Le calme commençait à revenir dimanche soir à Abidjan, après une deuxième journée de pillages et de violences antifrançaises, alors que Paris a renforcé son dispositif militaire dans la capitale économique ivoirienne, portant à plus de 5.000 ses soldats en Côte d'Ivoire.
Au Plateau, quartier des affaires, les gendarmes ivoiriens se sont déployés pour assurer la sécurité autour de plusieurs magasins cibles des pillards.
Dans le quartier populaire de Treichville (sud), la plupart des barrages érigés par les manifestants antifrançais ont été levés vers 18H00 (GMT et locales) et la circulation automobile a repris timidement.
Les pillages s'étaient poursuivis dimanche matin dans de nombreux quartiers, mais ont diminué dans l'après-midi avec le début du déploiement des forces françaises et des gendarmes ivoiriens, qui tiraient parfois des coups de semonce pour dissuader les pillards, a constaté l'AFP.
La situation est "sous contrôle mais demeure tendue, il ne faut pas se le cacher", a déclaré la ministre française de la Défense, Michèle Alliot-Marie.
Paris n'envigeait toujours pas dans l'immédiat "d'évacuation" de ses ressortissants, a affirmé dimanche soir le ministre français des Affaires étrangères Michel Barnier.
"La priorité est d'appeler au calme et à la raison", a-t-il déclaré, soulignant que les accords de paix inter-ivoiriens de Marcoussis, signés en janvier 2003 près de Paris, étaient "la seule alternative à la violence".
Les 300 premiers renforts annoncés par Paris (600 hommes prévus au total) sont arrivés dans la journée à Abidjan en provenance du Gabon et plusieurs centaines de soldats français se sont déployés en ville.
Quelque 700 expatriés étaient regroupés dimanche soir au camp de l'armée française à Abidjan, selon le colonel Henri Aussavy, porte-parole de Licorne, qui a précisé que les militaires français contrôlaient les ponts sur la lagune et la partie de la ville située au sud, entre ces ponts et l'aéroport.
La communauté européenne vivait toujours dans la peur. "Beaucoup de Français ont évacué leurs maisons. Ils se sont regroupés et sont armés jusqu'aux dents", a déclaré l'un d'eux à l'AFP.
La France "défend l'Etat de droit" en Côte d'Ivoire, a assuré dimanche le Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin. Paris ne veut pas "déstabiliser" le pays, a renchéri M. Barnier, malgré l'attaque "délibérée" de l'aviation ivoirienne contre ses troupes à Bouaké (centre), qui a tué samedi neuf militaires et en a blessé 34.
Le pouvoir ivoirien a relancé le conflit jeudi en bombardant les zones rebelles. Les partisans de Laurent Gbagbo ont violemment réagi à la riposte française, qui avait conduit à la destruction de l'aviation ivoirienne.
Dans la nuit de samedi à dimanche, des manifestants, encouragés par les "jeunes patriotes", véritable milice du pouvoir, ont tenté de "reprendre" l'aéroport, contrôlé depuis la veille par les militaires français.
Selon la radio officielle ivoirienne, trois manifestants ont été tués depuis samedi soir et 78 civils blessés ont été pris en charge durant la nuit à l'hôpital de Treichville, selon Médecins sans frontières (MSF).
Le chef d'état-major français, le général Henri Bentégeat a reconnu dimanche que les militaires français avaient pu "blesser ou tuer quelques personnes".
Le régime a de son côté multiplié les déclarations belliqueuses. Le président de l'Assemblée nationale Mamadou Koulibaly a accusé la France, ancienne puissance coloniale, "d'occuper" son pays et a promis un "Vietnam" au président français Jacques Chirac, qu'il a accusé "d'avoir armé les rebelles".
Pascal Affi N'Guessan, président du Front Populaire Ivoirien (FPI, au pouvoir) a "demandé" dimanche aux patriotes "de descendre massivement" dans les rues jusqu'à "la libération et la réunification de notre pays".
Le Conseil de sécurité de l'Onu a condamné la veille les bombardements gouvernementaux ivoiriens et appelé au respect du cessez-le-feu tout en envisageant des sanctions. De son côté, l'Union européenne a exigé dimanche que le président ivoirien "mette fin aux violences".
L'Union africaine (UA) tente d'enrayer le conflit et a mandaté dimanche le président sud-africain Thabo Mbeki pour trouver une "solution politique" à la crise ivoirienne.