De nouveaux heurts ont éclaté lundi à Abidjan entre des militaires français et des milliers de manifestants les accusant de vouloir renverser le président ivoirien Laurent Gbagbo alors qu'une réunion devait se tenir pour tenter de faire baisser les tensions.
Une foule de plusieurs milliers de personnes - notamment des "jeunes patriotes", véritable milice du pouvoir - a essayé de rompre le cordon de sécurité dressé autour de l'hôtel Ivoire, où sont stationnés une cinquantaine de véhicules blindés français destinés à protéger les ressortissant français.
Des soldats français ont tiré en l'air pour tenter de disperser les manifestants qui protestaient, à l'appel de la radio officielle ivoirienne, contre le déploiement français dans ce secteur, situé à un kilomètre de la résidence présidentielle, a constaté un journaliste de l'AFP.
Une réunion des "acteurs" de la crise doit en fait se tenir dans cet hôtel de luxe, selon le porte parole du contingent militaire français en Côte d'Ivoire, Henry Aussavy, "pour voir comment on peut gérer le retour au calme et l'évolution favorable de cette crise".
Le chef de l'état-major de l'armée ivoirienne, le général Mathias Doué, suivi d'un grand nombre de responsables militaires ivoiriens, sont arrivés pour cette réunion, ainsi que le président de l'assemblée nationale Mamadou Koulibaly, a constaté l'AFP. Une éventuelle participation française n'a pas été confirmée.
En fin de matinée, le face à face était toujours tendu entre les militaires français et les manifestants, qui brandissaient notamment des pancartes: "La France de Chirac a échoué", "libérez notre pays" et "si c'est gâté (si ça tourne mal) à chacun son Français".
Suite à des "informations" de la radio officielle, des manifestants ont affirmé à l'AFP être persuadés que les militaires français étaient déployés pour réaliser un coup d'Etat contre M. Gbagbo.
Le président français Jacques Chirac a assuré lundi matin une nouvelle fois que l'action française en Côte d'Ivoire avait pour "unique objectif" de garantir la sécurité des ressortissants français.
Le président Gbagbo, soumis à de fortes pressions internationales, avait pourtant appelé au calme tard dimanche. "J'exhorte de nouveau les populations au calme et je demande à tous les manifestants de regagner leur domicile", avait-il déclaré à la télévision.
Dans son adresse, le chef de l'Etat, qui ne contrôle que le sud de la Côte d'Ivoire depuis le déclenchement d'une rébellion en septembre 2002, a justifié sa décision de bombarder du 4 au 6 novembre des positions rebelles, en violation des accords de paix de janvier 2003.
Accusant l'autre camp d'avoir rompu ces accords en refusant de respecter l'échéance du désarmement fixé au 15 octobre, M. Gbagbo a déclaré que son pays "ne peut demeurer encore longtemps l'otage d'une rébellion qui ne sait pas ce qu'elle veut (...). J'ai donc décidé d'agir pour libérer le pays et pour restaurer son unité".
Neuf soldats français de la force d'interposition Licorne ont été tués et 38 blessés samedi dans un bombardement de l'aviation gouvernementale, entraînant une riposte de la France. Leurs dépouilles ont été rapatriés lundi matin en France.
La riposte française a entraîné depuis samedi de violentes manifestations, des agressions et des pillages contre les intérêts et les ressortissants français et certains opposants, en particulier à Abidjan.
Paris a indiqué lundi être "sans nouvelles" de deux Français résidant en Côte d'Ivoire après les violences du week-end.
Quelque 1.200 étrangers, dont une grande majorité de Français, étaient regroupés lundi dans un camp militaire français à Abidjan.
Une vingtaine de clients d'un grand hôtel de la ville, mis à sac par des manifestants, ont trouvé refuge dimanche à bord d'un bateau de pêche du groupe Saupiquet qui a pris la mer et se trouve toujours au large, a-t-on appris lundi auprès du groupe.
La France cherche à obtenir de l'Onu des sanctions, notamment un embargo sur les armes, un gel des avoirs et une interdiction de voyager pour les personnes jugées responsables du blocage du processus de paix.
Le président sud-africain Thabo Mbeki, mandaté par l'Union africainepour tenter de trouver une solution à la crise ivoirienne, pourrait se rendre dans ce pays mardi, selon son porte-parole.