La Côte d'Ivoire est de nouveau en situation de guerre dimanche après la riposte de la France à une attaque de l'aviation ivoirienne, qui a entraîné dans la nuit de violentes manifestations anti-françaises et conduit Paris à dépêcher des renforts militaires.
L'Union africaine (UA) tente de son côté d'enrayer le conflit armé en mandatant dimanche le président sud-africain Thabo Mbeki pour "entreprendre d'urgence une mission en vue de promouvoir une solution politique" en Côte d'Ivoire.
Les 150 premiers renforts annoncés par Paris (300 hommes au total) sont arrivés dimanche à Abidjan en provenance de Libreville et plusieurs centaines de soldats français se sont déployés en ville pour assurer la sécurité des ressortissants français, a annoncé le ministère français de la Défense
Paris a également annoncé un renfort supplémentaire de 300 soldats, portant à 600 le nombre total de renforts prévus tandis que "plusieurs centaines" de soldats de la force Licorne, disséminés en Côte d'Ivoire, sont en train de rallier Abidjan.
Le président de l'Assemblée nationale ivoirienne, Mamadou Koulibaly, a affirmé dimanche sur la radio publique française France Inter qu'une "trentaine" d'Ivoiriens avaient été tués et une centaine d'autres blessés par l'armée française, ce que cette dernière a imédiatement démenti.
Les militaires français tentaient toujours dimanche de disperser des milliers de manifestants pro-Gbagbo qui essaient depuis la veille de "reprendre" l'aéroport international d'Abidjan.
Selon la radio officielle ivoirienne, trois manifestants ont été tués par balle.
Soixante-dix-huit civils blessés ont été pris en charge durant la nuit de samedi à dimanche à l'hôpital du quartier populaire de Treichville, à Abidjan, a indiqué pour sa part l'organisation humanitaire Médecins sans frontières (MSF).
La France a pris le contrôle samedi de l'aéroport et des appareils militaires ivoiriens après l'attaque meurtrière (neuf soldats français tués, ainsi qu'un ressortissant américain et 22 blessés) d'un cantonnement français par l'aviation ivoirienne à Bouaké (centre).
M. Koulibaly a accusé la France, ancien pouvoir colonial, "d'occuper" son pays et s'en est violemment pris au président français Jacques Chirac, l'accusant "d'avoir armé les rebelles". Il a affirmé sur la radio française France Info que le régime Gbagbo mènerait une "résistance farouche" contre la France à qui il a promis un nouveau "Vietnam".
Il a également affirmé que les réactions face aux ressortissants français risquaient d'être "hyper-barbares" alors que la communauté européenne de Côte d'Ivoire a vécu dans la peur depuis samedi soir.
"Beaucoup de Français ont évacué leurs maisons. Ils se sont regroupés et sont armés jusqu'aux dents" a déclaré un Français à l'AFP.
Plus de 150 étrangers dont une très grande majorité de Français ont été regroupés dimanche matin dans un camp militaire français proche de l'aéroport d'Abidjan après une nuit de pillages, menaces et agressions, a annoncé dimanche un porte-parole militaire français.
"Les appels affluent pour aller chercher les étrangers en difficulté", a indiqué le colonel Henry Aussavy.
La Côte d'Ivoire est coupée en deux depuis la rébellion de septembre 2002, les rebelles contrôlant le nord du pays. Des troupes de l'Onu (6.000) et des forces françaises (4.000) y ont été déployées pour surveiller l'application des accords de paix de Marcoussis (France, janvier 2003), paralysée depuis des mois. Le régime Gbagbo a relancé le conflit en menant depuis jeudi des bombardements sur des zones rebelles.
Le Conseil de sécurité de l'Onu a condamné samedi les attaques gouvernementales et "exigé le respect complet du cessez-le-feu" et Paris, qui va proposer sans tarder de nouvelles mesures contre la Côte d'Ivoire, a averti que M. Gbagbo serait "tenu personnellement responsable" du maintien de l'ordre public.