Montclair, USA (8 février 1999) - La démocratie électorale représente ce qu'il y a de plus paradoxal dans tout système qui se dit démocratique. En fait, tandis que la démocratie comme système de gouvernement s'est populairement définie comme le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple, la pratique démocratique est elle restée loin de cet idéal. Il en va ainsi du vote électoral.
Le sondage récemment conduit par le BDP démontre ainsi à quel point le citoyen gabonais, qu'il soit intellectuel ou paysan, instruit ou non-instruit, a encore besoin que l'on l'informe sur les principes qui guident la pratique démocratique au niveau du vote. Avant que d'élaborer notre petite analyse, il convient de dégager quelques grandes lignes définissant la manière dont le vote se passe. Nous comparerons ensuite la situation électorale gabonaise à la situation électorale américaine pour voir les grandes tendances qui s'en dégagent.
A. L'élection et la population en âge de voter
Il convient de savoir que:
1) Lors d'un vote, ce n'est pas toute la population qui vote dans son entièreté. Par exemple, ce n'est pas parce que le Gabon comporte 1.200.000 habitants que nous devons nous attendre à voir toute la population voter. Pourquoi? Parce que dans une population, il y a des catégories de gens qui n'ont pas le droit de voter: étrangers (qui sont entre 150.000 et 250.000 au Gabon, les chiffres ne sont pas biens connus à cause du manque de recencement fiable), personnes qui ne sont pas en âge de voter (les moins de 18 ans), les détenus et autres personnes ayant perdu leurs droits civiques, les personnes non-inscrites sur les listes électorales, etc.
Ainsi, si l'on fait une rapide arithmétique sur la population électorale gabonaise au cours des dernières élections, l'on peut dégager les principes suivants:
a) Le Gabon compte actuellement approximativement 1.200.000 habitants. b) En regardant la structure des âges au Gabon, l'on voit que: - 33% de la population est âgée de 0 à 14 ans. Cela veut donc dire que que l'on doit retirer du total de 1.200.000 les 396.000 qui correspondent à ces 33%. Cela laisse donc un total de 804.000 habitants âgés de 15 à 65 ans et plus. - Puisque l'âge qui donne le droit de vote au Gabon est 18 ans, il faut encore retirer de ce total de 804.000 les jeunes âgés de 15 à 17 ans qui n'ont pas encore le droit de voter. Les jeunes âgés de 15 à 17 ans peuvent s'estimer approximativement à 7% de la population (sur la base de la tendance observée dans la tranche de 0-14, une année vaut 2,4% de la population), ce qui équivaut à une population de 84.000 habitants âgés de 15 à 17 ans.
-Ceci veut donc dire que les moins de 18 ans (0-17 ans) au Gabon, représentent près de 40% de la population, soit 480.000 habitants, tandis que la tranche de 18 à 65 et plus se dénombrerait à 720.000 habitants. - Puisque l'on sait qu'au Gabon, il y a à peu près 200.000 étrangers, l'on peut appliquer les mêmes pourcentages de tranches de population pour trouver la distribution par âge au sein de la population étrangère. Nous obtenons donc les chiffres suivants: population étrangère âgée de 0 à 17 ans = 80.000 (40% des 200.000); population étrangère âgée de 18 à 65 ans et plus = 120.000 (60% des 200.000). - pour obtenir la population gabonaise autochtone réelle par tranches d'âge, nous pouvons donc faire la soustraction qui s'impose: 480.000 (habitants âgés de 0 à 17 ans) – 80.000 (étrangers de la même tranche) = 400.000 Gabonais réels âgés de 0 à 17 ans. Pour ce qui est de la tranche supérieure, on ontient les chiffres suivants: 720.000 (habitants âgés de 18 à 65 ans et plus) – 120.000 étrangers = 600.000 Gabonais âgés de 18 à 65 ans et plus.
Conclusion:
La population gabonaise réelle peut donc, une fois les étrangers retirés, être estimée à 1.000.000, ce qui équivaut à 400.000 Gabonais âgés de 0 à 17 ans, et 600.000 Gabonais âgés de 18 à 65 ans et plus. En termes électoraux, ceci veut dire que seulement 600.000 (60%) des Gabonais sont en âge de voter.
B. Fraude électorale
Là où les calculs ci-dessus deviennent intéressants au niveau des dernières élections présidentielles au Gabon est que:
1) Le nombre d'inscrits sur les listes électorales gabonaises était de 626.200. Ceci veut dire que:
a) Le nombre d'inscrits sur les listes électorales au Gabon était de 4% supérieur au nombre total de la population en âge de voter: c'est là le premier signe de la fraude électorale au Gabon.
b) Sur le plan statistique, il est impossible que le nombre de votants soit égal ou supérieur à la population en âge de voter. Cette impossibilité se traduit par le fait que ce n'est pas tout le monde qui est en âge de voter qui s'inscrit sur les listes électorales. Dans un pays comme le Gabon où l'administration est chroniquement mal organisée et les méthodes de recensement scientifique presqu'inexistantes, il est scientifiquement et statistiquement impossible que tous les Gabonais en âge de voter aient pu se faire inscrire sur les listes électorales. De plus, les paysans gabonais, à cause du manque de voies et de moyens de communication votent nettement moins que les citadins. Il est donc à estimer que la tranche paysane du Gabon n'a donc pas pu voter et n'a jamais pu vraiment voter aux élections gabonaises. Il est aussi peu probable que cette population ait pu aller se faire inscrire sur les listes électorales. Puisqu'environ 30% de la population vit dans des zones non-urbanisées, l'on peut donc supposer qu'au moins 20% de ces 30% (1/3 = 75%) n'aura pu aller voter pour les diverses raisons ci-dessus, parmi d'autres. Cela fait donc que la population potentiellement capable de voter se réduit à 480.000 (nous avons retirés les 20% de paysans incapables de se rendre aux bureaux de votes = 120.000).
c) Nous nous retrouvons donc avec une population potentiellement capable de voter qui s'élève à 480.000 Gabonais, déjà très en dessous des 626.200 votants présentés par Bongo. Cependant, la population potentiellement capable de voter ne se rend jamais totalement aux urnes car il faut d'abord qu'elle se fasse enregistrer sur les listes électorales. Or, connaissant le fonctionnement de l'administration gabonaise et ses défauts de recencement, il est impossible que les 480.000 Gabonais potentiellement capables de voter aient tous pu se faire enregistrer sur les listes électorales. Même dans les pays développés, la population en âge de voter ou potentiellement capable de voter n'a jamais représenté 100% des inscrits car ce n'est pas tout le monde qui se fait recenser comme votant.
Comparons les chiffres gabonais avec les chiffres américians lors des élections présidentielles américaines de 1996.
Les élections présidentielles américaines de 1996.
Lors des élections présidentielles américaines de 1996, l'Amérique comptait à peu près 260-270 millions d'habitants. Sur les 270 mil,ions, 196 millions (59%) étaient en âge de voter. Cependant, parce que ce chiffre, dans le système américain, inclue les étrangers résidant aux USA, l'état ne tient pas compte de ce chiffre comme donnée réelle. Par contre, parce que l'état américain a un système de recensement efficace qui permet aux gens de s'enregistrer sur les listes électorales lorsqu'ils font leurs diverses démarches administratives, les Américains ont une idée assez exacte de qui a le droit de voter et qui ne l'a pas (par exemple, l'on n'attend pas les élections pour choisir de se faire inscrire sur les listes électorales; l'on peut le faire lors de l'obtention de son permis de conduire, lorsque l'on va à la mairie, etc. Les formulaires sont partout pour cela et on peut le faire à tout moment, mais jamais au dernier moment. Après remplissage du formulaire, même trois ans avant l'élection, l'état vérifie que vous avez bien le droit de vote en s'assurant que vous n'êtes ni étranger, ni un mineur, ni un détenu, ni un citoyen ayant perdu ses droits civiques. Grâce à ce système continue, les Américains ont toujours des listes électorales à jour). Ainsi, lors des élections présidentielles de 1996, les Américains enregistrés sur les listes électorales étaient au nombre de 146.000.000, soit 54% de la population totale du pays.
Seulement, lors du vote présidentiel américain, seulement 96 millions de ces 146 millions sont allés voter, soit 68% des inscrits, ce qui veut dire uniquement 36% de la population totale du pays. En gros, ce que le système américain démontre c'est qu'il est impossible, à une élection donnée, de faire le plein de tous les inscrits. 100% de votants enregistrés sur les listes électorales est un chiffre presqu'impossible à atteindre. Or, dans le système Bongo, l'on est capable d'atteindre des votes de l'ordre de 100% des inscrits pour 100% de votants.
Comparons donc les élections présidentielles américaines aux élections présidentielles gabonaises par les chiffres:
USA
Inscrits: 54% de la population totale, soit 74% de la population en âge de voter.
Votants: 68% des inscrits, soit seulement 36% de la population totale et 49% de la population en âge de voter.
GABON:
Inscrits: 52 % de la population totale, soit 104% de la population en âge de voter
Votants: 100% des inscrits, soit 52% de la population totale et 104% de la population gabonaise réelle en âge de voter.
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