L'Union africaine tente de trouver une solution politique à la crise ivoirienne en s'appuyant essentiellement sur l'accord de paix inter-ivoirien de Marcoussis, signé en janvier 2003 mais appliqué que très partiellement sur le terrain.
L'organisation pan-africaine a mandaté à cet effet le président sud-africain Thabo Mbeki, arrivé mardi à Abidjan, mais la tâche s'annonce ardue dans un pays jadis considéré comme la "vitrine" de l'Afrique francophone, aujourd'hui de nouveau au bord de la guerre.
On ignore si le président sud-africain compte simplement demander aux Ivoiriens de respecter enfin des accords de paix, souvent restés lettre morte, où s'il entend faire de nouvelles propositions pour tenter de débloquer la situation.
Pour l'instant, rien n'a filtré sur les intentions d'un homme, à la tête du poids-lourd économique et politique du continent, qui a déjà joué les médiateurs, avec succès, dans les guerres déchirant le Burundi et la République démocratique du Congo (RDC).
Dimanche, un responsable de l'UA s'exprimant sous couvert de l'anonymat avait vaguement évoqué "une mission (...) qui réunirait autour d'une même table le président de la Côte d'Ivoire Laurent Gbagbo, Alassane Ouatarra (opposant ivoirien), le président du Gabon (Omar Bongo) et le président du Burkina Faso (Blaise Compaoré)".
Depuis son siège d'Addis Abeba, l'UA a très vite réagi à la rapide détérioration de la situation en Côte d'Ivoire, tentant de se démarquer le plus possible de l'impuissance qui avait caractérisée la défunte organisation de l'unité africaine (OUA), remplacée par l'UA en 2002.
A maintes reprises, elle a condamné les bombardements de l'armée ivoirienne sur des positions rebelles, les violences contre l'opposition, les médias et les Français, appelant les Ivoiriens à "abandonner" l'option militaire et à respecter les accords de Marcoussis et d'Accra.
La situation s'est considérablement dégradée en Côte d'Ivoire à la suite de raids de l'aviation ivoirienne sur des positions rebelles et sur une position française (9 soldats français tués, 38 blessés), suscitant samedi une riposte de la France qui a ensuite provoqué de violentes manifestations antifrancaises.
Dès samedi, les deux plus importants responsables de l'organisation panafricaine -le président en exercice de l'UA, le chef de l'Etat nigérian Olusegun Obasanjo et le président de la Commission de l'UA, l'ancien chef d'Etat malien Alpha Oumar Konaré- se sont rencontrés au Nigeria.
Ils ont appelé "toutes les parties de la crise ivoirienne à cesser immédiatement les hostilités", exprimant leur "profonde inquiétude" concernant les bombardements de l'armée gouvernementale ivoirienne.
Mais aucune condamnation claire du pouvoir du président ivoirien Laurent Gbagbo n'apparaissait.
Et lundi, l'UA s'est refusée à "jeter des anathèmes à droite ou à gauche", à propos de l'attitude de la France, notamment de la riposte musclée de Paris, après la mort de ses neuf soldats.
Après le Darfour (Soudan), la crise ivoirienne constitue un test, important pour la crédibilité de l'Union africaine, de sa volonté et de sa capacité à résoudre les nombreux problèmes du continent le plus pauvre du monde.
Au Darfour, ravagé depuis février 2003 par une guerre civile, l'UA déploie actuellement une force de paix de plus de 3.000 homme.