La France, aux prises avec une grave crise en Côte d'Ivoire, cherche à impliquer davantage la communauté internationale pour trouver une issue politique et éviter un face à face avec le pouvoir ivoirien, en brandissant notamment la menace de sanctions de l'ONU.
Une cérémonie funèbre "avec hommage national" se tiendra mercredi après-midi aux Invalides, en présence du chef de l'Etat Jacques Chirac et d'une centaine de membres des familles des neuf soldats tués samedi en Côte d'Ivoire.
"La crise qui secoue la Côte d'Ivoire n'est en aucune façon un tête à tête entre la France et la Côte d'Ivoire ; elle s'inscrit dans le cadre de la communauté internationale", a déclaré mardi le Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin, devant l'Assemblée nationale.
La diplomatie française a également mis en avant mardi le fait qu'il n'y a pas "d'agenda politique caché de la France" mais un "agenda de l'ensemble de la communauté internationale", selon les termes de son porte-parole, Hervé Ladsous.
Paris en veut pour preuve l'implication de l'Union africaine (UA) et des Nations Unies, rappelant que l'ensemble des pays africains soutiennent son action depuis le début de la crise. Moscou et Washington lui ont notamment apporté leur appui.
Les responsables français entendent mettre cette mobilisation au service de leur objectif déclaré : la relance des accords de paix signés en janvier 2003 à Marcoussis (France) puis réaffirmés en juillet dernier à Accra (Ghana) par les différentes parties ivoiriennes.
"Les accords de Marcoussis sont le seul cadre tracé, la question d'une adaptation n'est pas posée, c'est le cadre que réaffirme l'UA, et le Conseil de Sécurité de l'Onu", a insisté le porte-parole du Quai d'Orsay mardi.
En outre, pour Paris, le président Laurent Gbagbo, malgré les violations du cessez-le-feu par son armée et les neufs soldats français tués par son aviation, reste un interlocuteur incontournable.
"Le président Gbagbo a sa place constitutionnelle, nous n'avons aucun objectif d'intervention dans la politique intérieure ivoirienne, le président Gbagbo est reconnu par les accords de Marcoussis", a assuré M. Ladsous.
Pour aider à mettre en oeuvre une solution pacifique, le président sud-africain Thabo Mbeki, mandaté par l'UA est arrivé mardi à Abidjan.
Il a rencontré à son arrivée Albert Tévoedjré, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour la Côte d'Ivoire. Quelque 6.000 Casques bleus sont stationnés dans ce pays aux côtés des 4.000 soldats français de la force Licorne.
La France, dans le même temps poursuit la mise au point d'une résolution du Conseil de sécurité prévoyant des sanctions contre des protagonistes de la crise et continue de rappeler au président Gbagbo sa responsabilité "personnelle" dans la sécurisation des ressortissants étrangers et français.
Le porte-parole du quai d'Orsay a souligné mardi que le projet prévoyait notamment la possibilité de sanctions ciblées "à l'encontre de tous les acteurs ivoiriens qui se mettraient en travers du processus politique en Côte d'Ivoire".
Ce projet de résolution qui prévoit aussi un embargo sur la fourniture d'armes à la Côte d'Ivoire, devrait être voté "dans les prochains jours", selon le ministère.
Paris n'envisageait pas mardi d'évacuation de ses ressortissants mais avait néanmoins affrété plusieurs avions pour rapatrier les Français "en détresse qui souhaitent" quitter le pays.