ne sont pas une monnaie de chantage".
Mais ces appels n'ont été assortis d'aucune mesure visant à rassurer les Français. Interrogé pour savoir si le gouvernement était prêt à mettre un terme aux agissements des "Patriotes", les milices pro-Gbagbo, et aux appels à la haine des médias gouvernementaux, comme le demande l'Onu, M. Assoa a répondu qu'il n'y avait "aucun climat de terreur à Abidjan". "Il n'y a pas de milices, les gens se font eux-mêmes peur", a assuré le ministre ivoirien.
L'envoyé du président Gbagbo a déclaré également qu'"il n'y a pas de double langage" en Côte d'Ivoire. "Quand un pays est agressé, il y a toujours des patriotes, des gens qui s'élèvent et qui crient leur ras-le-bol", a-t-il ajouté. "C'est ce que vous entendez sur nos chaînes". Le gouvernement ne peut mettre un terme à ces appels car "nous sommes un pays de libertés", a affirmé M. Assoa. "Mais ça ne veut pas dire que c'est la position du gouvernement".
Le ministre a précisé que son pays ne réclamait qu'"une chose" : "que l'armée française rentre dans les casernes, c'est-à-dire rentre au 43ème BIMa (Bataillon d'Infanterie de Marine) et ne circule pas dans la ville d'Abidjan". Le président Gbagbo a laissé son ministre qualifier de "grave injustice" l'embargo sur les armes adopté par le Conseil de sécurité de l'Onu et dénoncer des livraisons d'armes aux rebelles en provenance "du Mali et du Burkina Faso".
Laurent Gbagbo a adopté, lui, un ton plus neutre. "L'embargo (sur les armes) nous arrange", a-t-il lancé, en faisant valoir qu'il pourrait désormais consacrer cet argent à l'éducation ou aux services publics. "Si l'embargo signifie que nos adversaires n'auront plus d'armes, nous n'avons plus besoin d'armes comme eux", a-t-il ajouté. "Mais à terme, après tout ça, il faudra que la Côte d'Ivoire reconstitue toutes ses forces, qu'elle ait une véritable armée et donc recrée une aviation".
"Mon problème, ce n'est pas Paris", a-t-il expliqué. "Mon problème, c'est la guerre civile qui a été déclenchée dans mon pays".