A pas feutrés
Henri-Claude Oyima et Mme Marlyn Mouliom-Roosalem s'expliquent au sujet du retard enregistré dans le chronogramme qui avait été préalablement annoncé à l'issue de l'Assemblée générale constitutive du 27 juin 2003. Ils considèrent que de nombreuses étapes ont été franchies, avec notamment la livraison imminente du siège de la BVMAC, grâce au financement de l'Etat gabonais. Et qu'on devrait en savoir plus sur le démarrage des activités à l'occasion du Conseil d'administration qui aura lieu le 29 novembre prochain.
L'UNION. Qu'est-ce qui explique que les activités de la BVMAC n'aient pas démarré, comme initialement prévu, au premier trimestre 2004 ?
En effet, le 27 juin 2003, nous avons convoqué une Assemblée générale constitutive au cours de laquelle nous avons constitué la société de la BVMAC. Le retard, effectivement, que nous avons enregistré est dû fait que nous voulions mettre ensemble tous les actionnaires des États qui constituent la Cémac. Notre Bourse étant de dimension régionale, nous avions une obligation, celle d'essayer de rassembler, et de fédérer toutes les entreprises de la Cémac.
Aujourd'hui, c'est fait. Nous avons réussi à rassembler les entreprises - il faut bien préciser que la société de la BVMAC est une entreprise privée dans laquelle il n'y a aucun État, ni aucune administration publique. Ce sont donc des entreprises privées des différents États qui sont présentes à ce capital. Bien sûr à l'exception du Cameroun qui a créé sa société à Douala. Concernant le retard, voilà pour la première raison.
Deuxième chose : parmi les engagements qui avaient été pris par les pouvoirs publics - au départ, c'étaient les États qui voulaient créer la Bourse. Le Gabon qui avait été désigné comme devant abriter le siège social, s'était engagé à mettre ce siège à la disposition de la BVMAC il fallait que l'État gabonais puisse réunir tous les financements nécessaires pour construire le bâtiment. C'est la deuxième raison qui a ait que le chronogramme renne un peu dé retard. Aujourd'hui, ce bâtiment bien visible à Libreville va être livré incessamment. Les financements ont été mobilisés et nous espérons que la livraison aura lieu avant le 15 décembre 2004.
A partir du moment où le premier engagements de constituer la société a été accompli, et le deuxième pris par les pouvoirs publics de nous offrir le siège réalisé, nous allons entrer dans la p ase de production.
Les autres conditions portant sur l'environnement juridique, sur le système informatique, etc., sont-elles réunies ?
Concernant la partie juridique, la Cosumaf (Commission de surveillance des marchés financiers) est déjà mise en place. Elle est également en train de s'installer. C'est elle qui sera chargée de la régulation et donc du contrôle de la BVMAC.
Pour cet organe aussi, les dirigeants sont déjà nommés : le président, M. Gandour, est ici à Libreville, avec son secrétariat général.
Donc, voilà les étapes indispensables par lesquelles il fallait passer pour que cette entreprise puisse tenir. La société a été constituée. Le capital d'un milliard sept-cent-soixante-quatorze millions a été entièrement libéré, notamment par des entreprises privées opérant dans les États de la Cémac, en dehors du Cameroun.
Peut-on estimer que l'ouverture puisse avoir lieu début janvier 2005 ?
Nous avons convoqué un Conseil d'administration pour le 29 novembre 2004. C'est au cours de ce conseil que nous allons officiellement introniser le directeur général - Permettez-moi de revenir sur les raisons du retard parmi lesquelles il y avait aussi le recrutement du directeur général. Aucune société n'est dirigée par un président du Conseil d'administration, mais toujours par un directeur général. Il fallait donc absolument en recruter un. Le dernier Conseil d'administration réuni ici le 28 juin 2004 a donc donné mandat au président et à trois administrateurs de le recruter. Nous aurons un Conseil d'administration le 29 novembre prochain. C'est au cours de ce Conseil que Mme Mouliom-Roosalem sera officiellement présentée à tous nos administrateurs. Après quoi, nous la présenterons à toutes les autorités monétaires du pays.
A partir de ce moment-là, le président du Conseil d'administration veillera au travail que fera l'équipe de direction, sachant que c'est au directeur général de recruter ses collaborateurs. C'est ce qu'a prévu l'Ohada pour le fonctionnement des entités privées.
Peut-on avoir une idée des autres points qui seront inscrits à l'ordre du jour de cette Assemblée générale ?
Après l'installation officielle du directeur général, l'ordre du jour portera sur la délégation de pouvoir pour que l'équipe de la direction générale puisse commencer ses activités. Il y a aussi l'examen du budget prévisionnel du business plan qui va être présenté, avec les stratégies. Il y a le chronogramme de réalisation. Jusque là, nous étions dans la phase de projet. Nous avons posé les bases. Maintenant, il faudra aller réaliser stratégiquement ce projet selon les objectifs des actionnaires et, bien entendu, selon les objectifs de rentabilité, car il s'agit. d'une société privée. Les exigences de performance sont un peu plus fortes...
Actuellement, ce business plan est en train d'être mis en place, tout comme le budget prévisionnel, et tout ce qui est orientation stratégique, etc., pour pouvoir avoir rapidement une visibilité de rentabilité.
Pour avoir un retour sur investissement sur le milliard sept-cent-soixante-quatorze millions qui constitue se capital de démarrage, on devra viser plus haut, d'autant qu'il s'agit d'une bourse régionale.
En tout cas, le business plan sera présenté au Conseil d'administration pour approbation. Il va, soit infirmer certains points, soit au contraire les confirmer... L'équipe de la direction générale doit être constituée. Il faudra donc recruter. Il y a aussi l'organigramme qu'il faudra valider, les effectifs... S'il faut démarrer avec une équipe jugée pléthorique, peut-être va-t-on la réduire. Mais c'est tout cela qui subordonne la réalisation de la Bourse.
Puis il y aura les questions diverses.
L'outil de connexion avec les autres antennes nationales de la BVMAC est-il prêt ?
En effet, il ne faut pas penser qu'il suffit d'apporter un ordinateur pour que la bourse fonctionne. Il faudra mettre en place un réseau de communication fiable et solide, pour mettre en relation tous les acteurs répartis sur les différents États. Ainsi, tout le monde pourra avoir la même information en même temps. Il est extrêmement important qu'il n'y ait pas de décalage d'information entre deux places différentes.
La BVMAC sera reliée dans chaque pays par des antennes nationales qui, elles, seront directement reliées au siège à Libreville par un système satellitaire. Pour être plus efficace, nous avons choisi le système V-Sat qui est actuellement le meilleur dans le monde. C est ce qui rassure les investisseurs extérieurs.
En complément de l'épargne régionale, nous comptons aussi bénéficier de l'épargne extérieure, notamment par la fiabilité de notre technologie. Le système V-Sat nous donne une visibilité depuis Londres, Paris, Johannesburg, etc. Ainsi, la BVMAC pourra participer à financer notre économie régionale
Quelle échéance vous donnez-vous pour que la BVMAC régionale ramène la bourse camerounaise à l'intégrer, selon la volonté initialement exprimée par les différents États d'évoluer ensemble ?
Il n'y a pas beaucoup d'intérêt, par rapport à nos économies, à créer une bourse nationale. Nous avons des faiblesses et des points faibles que au contraire, il faut chercher à dissiper. Ce n'est qu'en nous serrant les coudes que nous pourrons mieux faire face à nos difficultés économiques.
Nous avons déjà l'avantage d'être protégés par une technologie de pointe fiable. Nous ne pensons pas que le Cameroun, sur ce point précis, puisse seul se payer cette technologie de pointe pour pouvoir être à l'abri de certains aléas boursiers. Or,quand on peut se protéger par ces technologies, on rassure les investisseurs. Ce qui est le premier but d'une place boursière. La tendance actuelle est à l'intégration, même dans les grandes places. Cela, pour, se fortifier et minimiser les coûts. Rien que pour l'acquisition des technologies, il faut tabler sur quelques milliards, et non sur un milliard.
Nous reconnaissons que la bourse camerounaise aura une certaine expérience, si elle fonctionne bien. Et c'est toujours la région qui va gagner. Si elle a une visibilité à l'extérieur, c'est que l'économie marche bien dans notre sous-région.
Pour le moment, l'existence de cette bourse nationale ne constitue pas un handicap pour la bourse régionale.
Maintenant, par rapport à l'échéance à laquelle nous pourrons intégrer cette bourse camerounaise, nous ne pouvons rien dire puisse que la BVMAC n'est même pas encore installée. Il nous faut d'abord commencer à fonctionner et gérer les priorités. Il y aura plusieurs activités : sur les matières premières, les valeurs, les entreprises, les obligations, la dette, etc. Par rapport à cette diversité d'activités, le Cameroun, grâce à son expérience, pourra avoir un point fort et s'y spécialiser.
Cependant, tout le monde s'accorde à dire que deux bourses, dans notre sous-région, c'est trop. Nous estimons que, notre bourse étant régionale, nous nous en tenons à notre volonté de départ qui était de mettre tout le monde ensemble. Notre objectif est donc de faire en sorte que le Cameroun rejoigne la BVMAC.
De toute façon, comme on l'a déjà dit, aujourd'hui l'objectif c'est que les bourses se retrouvent et partagent les frais. Si on peut se retrouver et revenir ainsi au projet initial, ce serait une bonne chose pour la sous région. Quand un opérateur économique voudra aller en bourse dans la sous-région, il devra choisir entre deux bourses. Mais il faut savoir que, si la BVMAC, bourse régionale, est ouverte, non seulement aux valeurs de la Cémac, mais également au monde entier, la bourse camerounaise, elle, couvre seulement les sociétés de droit camerounais. Autrement, les entreprises camerounaises pourront être cotées ici, mais pas l'inverse.
Il faut que la BVMAC soit efficace et très présente, parce que le marché boursier évolue très vite. Pour plus d'efficacité, il faut bien qu'on s'assure que notre structure juridique protège bien les intérêts des investisseurs et des épargnants, que les intermédiaires en bourse et toutes les sociétés impliquées dans l'activité boursière ont de la compétence, qu'elles sont ponctuelles au niveau des analyses des entreprises...
Il y a autre chose : les entreprises qui, jusqu'à présent, n'avaient pas l'obligation de publier leurs chiffres seront obligées de le faire. C'est une condition sine qua non. Nous n'allons pas mettre notre épargne dans une entreprise si nous ne sommes pas sûrs que les chiffres sont publiés, audités, vérifiés, etc., par des gens qui connaissent ce métier-là. La transparence est très importance dans cette activité. Il n'y a pas de hasard dans ce domaine.
Vous devez savoir qu'il y a des dispositions de l'Ohada qui vont voir le jour et qui vont imposer aux entreprises de publier leurs résultats, non seulement au niveau de la bourse, mais aussi dans les journaux à grand tirage, sous le contrôle effectif de la Cosumaf.
Dernière question: quels sont les grands enjeux d'une bourse régionale ? Qu'est-ce que nos économies peuvent en attendre ?
Les grandes entreprises pourront réaliser de grands projets. Pour le moment, les banques de la place ne peuvent pas donner satisfaction pour ce qui est des ressources longues. Ce n'est d'ailleurs pas leur métier qui est plutôt limité aux investissements courts. La Bourse vient compléter le marché financier du secteur bancaire en proposant des ressources sur le long terme.
Pour les petits entrepreneurs, ils pourront lever des fonds sur ce qu'on appelle le second marché pour créer des entreprises. Et par rapport à l'obligation spécifique qui est faite à la BVMAC d'accompagner les PME, il y aura deux compartiments dont le second sera consacré à cette catégorie. Comme dans le compartiment réservé aux grandes sociétés, celui des PME aura, lui aussi deux sous-compartiments, l'un pour les actions et l'autre pour les obligations.
Avec le compartiment "Actions", on peut devenir actionnaire d'une société et donc en attendre les dividendes. Et pour le compartiment "Obligations", on attend la rémunération des garanties.
L'avantage de la bourse, lorsqu'on est actionnaire, est qu'on a deux sources de rentabilité. La première, ce sont les dividendes. La deuxième, c'est la possibilité de céder les actions et de réaliser une plus-value, si tant est que l'entreprise dans laquelle on a investi réalise des performances intéressantes. D'où l'importance de la transparence. Et du flair des conseils et des intermédiaires.
Enfin, l'un des avantages de la bourse est la possibilité de traiter la dette des États. En mettant par exemple la dette sur le marché, selon le principe dit de "titrisation", on permet aux États de mobiliser la trésorerie immédiatement et de transformer le processus de remboursement de leurs dettes. Une dette qui devait être remboursée sur deux ou trois ans pourrait l'être sur une période beaucoup plus longue. En modifiant ainsi l'échéancier, on pourrait ramener une dette qui était importante à l'extérieur en dette nationale, si on a des épargnants. Là aussi, la condition est que l'État qui veut titriser sa dette donne une image de sérieux, de bonne gouvernance et de respect de la parole donnée.