Le président ivoirien, Laurent Gbagbo, a sèchement répondu lundi à son homologue français, Jacques Chirac, qui avait déclaré dimanche à Marseille, dans le Sud-Est de la France, que Paris "ne laisserait pas s'installer un régime fasciste en Côte d'Ivoire".
"Le président Chirac a soutenu le parti unique en Côte d'Ivoire pendant 40 ans. Qu'est-ce qui est plus proche du parti unique que le fascisme ? C'est nous qui étions en prison sous le parti unique soutenu par la France", a affirmé le président Gbagbo cité par le quotidien français "Libération".
Cette violence verbale corrobore le durcissement des positions françaises et ivoiriennes sur le terrain en Côte d'Ivoire. 120 chars français avaient en effet pris position autour de l'hôtel Ivoire, à 500 mètres du domicile de Laurent Gbagbo. "Au lieu de désarmer les rebelles, c'est moi qu'on juge. C'est une injustice inacceptable, nous ne l'accepterons pas", précise le président ivoirien. Deux bâtiments de guerre français devraient arriver samedi prochain aux larges d'Abidjan avec à leur bord près de 400 soldats, des hélicoptères de combat ainsi que des véhicules de transports de troupes. L'armée française a par ailleurs prépostionné à Libreville, au Gabon, un Mirage F-1, équipé de missiles anti-aériens qui peut, dit-on, rejoindre la Côte d'Ivoire en trois quarts d'heure. Abidjan a, pour sa part, marqué sa fermeté en nommant à la tête de l'état-major des Forces armées nationales de Côte d'Ivoire (Fanci) le colonel Philippe Mangou qui avait dirigé les raids aériens sur les villes aux mains de l'ex-rébellion.
Haine en Côte d'Ivoire : la CPI s'échauffe
Un conseiller de l'Onu sur la prévention des génocides a lancé lundi à New York un appel pour la fin de l'impunité en Côte d'Ivoire, soulignant que les auteurs des messages de haine diffusés par les médias locaux pourraient être poursuivis par la Cour pénale internationale (CPI). Juan Mendez a déclaré que les autorités ivoiriennes ont l'obligation de mettre fin à l'impunité et d'agir contre les auteurs d'incitation à haine et à la violence. Il a affirmé qu'en l'absence de mesures effectives, les actes et propos d'incitation à la violence pourraient être rapportés à la Cour pénale internationale (CPI) pour engager des procédures judiciaires contre leurs auteurs.
M. Mendez a, dans un communiqué, recommandé un renforcement du nombre de casques bleus en Côte d'Ivoire pour protéger les civils, notamment les étrangers. "La crise actuelle a exacerbé les sentiments de xénophobie et pourrait exacerber les violations déjà préoccupantes et généralisées des droits humains qui, ces derniers temps, ont pris la forme d'exécutions extra-judiciaires, de tortures, de détentions arbitraires, de disparitions et de violences sexuelles", a-t-il déclaré. Il a invité les autorités nationales à mettre "immédiatement" fin à la diffusion des discours haineux et à la violence suscitée par la presse à travers des canaux officiels, à poursuivre sans ménagement tout acte de violence ou d'incitation à la violence et à s'engager à nouveau à respecter les accords de cessez-le-feu.
Le Secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan, a condamné les messages de haine véhiculés par la radio et la télévision publiques ivoiriennes, indiquant qu'ils pourraient conduire "à la résurgence dévastatrice d'un conflit ethnique". Au moins 10.000 Ivoiriens auraient fui au Liberia, tandis que des centaines d'étrangers ont été rapatriés avec l'aide de l'Onu, indique-t-on. Les responsables de l'Onu craignent que les troubles ne s'étendent au Liberia et à la Guinée, pays frontaliers avec la Côte d'Ivoire.