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La psychose d'Omar Bongo
Auteur:  BDP-Gabon Nouveau  | Date: 11 Mai 1999  | Réactions ()
Section: Analyses et Opinions

Montclair, USA (11 mai 1999) - C'est à croire qu'Omar Bongo vit de plus en plus dans la psychose généralisée depuis que les coups d'état se sont multipliés dernièrement dans des pays comme les Comores (où, paradoxalement, Bongo lui-même aida jadis à déposer un président), le Niger, et il y a quelques jours, la Guinée-Bissau.

Qu'est-ce qui rend Bongo schizophrénique à ce point? Probablement:

1) la crainte de voir des militaires gabonais s'engaillardir et décider d'imiter leurs collègues africains. Cette peur s'était déjà traduite dans les faits par la nomination à la défense du fils Ali Ben dont la mission officieuse consiste à maîtriser les troupes en faveur de "papa". De plus, le coup d'état du Niger a apporté une marque innovatrice qui ne peut échapper à Bongo: ce sont des membres de la garde présidentielle même de Maïnassara qui l'ont liquidé. Cette idée rend évidemment très nerveux un Bongo plus que jamais aux abois car le contexte actuel ne peut plus garantir l'intégrité d'un pouvoir qui vit désormais ses dernières heures. La psychose qui envahit peu à peu l'esprit de Bongo le rend désormais tellement irrascible qu'il ne peut s'empêcher, à chaque fois qu'il en a l'occasion, de cracher sa haine contre le nouveau pouvoir au Niger. C'est ce que confirme la dépêche de l'AFP du 11 mai courant. Evidemment, comme à son habitude, la mégalomanie de Bongo l'emporte sur la logique. En menaçant les nouveaux dirigeants nigériens et en se promettant de ne jamais leur parler ni les recevoir, Bongo se croit plus gros que la grenouille qui se mesura au boeuf. Qu'est-ce que cela peut bien foutre aux Nigériens que Bongo leur parle ou non?

2) Mai l'on comprend vite le problème de Bongo. On comprend en fait qu'en s'attaquant au Nigériens, Bongo s'en prend en fait à la France. En effet, rien dans le pré-carré postcolonial français ne se fait sans l'accord de la France. Dans la plupart des coups d'état fomentés ou financés par la France en Afrique, Bongo fut toujours mis au courant, ayant souvent dans ces contextes-là joué les arbitres décideurs. Au Niger, Bongo n'a rien vu venir et personne ne l'a averti, même pas "sa" France. En ne le mettant plus dans la confidence, la France éveille les suspicions et certains observateurs se demandent si Paris n'avait pas déjà décidé de ne plus lui faire confiance. Du coup, Bongo s'emporte. Et panique. "Je ne suis pas quelqu'un qu'on lâche comme cela. Si la France me lâche, je la lâche", a rétorqué Bongo à l'AFP ce 11 mai 1999.

C'est qu'à Paris et dans les milieux français, des rumeurs commencent effectivement à circuler sur un éventuel lâchage d'un Bongo devenu trop encombrant et embarrassant pour une France qui essaie plus que jamais d'embellir son image souillée auprès des Africains. Probablement à cause de la rivalité de plus en plus visible de l'Amérique? Néanmoins, le fait que cette même France fasse la sourde oreille à Bongo, préférant l'envoyer aux quatres coins d'un monde de plus en plus sourd à ses requêtes, ne semble pas devoir calmer Bongo de sitôt. Alors, Bongo ressort son arme habituelle: "Si la France me lâche, je la lâche", menace-t-il. C'est que Bongo compte encore sur les secrets de "famille" qu'il détient pour faire fléchir une France qu'il sait est désormais prête à le lâcher.

Normalement, le lâchage de Bongo par la France aurait dû se faire avant l'élection présidentielle de décembre dernier, mais Bongo avait apparemment très vite vu dans le jeu de la France. Le fameux colonel Marion, chef des renseignements de la présidence Bongo, devait servir de maillon central dans ce lâchage, mais il fut liquidé par Bongo avant même que les jeux n'aient été totalement faits. La France dut donc, comme signe de bonne volonté visant à évider la méfiance de Bongo, envoyer "officieusement" des équipes d'observateurs pour soutenir leur "ami et frère" Bongo aux élections présidentielles.

Cepandant, Omar Bongo n'était pas encore au bout de ses peines. Devant le refus de la France de cautionner, comme à son habitude, les prêts faits à Bongo, Bongo dut préparer frénétiquemnt un voyage aux USA non seulement pour essayer de diversifier ses sources, mais aussi pour montrer à la France qu'il était capable de se débrouiller sans elle. Mais c'était là sans compter avec la solidarité capitaliste des occidentaux! On joua de Bongo comme une balle de ping pong: Clinton l'évita comme la peste, tandis que les Canadiens ne lui apportèrent leur soutien que du bout des lèvres. L'entretien avec Chirac ne semble pas avoir donné grand chose non plus puisque c'est finalement avec le "petit" Antoine Pouillieute de l'Agence Française de Développement (AFD) que Bongo doit aller négocier sa pitance.

Ce qui reste sûr, malgré les apparences qui échappent encore à tout le monde au Gabon comme à l'étranger, c'est que les jours du régime Bongo sont de plus en plus comptés. C'est que l'attrait qu'avait le Gabon il y a 20 ans s'est peu à peu volatilisé. Chaque année, des centaines de Français quittent le Gabon parce qu'il n'y a plus rien à en tirer. Quand vous leur parlez, ils vous disent: "Bof, le Gabon c'est foutu; y a plus grand chose à en tirer. C'est le chaos total". Dans un contexte où la manne pétrolière s'est amincie, ne laissant au Gabon que 7 à 10 ans de ressources pétrolières dans un contexte international déprimé, et pour cause du manque d'un tissu économique viable à l'intérieur du pays, les investisseurs hésitent à s'engager.

Pis, le Gabon, malgré les discours officiels qui parlent de stabilité, est considéré par plusieurs observateurs comme une poudrière susceptible de sauter à tout moment. A l'intérieur du pays comme sur la frontière congolaise, l'image du Gabon à l'étanger est celle d'un pays qui attend patiemment, mais explosivement, que la masse critique atteigne son paroxysme. Dans ce contexte, le combat de Bongo s'avère rude. Il doit non seulement convaincre ses créanciers de sa capacité à reformuler son système, mais aussi de sa capacité à ne plus détourner à des fins personnelles l'argent que l'on prête au pays pour son développement. Personne n'en est apparemment convaincu puisque Bongo n'a même pas pu réduire la pléthore des membres de son gouvernement. En sus de cela, la réduction de la masse salariale au niveau de l'administration est renvoyée aux calendes grecques. Bongo n'a point envie de risquer le mécontentement de son administration au cas où des réformes douloureuses seraient engagées. A un moment où il n'arrive même plus à payer les salaires des fonctionnaires et à assurer le service de sa dette, Bongo se retrouve donc les mains liées, avec comme pour seule solution... l'endettement supplémentaire.

Dans le gouvernement même de Bongo, les tiraillement sont fréquents. Il y a d'abord la rivalité entre le nouveau premier ministre Ntoutoume Emane et ses deux prédécesseurs Paulin Obame Nguéma et Casimir Oye Mba. Il y a aussi les regroupements ethniques qui, selon La Lettre du Continent No. 327 du 15 avril 1999, se font de plus en plus visibles au sein du gouvernement. C'est que l'on sent avec empressement que, qu'il le veuille ou non, Bongo ne pourra garder le pouvoir très longtemps. Alors on essaie tant bien que mal de se positionner, tant sur le plan individuel qu'ethnique, juste au cas où...

Mais il y a surtout l'ambition de Ntoutoume Emane qui, maintenant qu'il a conquis la primature, se voit comme un successeur naturel à un Bongo que les uns considèrent moribond physiquement et politiquement, et à plusieurs autres égards. Et Bongo voit d'un mauvais oeil l'ombre que lui fait de plus en plus Ntoutoume Emane. En principe, c'est Ntoutoume Emane qui, "nouveau" comme il est, aurait dû faire le voyage aux Amériques et en France pour le compte du Gabon. Son image de diplômé aux mille diplômes et sa "nouveauté" auraient en effet pu apporter de meilleurs résultats face à des interlocuteurs qui supportent de plus en plus mal l'arrogance écervelée du petit homme venu du Gabon. Seulement, Bongo souhaite absolument que Ntoutoume Emane se souvienne de sa place: il n'est qu'un premier ministre. Au Gabon, ceci a une signification bien particulière: un premier ministre ne décide pas, il obéit. Contre vents et marrées, Bongo a donc décidé de faire ce voyage de la honte, ce qui à ses yeux était préférable à un Ntoutoume Emane prenant trop d'envergure internationale. A un moment où Bongo voit de plus en plus mal le voyage de ses opposants à l'étranger, il lui apparaît tout à fait aussi inacceptable de permettre à un aspirant ambitieux comme Ntoutoume Emane d'aller négocier on ne sait quoi avec les Blancs. On ne sait jamais qui pourrait l'approcher pour une éventuelle révolution de palais...

C'est dire que la psychose schizophrénique de Bongo ne fait que commencer. Pour le moment, il est le seul, avec ses "amis" français, à détenir le secret de ses rages médiatiques de plus en plus fréquentes. Mais tout secret étant condamné à être révélé, il ne reste au peuple qu'à attendre la lourde chute de l'okoumé Bongo.

BDP-Gabon Nouveau.


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