Les 20.560 bureaux de vote répartis sur le territoire du Cameroun ont ouvert ce lundi matin vers 8 heures locales (7H GMT), pour l'élection d'un nouveau président de la République pour un mandat de sept ans, dans un scrutin majoritaire à un tour.
Près de 4,6 millions d'électeurs inscrits sur une population estimée à 16,1 millions d'habitants, devaient accorder leurs suffrages à treize candidats en lice dont le président sortant, Paul Biya.
Dans la plupart des bureaux de vote, des représentants des partis politiques et des observateurs de l'Observatoire national des élections (ONEL) ont assisté, au début des opérations, à un dernier rappel des procédures de vote expliquées par chaque président de bureau.
Arrivé au pouvoir le 6 novembre 1982, le président Biya avait été constamment accusé, durant la campagne électorale par ses 12 autres challengers, de vouloir organiser la fraude, pour se maintenir au pouvoir.
''Je ne me suis même pas gêné pour m'inscrire sur une liste électorale'', a dit à IPS, Jérôme Bissek, ingénieur technico-commercial en service dans une société informatique à Yaoundé, ajoutant qu'il ne voudrait pas ''légitimer la fraude en participant à cette mise en scène''.
''C'est un cirque chaque élection qu'on organise au Cameroun'', a renchéri, Martine Ombédé, professeur au Lycée Bilingue de Yaoundé. ''Ça ne sert à rien d'aller à un vote où le ministère de l'Administration territoriale et de la Décentralisation contrôle tout le processus via les sous-préfets.. Et comme cela, qu'irai-je faire au vote?'', s'est-elle demandée.
Devant un tel scepticisme, un message du gouvernement, diffusé deux semaines avant le scrutin, invitait ''toute personne intéressée à déposer dans les services du ministère de l'Administration territoriale, une demande d'accréditation pour observer l'élection''.
Mais seuls 4.573 observateurs nationaux et internationaux - du Commonwealth et de la Francophonie - ont été déployés sur le terrain pour ''surveiller la régularité et la transparence du scrutin'', aux côtés des 23.000 observateurs de l'ONEL.
Certains candidats peu rassurés de la régularité du scrutin, à l'instar de Dominique Djeukam Tchameni du Mouvement pour la démocratie et l'Interdépendance (MDI), ont désisté en parlant de ''fraudes massives en cours de préparation par le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, parti au pouvoir) pour maintenir son candidat''.
Un retrait qui a été suivi dimanche par ceux de Jean Jacques Ekindi, candidat du Mouvement progressiste (MP) qui a donné des consignes de vote en faveur du candidat du Social Democratic Front (SDF) Ni John Fru Ndi, et de Gustave Essaka, de Démocratie intégrale au Cameroun (DIC) qui a, lui, ordonné à ses sympathisants de voter pour le président sortant.
Mais le ministre de l'Administration territoriale et de la Décentralisation, Marafa Hamidou Yaya, a indiqué dans un point de presse, dimanche, que ces ''retraits de dernière minute ne prouvaient être acceptés, parce qu'ils ne répondent pas à la loi''.
Il a, en outre, ajouté que ''le désistement de ces candidats ne lui était pas encore parvenu et qu'en tout état de cause, celui-ci arrivait au moment où le gouvernement avait déjà fait imprimé et dispatché, à travers tout le pays, environ 89 millions de bulletins de vote représentant les 16 candidats'' annoncés initialement.
''C'est un stratagème pour grignoter les voies aux candidats de l'opposition et davantage embrouiller les électeurs'', a commenté à IPS, Hugues Manga, commerçant et militant du SDF.
Manga ajoute : ''Comment le ministre peut-il affirmer que les candidats ne lui ont pas signifié leur retrait? Il suffisait de demander aux présidents des bureaux de vote, de mettre de côté les enveloppes contenant les bulletins des candidats qui se sont retirés''.
Pour autant, les principaux candidats ont accompli leur devoir électoral chacun dans son fief. Le président sortant, Biya, accompagné de son épouse, s'est présenté à 12 heures locales dans un bureau de vote situé à moins de cinq kilomètres de sa résidence et sur forte escorte. Il a déclaré à la télévision nationale au sortir du bureau de vote, qu'il était ''satisfait du bon déroulement du scrutin''.
''Je félicite les Camerounais d`avoir conduit cette campagne électorale dans le calme et la dignité. Je souhaite simplement que cet état de chose continue et que les élections se passent dans la transparence'', a-t-il ajouté.
Dans la mi-journée, les médias d'Etat avaient annoncé que le 'chairman' du SDF Fru Ndi, principal challenger de Biya, avait voté à 10h45 locales, à Bamenda, ville anglophone située à quelque 400 km au nord-ouest de Yaoundé, la capitale, dans son quartier de Ntarikong. Il a déploré le fait que l`encre utilisée pour éviter les doubles votes ''ne soit pas indélébile''.
Des observateurs ont constaté que l'encre s'effacait des doigts sans aucun effort particulier. Ils ont remarqué également que certains électeurs étaient furieux de n'avoir pas retrouvé leurs cartes d'électeur.
A Foumban, 350 km à l'ouest de Yaoundé, dans la province de l`Ouest, Adamou Ndam Njoya, candidat de l`Union démocratique du Cameroun (UDC) et de la Coalition de l`opposition, a voté à 11h00 locales et fait état ''d`énormes problèmes liés à la distribution des cartes aux électeurs et à l'affichage à temps des listes électorales''.
Aussi parle-t-on du peu d'engouement des électeurs devant des bureaux de vote qui restaient vides jusqu'à la tombée de la nuit. A la fermeture des bureaux de vote le soir vers 18H30, on ne connaissait pas encore le taux de participation au scrutin. Et les premiers résultats partiels officiels ne seront pas connus avant mardi.