La nuit a été calme à Abidjan où des patrouilles mixtes de Casques bleus, de soldats français et de militaires ivoiriens ont parcouru les quartiers sud de la capitale économique.
"Les patrouilles mixtes ont sillonné les quartiers sud de la ville entre les ponts et l'aéroport. Cela s'est plutôt bien passé", a indiqué une source participant à ces patrouilles.
Le porte-parole de l'armée ivoirienne, le lieutenant-colonel Jules Yao Yao avait annoncé lundi soir que ce type de patrouilles allait parcourir les rues de la capitale économique de 21H00 à 06H00 (GMT et locales). Celles-ci n'ont pas franchi la lagune qui sépare en deux Abidjan.
Elles ont opéré dans les quartiers sud à Treichville, Marcory et en Zone 4 (Biétry), près du port et de l'aéroport, fermé au trafic civil depuis sa prise de contrôle par les forces françaises samedi. La zone 4, où habitent notamment des Français, a été le théâtre de nombreux pillages depuis samedi.
Le président ivoirien a "une responsabilité importante" vis-à-vis de "tous les supporters, de tous les jeunes qui le soutiennent", a déclaré mardi sur France 2 le ministre des Affaires étrangères Michel Barnier. "Le président Gbagbo dans ces moments très difficiles et très tragiques a lancé un appel au calme, je pense qu'il aura été entendu, mais je pense qu'il a effectivement une responsabilité importante parce qu'il est chef de l'Etat ivoirien, notamment vis-à-vis de tous les supporters, de tous les jeunes qui le soutiennent et qui doivent, eux aussi, entendre la raison", a déclaré M. Barnier.
Mardi matin l'activité économique n'avait toujours pas repris. le quartier d'affaires et administratif du Plateau était désert, aucun autobus ne circulait et la police ivoirienne patrouillait dans les rues.
Des pillards surpris ont été arrêtés et certains d'entre eux ont été forcés de gagner le commissariat le plus proche en rampant tandis que des policiers leur assenaient de nombreux coups de lanières sur leur dos dénudés.
Les responsables civils et militaires ivoiriens avaient appelé lundi à un "retour au calme", après de nouveaux face-à-face tendus entre manifestants et militaires français près de la présidence ivoirienne.
Une réunion entre responsables civils et militaires ivoiriens et ceux de l'Opération Licorne, dans l'après-midi, avait déjà permis d'amorcer une désescalade, au moins verbale: "Nous avons décidé d'aller à l'accalmie pour que l'activité économique reprenne", avait déclaré à son issue le président de l'Assemblée nationale Mamadou Koulibaly - qui avait multiplié au cours du week end les déclarations incendiaires.
De son côté, la France a voulu rassurer les partisans du régime de Laurent Gbagbo, affirmant qu'elle n'avait "pas l'intention de renverser" le président ivoirien.
Lundi a constitué la troisième journée de heurts, parfois violents, et de pillages ciblant les Blancs, et notamment les ressortissants français, depuis que les soldats français ont détruit samedi l'aviation ivoirienne, en riposte à la mort de neuf d'entre eux dans un bombardement ivoirien sur leur position.
Selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), les affrontements du week-end à Abidjan ont fait plus de 410 blessés et un "nombre de morts" indéterminé mais dont "on peut craindre qu'il soit également lourd".
Enfin, depuis Bouaké, les rebelles des Forces nouvelles (FN), qui contrôlent le nord de la Côte d'Ivoire, ont demandé lundi le "départ" de Laurent Gbagbo pour garantir un retour à la "sérénité". Les rebelles renforçaient par ailleurs leurs positions vers Bouaké et le centre-ouest du pays, a confirmé un responsable des FN à un journaliste de l'AFP qui a vu passer à Korhogo (nord) les convois d'hommes armés.