Les responsables civils et militaires ivoiriens ont appelé lundi un "retour au calme" à Abidjan, après de nouveaux face-à-face tendus entre manifestants et militaires français près de la présidence ivoirienne.
En début de soirée, le porte-parole de l'armée ivoirienne a annoncé que des patrouilles mixtes constituées de Casques bleus, soldats français et militaires ivoiriens sillonneraient désormais les rues d'Abidjan pour sécuriser la capitale économique.
"J'espère qu'avec cette mesure, le calme va revenir", a indiqué le lieutenant-colonel Jules Yao Yao à l'AFP qui affirme avoir invité les jeunes à se tenir prêts, mardi, à "nettoyer la ville des dégâts" occasionnés lors des manifestations antifrançaises.
Une réunion entre responsables civils et militaires ivoiriens et ceux de l'Opération Licorne, dans l'après-midi, avait déjà permis d'amorcer une désescalade, au moins verbale: "Nous avons décidé d'aller à l'accalmie pour que l'activité économique reprenne", avait déclaré à son issue le président de l'Assemblée nationale Mamadou Koulibaly - qui avait multiplié au cours du week end les déclarations incendiaires.
De son côté, la France a voulu rassurer les partisans du régime de Laurent Gbagbo, affirmant qu'elle n'avait "pas l'intention de renverser" le président ivoirien.
En début de soirée, le ministre français de la Défense Michèle Alliot-Marie assurait que "les liens ont été renoués" avec les autorités ivoiriennes.
Le dispositif militaire français "a pour but de rassurer la communauté expatriée et un certain nombre d'habitants de la capitale économique ivoirienne pour qu'elle ne soit pas livrée au pillage et aux exactions", a expliqué de son côté le chef du contingent Licorne (4.000 hommes) sur place, le général Henri Poncet.
L'officier a reconnu une erreur de parcours des éléments français, descendus de Bouaké (centre), qui ont erré dans la nuit de dimanche à lundi dans le quartier de la présidence, avant de s'installer sur le parking de l'Hôtel Ivoire.
Le général cherchait ainsi à désamorcer une rumeur selon laquelle la présence d'une cinquantaine de véhicules blindés à Cocody, quartier chic d'Abidjan où vit le président Laurent Gbagbo, à un kilomètre de la résidence de ce dernier, avait pour objectif son renversement.
Sur la foi de cette rumeur, une foule de plusieurs milliers de personnes répondant aux appels de la radio officielle - notamment des "jeunes patriotes", véritable milice du pouvoir - a essayé dans la matinée de rompre le cordon de sécurité dressé autour de l'hôtel Ivoire. Des soldats français ont alors tiré en l'air pour tenter de disperser les manifestants, a constaté l'AFP.
En fin d'après-midi, deux chars français étaient toujours postés sur les deux ponts enjambant la lagune d'Abidjan et reliant le nord et le sud de la ville. Des jeunes manifestants, rassemblés dans le quartier administratif du Plateau (côté nord), ont d'ailleurs tenté de forcer le passage avant d'être repoussés par des tirs de sommation des soldats français.
Lundi a constitué la troisième journée de heurts, parfois violents, et de pillages ciblant les Blancs, et notamment les ressortissants français, depuis que les soldats français ont détruit samedi l'aviation ivoirienne, en riposte à la mort de neuf d'entre eux dans un bombardement ivoirien sur leur position.
Selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), les affrontements du week-end à Abidjan ont fait plus de 410 blessés et un "nombre de morts" indéterminé mais dont "on peut craindre qu'il soit également lourd".
Les ressortissants étrangers se sentaient toujours menacés lundi: quelque 1.200 personnes ont cherché refuge dans le camp militaire français, le 43ème BIMA, tandis que 800 autres ont gagné la mission de l'Onu à Abidjan.
Certains, restés chez eux, se calfeutrent, apeurés: "Les pillards sont juste à côté de la maison. J'ai appelé les Licorne pour qu'ils viennent, mais ils ne sont pas dans la zone pour le moment. Ils nous ont dit qu'il fallait bien s'enfermer et attendre. Nous avons enfermé les enfants dans les toilettes", a raconté un Français habitant dans le quartier des Deux Plateaux, où les pillages se poursuivaient.
Paris a en outre indiqué lundi être "sans nouvelles" de deux Français après les violences du week-end à Abidjan.
Enfin, depuis Bouaké, les rebelles des Forces nouvelles (FN), qui contrôlent le nord de la Côte d'Ivoire, ont demandé lundi le "départ" de Laurent Gbagbo pour garantir un retour à la "sérénité". Les rebelles renforçaient par ailleurs leurs positions vers Bouaké et le centre-ouest du pays, a confirmé un responsable des FN à un journaliste de l'AFP qui a vu passer à Korhogo (nord) les convois d'hommes armés.