Un civil américain a aussi trouvé la mort dans l'incident, qui s'est produit samedi après-midi à Bouaké lors de raids de l'armée ivoirienne. La France a riposté en détruisant deux avions Sukhoï. Des affrontemens ont éclaté à Abidjan, où les écoles françaises ont été incendiées et des scènes de pillage rapportées. Sur ordre de l'Elysée, une opération militaire est en cours.
Neuf soldats français et un civil américain ont été tués et 23 soldats français blessés samedi 6 novembre à Bouaké (centre de la Côte d'Ivoire), lors de bombardements gouvernementaux entraînant la destruction à Yamoussoukro (centre) par des militaires français des deux avions Sukhoï de l'armée du président Laurent Gbagbo.
"Une position tenue par la force française Licorne à Bouaké (centre) a été bombardée ce samedi à 14H00 par deux (avions) Sukhoï 25 des forces des forces gouvernementales. En réplique à cette agression, la force Licorne a détruit les deux Sukhoï vers 14H15 à Yamoussoukro (centre)", a indiqué le ministère français de la Défense.
Le bilan de cette attaque des forces gouvernementales contre le fief des rebelles est de "huit morts et 23 blessés" parmi les effectifs de la force Licorne, selon cette source. Un neuvième militaire français est mort dans la soirée des suites de ses blessures.
Affrontements à Abidjan
Des échanges de tirs ont par la suite opposé les troupes ivoiriennes aux troupes françaises à l'aéroport international d'Abidjan, a rapporté un porte-parole des forces françaises de l'opération Licorne, Jacques Combarieu, en ajoutant qu'un soldat français avait été légèrement blessé.
"Il y a a eu des affrontements à l'aéroport (...) sur le tarmac", a déclaré M. Combarieu. Une foule d'Ivoiriens favorables au président Laurent Gbagbo a attaqué samedi une base militaire française près de l'aéroport international d'Abidjan, la capitale commerciale. Pendant ce temps, des soldats ivoiriens ont tenté de détruire des avions français sur l'aéroport lui-même, a affirmé M. Combarieu.
D'après lui, les combats ont cessé au bout d'une heure et un appareil a été légèrement endommagé. Des milliers de jeunes loyalistes, certains armés de machettes, de haches ou de bâtons, sont descendus dans les rues samedi à la recherche de cibles françaises.
De nombreuses scènes de pillages ont été enregistrées dans la communauté française d'Abidjan après le déclenchement de ces manifestations antifrançaise.
Les symboles de la présence française, nombreux dans cette ancienne colonie, ont été systématiquement visés par des groupes de jeunes hurlant des slogans hostiles à la France.
Les quatre écoles françaises ont été pillées ou brûlées. Le lycée Mermoz, dans le quartier chic de Cocody, a été l'une des premières cibles. Un épais nuage noir de fumée a longtemps flotté au-dessus de l'établissemennt, a-t-on constaté.
La directrice du lycée, devant lequel se trouvaient quelque 200 jeunes hurlant leur haine de la France, n'a dû son salut qu'à l'arrivée d'un hélicoptère français qui l'a hélitreuillée.
Les pillages ont particulièrement affecté le quartier de Bietry, près du port, où des Français ont été aperçus réfugiés sur le toit de leur immeuble pendant qu'on pillait leur appartement avant qu'il y soit mis le feu, a indiqué une responsable d'une association de Français. "Ces cas sont loin d'être isolés. J'ai eu connaissance de plus d'une quarantaine de cas de pillage", a-t-elle ajouté.
Le communiqué de l’Elysée
Le président de la République Jacques Chirac a donné l'ordre de détruire les "moyens aériens militaires ivoiriens utilisés ces derniers jours en violation du cessez-le-feu" en Côte d'Ivoire.
La France envoie en Côte d'Ivoire deux compagnies supplémentaires en renfort pour assurer la sécurité de ses ressortissants, a ajouté l'Elysée, qui a également précisé qu'un citoyen américain avait été tué lors des raids de l'armée gouvernementale ivoirienne qui ont coûté la vie aux huit soldats français.
"A la suite de l'opération des forces armées ivoiriennes qui a entraîné la mort de huit soldats français et d'un citoyen américain et blessé 23 de nos soldats, le président de la République a demandé que soit immédiatement entreprise la destruction des moyens aériens militaires ivoiriens utilisés ces derniers jours en violation du cessez-le-feu", indique le communiqué de l'Elysée.
"Cette action des forces françaises s'inscrit dans le cadre du mandat confié par le conseil de sécurité des Nations unies aux forces de l'Onuci et de Licorne pour assurer le respect du cessez-le-feu et la sécurité des personnes en Côte d'Ivoire", ajoute l'Elysée.
"Dans le même temps, les dispositions sont prises pour assurer la sécurité de nos compatriotes. A cet effet, deux compagnies supplémentaires sont envoyées en renfort".
"Le président de la République rend hommage, au nom de tous les Français, aux victimes de cette agression. Il présente à leurs familles et à leurs proches ses condoléances très sincères et leur exprime sa profonde solidarité".
Plus tard dans la soirée, le ministère de la Défense a annoncé que la destruction des moyens aériens ivoiriens ayant participé aux raids contre les ex-rebelles puis contre l'opération Licorne samedi, était en cours samedi soir.
"Une implantation a été bombardée par deux avions des forces armées ivoiriennes (...) En réponse à cette agression, le président de la République a immédiatement demandé que soit entreprise la destruction des aéronefs qui au cours de ces derniers jours avaient violé le cessez-le feu", a indiqué le ministre de la Défense samedi soir.
Mme Alliot-Marie a précisé sur la chaîne France 2 que "cette opération est en cours".
Des sources militaires ont confirmé qu'outre les deux avions de chasse Sukhoï, cinq hélicoptères d'attaque au sol MI24 étaient visés par les forces françaises. Au total, cela représente la quasi-totalité des moyens aériens ivoiriens, qui ne compteraient qu'un autre appareil, selon l'état-major français.
Jacques Chirac avait téléphoné mercredi au président ivoirien Laurent Gbagbo "pour le mettre en garde contre tout acte de nature à rompre le cessez-le-feu", a-t-on indiqué samedi à l'Elysée.
Paris avertit Gbagbo
Le ministre français de la Défense Michèle Alliot-Marie a averti, lors d'un point de presse, que le président ivoirien Laurent Gbagbo "sera tenu personnellement responsable, par la communauté internationale, du maintien de l'ordre public à Abidjan".
Le Conseil de sécurité des Nations unies tiendra une réunion d'urgence samedi après-midi sur la Côte d'Ivoire, a-t-on annoncé officiellement à l'Onu.
Cette réunion de consultations se tiendra à 15h30 locales (20h30 GMT). Convoquée à l'initiative de la France, la réunion visera à l'adoption d'une déclaration unanime des quinze membres du Conseil, a-t-on indiqué de sources diplomatiques.