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Omar Bongo: Qu'avez-vous fait de nos libertés?
Auteur:  BDP-Gabon Nouveau  | Date: 28 Avril 1999  | Réactions ()
Section: Analyses et Opinions

Montclair, USA (28 avril 1999) - La notion de liberté, de par son élasticité culturelle, demeure l'une des notions les plus complexes à définir. Depuis la Grèce antique d'il y a près de 2500 ans, où cette notion fut débattue au fil des siècles par les philosophes de l'antiquité, jusqu'à nos jours, la notion de liberté est restée difficile à cerner du fait des contours qu'elle peut prendre dans les diverses sociétés dans lesquelles elle s'exprime. Ainsi, ce qui est liberté chez les Français, ne l'est pas forcément chez les Américains ou les Russes. Tandis que, par exemple, l'Américain au travers de son état interdira la consommation de l'alcool aux moins de 21 ans, exigeant rigoureusement la présentation d'une carte d'identité à l'entrée d'un bar ou à la commande d'une bière, l'état français lui, malgré des lois limitant la consommation d'alcool aux plus de 18 ans, ne s'en préoccupera point et préférera laisser les citoyens jouer de leur libre arbitre.

Mais alors, pourrait-on être tenté de rétorquer, il n'y pas d'idéal libertaire possible puisque chaque culture peut faire ce qu'elle veut et définir à SA manière SA propre liberté!

A une telle remarque, nous dirions tout simplement que OUI, il existe un idéal de liberté. Tandis que le genre de libertés ci-dessus évoquées entre dans le cadre de ce que l'on pourrait appeler la RELATIVITE CULTURELLE, il existe, au-delà de ces spécificités culturelles, un idéal commun à tous les peuples qui entre dans le domaine d'une universalité irrévocablement humaine.

Dans le cadre de la relativité culturelle, les lois définies par chaque culture dans le contexte de son fonctionnement réflètent généralement les modes de pensée de cette culture. Ainsi, une société islamique aura des lois qui ne correspondront pas forcément à celles édictées par une société chrétienne. De même, dans le cadre des grands ensembles culturels, l'Européen définira ses lois d'une manière que l'Africain aura du mal à accepter, et vice-versa.

Cependant, au-delà des spécificités culturelles qui distinguent telle société de telle autre, il existe un domaine dans lequel s'exprimera l'universalité de la liberté au sein de chaque groupe culturel. Ce domaine est celui des droits humains qui furent si bien définis dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. En termes simples, que dit cette déclaration? Puisque dans chaque société connue, l'assassinat pour quelque raison que ce soit d'un être humain est vue comme un crime contre l'humanité, cet acte qui enlève la vie d'un autre devient une atteinte à la liberté de vivre et au droit à la vie. D'autre part, si dans un coin reculé de la brousse équatoriale, un enfant meurt de faim parce que la société dans laquelle cet enfant vit, de par ses lois et sa gestion de la chose publique, a créé les conditions de la famine qui tuent à petit feu cet enfant famélique, alors cet acte de mauvaise gestion, d'incompétence ou de cruauté de la société devient une atteinte au droit fondamental de cet enfant à la vie.

La question qui se pose alors, dans le cadre du Gabon, est la suivante: les Gabonais sont-ils LIBRES?

Comprenons-nous bien. La notion de liberté, si on l'appréhende dans le sens élargi de son universalité et l'applique à la situation gabonaise, révèlera que les Gabonais n'ont JAMAIS été libres, et n'ont jamais joui d'aucune liberté, sous le régime Bongo. Certes, à cause de la démagogie bongolienne qui, depuis 1990, leur a fait croire qu'ils étaient désormais libres puisque les journaux pouvaient insulter Bongo et le peuple pouvait aller aux urnes, les Gabonais ont été amenés à penser que la liberté d'un individu ou d'une nation se limite à la liberté d'insulter son président ou d'aller voter. Rien n'est plus erroné. La liberté, cette liberté universelle que le monde entier recherche, a chez nous été éternellement bafouée à tous les niveaux de l'existence de notre peuple par Bongo et le régime qu'il a mis en place.

Nous nous expliquons:

1) Puisque, sous le régime Bongo depuis son usurpation du pouvoir en 1967-1968, les Gabonais n'ont jamais connu l'alternance politique et n'ont jamais pu élire qui ils voulaient, il en ressort que le régime Bongo a toujours porté atteinte au droit des Gabonais à décider de leur destinée et du choix de leur leader ou de leur régime politique.

2) Puisque, sous le régime Bongo, depuis 1990, le droit de vote des Gabonais est constamment bafoué par des résultats électoraux qui ne réflètent jamais le choix du peuple, il en ressort que le régime Bongo porte atteinte aux droits civiques des Gabonais qui sont ainsi réduits à la simple expression d'une mascarade carnavalesque.

3) Puisque, sous le régime Bongo, le droit des Gabonais de se défaire du régime en place par tous les moyens à leur disposition est constamment compromis par la force militaire de la GP bongolienne et celle des interventions françaises, il en ressort que Bongo, en vendant le Gabon à la France, porte atteinte au droit des Gabonais à décider de leur destinée nationale et fait du Gabon un pays sans autonomie politique ou économique.

4) Puisque, sous le régime Bongo, le baillonnement des médias indépendants (comme le démontrent l'interdiction répétée de La Griffe et les brouillages de la Radio Liberté bûcheronne) est constant en période électorale comme en période non-électorale, c'est que Bongo porte atteinte à la liberté d'expression des Gabonais.

5) Puisque, sous le régime Bongo, les manifestations étudiantes, populaires ou syndicales sont toujours matées par la force militaire, c'est que Bongo n'a jamais arrêté de porter atteinte à la liberté du peuple de montrer son mécontentement par la manifestation.

6) Puisque, sous le régime Bongo, l'éducation des enfants est négligée depuis belle lurette, que les étudiants et les élèvent réussissent difficilement dans des conditions de travail où règne la surpopulation, le manque d'équipement, le manque de transport scolaire, etc., c'est que Bongo compromet profondément le droit à l'éducation et à la formation de notre peuple.

7) Puisque sous le régime Bongo, le pays n'a aucun système de santé pouvant apporter aux Gabonais les soins médicaux auxquels ils s'attendent, c'est que Bongo porte atteinte au droit des Gabonais à se soigner dignement, ce qui, ultimement, compromet le droit à la vie de nos enfants qui meurent chaque jour de paludisme, de malnutrition et autres maladies de l'enfant longtemps maîtrisées ailleurs.

8) Puisque sous le régime Bongo, la route n'a jamais été développée, il en ressort que Bongo porte atteinte au droit des Gabonais non seulement à circuler librement sur le territoire national, mais aussi à établir des échanges commerciaux et culturels capables d'apporter à notre pays la dynamique socio-économique intérieure dont il a besoin pour son développement et pour la valorisation de nos campagnes sur les plans du socio-économique et du culturel.

9) Puisque, sous le régime Bongo, les antagonismes ethniques entre Gabonais ont été exacerbés, c'est que Bongo a porté atteinte au droit des Gabonais à cultiver un esprit national capable d'amener à la syncrétisation de nos divers apports culturels dans le cadre d'un creuset porteur d'une dynamique culturelle véritablement nationale.

10) Puisque le régime Bongo avait longtemps réduit nos femmes à des "bougeuses de fesses" condamnées à chanter éternellement la gloire du "Grand Camarade", c'est que Bongo s'était mis dans la tête de porter atteinte non seulement au droit à la dignité de nos femmes, mères et soeurs, mais aussi à leur droit à un vrai épanouissement socio-économique et culturel.

11) Puisque, sous le régime Bongo, seuls 2% de la population bénéficient des largesses du régime, et seulement 20% de la population a accès à la masse monétaire du pays, c'est que Bongo a depuis toujours porté atteinte au droit des Gabonais à bénéficier des diverses opportunités économiques que le Gabon aurait dû offrir à tous ses citoyens.

12) Puisque, sous le régime Bongo, la corruption a été érigée en valeur, la mendicité lèche-cul en loi et l'incompétence en excellence, il ressort que Bongo a porté atteinte au droit des Gabonais à gagner honnêtement leur vie et à faire valoir leurs compétences dans le service qu'ils veulent rendre à leur pays.

13) Puisque Bongo continue de phagocyter les institutions gabonaises au point de servir, à lui tout seul, de pouvoir exécutif, législatif et judiciaire, il apparaît que son rôle au poste usurpé de chef de l'état a porté atteinte au droit des Gabonais à contrôler l'action de ceux qui président aux destinées de leur pays, ce qui par extension, équivaut (encore une fois) à la compromission de leur liberté d'expression.

14) Puisque le régime Bongo, malgré les maints suggestions, avertissements, menaces auxquels il a été soumis, s'est entêté dans la voie de la destruction du pays par son refus de laisser l'alernance se produire, c'est que Bongo a décidé, ultimement, de porter atteinte à l'existence même du Gabon en tant qu'entité nationale, faisant ainsi de son régime la structure liberticide qu'elle est aujourd'hui.

La liste est longue de ces libertés universelles qui, de tous temps et de tous peuples, correspondent aux aspirations élémentaires d'une société donnée. Ces libertés ESSENTIELLES, c'est-à-dire celles dont l'être humain a ABSOLUMENT BESOIN pour sa survie immédiate, ont TOUTES été refusées aux Gabonais depuis que Bongo a décidé de faire de ce pays son royaume en 1967.

En somme donc, toutes ces caractérisques du régime Bongo se résument en un seul mot: DICTATURE.

Et quand, en plus de tout ceci, Bongo lui-même, au bout de 32 ans de pouvoir, a accumulé une fortune personnelle (officielle) de 500 millions de FF, soit plus de 50.000 millions de F CFA (selon le French Weekly de Mai 1997), -- et ceci n'inclue pas les propriétés immobilières disséminées à tavers le monde--, on ne peut que conclure que Bongo a longtemps privé les Gabonais non seulement du droit à la vie, mais aussi du droit à l'enrichissement et au bien-être socio-économique.

Et comme Bongo refuse non seulement de quitter le pouvoir, mais aussi de reverser à l'état cet argent volé, il n'y a qu'une solution au fléau que représente ce régime: BDP.

Bongo, qu'avez-vous fait des libertés de notre peuple?

BDP-Gabon Nouveau.


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