Les autorités ivoiriennes n'avaient pas réagi officiellement mardi aux sanctions adoptées dans la nuit par l'Onu, dont l'embargo immédiat sur les armes, tandis que les Forces nouvelles (rébellion contrôlant le nord du pays depuis septembre 2002) se gardaient de toute "euphorie".
La présidence ivoirienne, contactée par l'AFP, s'est contentée d'indiquer qu'une réaction officielle serait communiquée plus tard dans la journée.
Aucune personnalité de l'Etat n'a non plus réagi lors des informations de la mi-journée sur la Radio-télévision ivoirienne (RTI, officielle) qui a diffusé un sujet virulent, en cinquième position seulement, à propos de ce vote.
L'embargo immédiat sur les armes décidé à "l'initiative de la France vient convaincre tous les sceptiques qui doutaient encore de l'implication partisane de Paris dans la crise ivoirienne", a estimé la RTI dans son commentaire, mettant également en cause les chefs d'Etat de la Cedeao (Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest) et de l'UA (Union africaine) "qui ont été actionnés comme des marionnettes par l'Elysée".
Seul le représentant de la Côte d'Ivoire aux Nations Unies, Philippe Djangoné-Bi, avait déploré dès la fin du vote la décision du Conseil, la qualifiant d'"injuste" et estimant que Paris était à la fois "juge et partie" dans cette affaire.
"On attend de voir ce qu'il y a dedans", a déclaré de son côté le porte-parole des Forces nouvelles, Sidiki Konaté, à Bouaké (centre), où l'intégralité du document adopté par le Conseil de sécurité des Nations unies n'était pas encore disponible.
"On veut que la fermeté annoncée ne soit pas dévoyée", a-t-il ajouté, estimant que ce n'est pas seulement "la folie" du président ivoirien Laurent Gbagbo, "mais aussi l'impasse et l'équilibrisme de la communauté internationale" qui risquent de provoquer une reprise de la guerre.
Le porte-parole a également confirmé que le chef de la rébellion, Guillaume Soro, se rendra en Afrique du Sud où il doit rencontrer en fin de semaine le président Thabo Mbeki, chargé de médiation par l'UA sur la Côte d'Ivoire.
Le président français Jacques Chirac a plaidé l'apaisement en appelant les parties ivoiriennes en conflit à "renouer le contact de façon à trouver la paix". Il a assuré que le "seul but" de la France en Côte d'Ivoire était "le retour de la paix" et "la relance du processus de réconciliation nationale.
Le secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), l'ancien président sénégalais Abdou Diouf, a apporté son soutien à la résolution de l'Onu.
Outre l'embargo immédiat sur les armes, la résolution 1572, adoptée à l'unanimité des 15 membres du Conseil à l'initiative de la France, avec le soutien de l'UA, comprend aussi des mesures conditionnelles contre certaines personnalités ivoiriennes qui prendront effet dans un mois.
L'embargo sur les armes empêche notamment le président Gbagbo de reconstituer son aviation militaire, ainsi qu'il en avait annoncé l'intention, après la destruction de sa flotte par la France le 6 novembre, en représailles au raid contre une de ses positions à Bouaké (neuf Français tués et 38 blessés).
Le Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin a estimé mardi que le "calme" restait "très précaire" en Côte d'Ivoire et a fait part de son "inquiétude" devant "les discours qui vont jusqu'à mettre en cause la réalité de l'agression" à l'origine de la mort des neuf soldats français.
Le ministre français des Affaires étrangères Michel Barnier a également jugé la situation dans le pays "extrêmement préoccupante".
L'annonce des sanctions, tombée trop tard pour la presse ivoirienne de mardi, n'a provoqué aucun trouble à Abidjan, qui semble renouer avec la normalité.
Les activités avaient repris dans la capitale économique: les transports en commun fonctionnaient, permettant aux employés de reprendre leurs postes dans les administrations publiques et les banques et aux écoliers de regagner leurs classes, elles aussi rouvertes.
Le dernier avion affrété par la France pour rapatrier les Occidentaux qui le souhaitaient est arrivé à Paris dans la nuit de lundi à mardi et au total, plus de 5.000 Français ont quitté la Côte d'Ivoire depuis le début des violences.
Par ailleurs, 10.000 Ivoiriens ont déjà gagné le Liberia voisin en dix jours et de nouvelles arrivées sont signalées chaque jour selon le HCR. Son porte-parole Ron Redmond, qui a précisé que ces populations fuient par crainte d'une éventuelle reprise des hostilités, craint un exode massif si la situation devait continuer de se dégrader.