Montclair, USA (9 mars 1999) - S'il y a une compagnie au Gabon qui symbolise bien la gestion désastreuse que le régime Bongo a fait du Gabon au cours des trois dernières décennies, c'est bien Air Gabon. En effet, Air Gabon est une compagnie qui n'a pu assurer son existence que par un renflouement permanent par l'état de ses caisses vides, ou par les diverses prises en charge tentées par Air France. Cependant, ni l'argent versé dans les caisses de la compagnie moribonde, ni les tentatives de reprise vite abandonnées d'Air France n'ont suffi à remettre sur pied cette compagnie qui, à l'époque glorieuse du plein-pétrole et du dollar dopé, faisait la fierté de plus d'un Gabonais et l'envie de nos voisins démunis.
Les diverses tentatives de sauvetage n'ont rien donné pour une raison très simple: elles se sont toutes heurtées à la corruption malsaine de... l'état Bongo. Pourquoi? Parce que l'état Bongo ne semble pas comprendre qu'une compagnie d'état a le droit, comme toute autre compagnie, de faire du profit. L'agressivité et la santé internationale démontrées par des compagnies publiques ou para-publiques comme Air France, Sabena ou British Airways ne leur vient pas de l'argent qu'elles reçoivent de l'état, mais plutôt des profits qu'elles font dans le cadre de la concurrence internationale. Dans ce contexte, la rentabilité compte énormément.
Ainsi, ce qui distingue une compagnie aérienne publique d'une compagnie aérienne privée dans les pays qui savent ce que c'est que le business ne se trouve point dans l'esprit de compétition qui les anime: à ce niveau, elles fonctionnent de la même manière. Par contre, ce qui les différencie se trouve dans le fait que l'état peut, EN CAS DE NECESSITE, se porter au secours d'une entreprise à caractère public si celle-ci se trouve dans des difficultés conjoncturelles causées par un contexte économique difficile (concurrence trop rude, crises économiques internationales, etc.). Ce qui intéresse l'état moderne dans ce type d'entreprise à caractère public, c'est la capacité à générer de l'emploi dont peuvent faire montre de telles entreprises. Voilà pourquoi certains états gardent souvent des parts importantes dans de telles entreprises car leur but est d'avoir à leur disposition des structures compétitives capables d'absorber la main-d'oeuvre afin de réduire le chômage. Cependant, cette génération d'emplois ne peut être faite artificiellement. Il faut à l'entreprise subventionnée fonctionner structuralement et infrastructurellement comme une entreprise privée sur le marché national et/ou international afin de faire du profit. La loi du profit, pour une entreprise à caractère public, est donc de faire des bénéfices qui lui permettraient de grossir. Et ce n'est qu'en grandissant compétitivement qu'elle emploiera plus de main d'oeuvre, réduisant donc ainsi le taux de chômage et de pauvreté dans le pays.
Le subventionnement d'une entreprise par l'état n'est donc pas synonyme de versement à perte de revenus, mais plutôt l'équivalent d'une action sociale indirecte entreprise par l'état dans le cadre de sa politique de l'emploi. Certes, des compagnies nationales telles Air Gabon visent aussi à assurer le service dans un domaine que l'on ne voudrait pas voir contrôlé par des intérêts privés ou étrangers, mais ce service rendu à la nation par la présence d'une entreprise étatique ne veut pas dire un fonctionnement à perte de l'entreprise. Au contraire, il faut à l'entreprise une capacité de survie propre qui doit répondre aux contraintes compétitives du marché national et/ou international.
Au Gabon, la philosophie bongolienne semble avoir été de définir une entreprise d'état comme un service à perte au service du seul régime Bongo. Air Gabon, OCTRA, Sotravil, et j'en passe, sont des entreprises qui ont toutes fonctionné sur le même modèle. L'on sait le résultat qui a salué leur activité: banqueroute totale. Air Gabon est aujourd'hui sur la même voie.
Air Gabon se meurt, non pas parce que la compagnie est mal gérée de l'intérieur, loin s'en faut. Au contraire, il est même admirable qu'elle ait survécu jusqu'à présent. Air Gabon se meurt parce que c'est l'état Bongo qui l'asphixie économiquement. De quelle manière Bongo tue-t-il Air Gabon?
1) Les fils à papa et les sbires du régime Bongo
Toute le monde le sait: Air Gabon ne réalise pas de bénéfices. Cette situation prévaut parce que, comme il le fait avec les caisses de l'état, le régime Bongo considère Air Gabon comme une entreprise personnelle au service non pas du Gabon, mais du régime en place. Il arrive, pendant certains étés, périodes où le traffic international est intense, mais aussi très rude de par la compétition qui y sévit, qu'Air Gabon ne voyage qu'avec 10-20% de passagers réels, le reste (80%) étant occupé par des dignitaires du régime et leur progéniture voyageant gratuitement "au compte de l'état", même pour des voyages privés. Pour le régime Bongo, ceci est devenu une culture. Quand la femme ou la fille d'un ministre veut aller faire ses courses à Paris, il lui suffit de prendre le téléphone et d'appeler Air Gabon. Il obtient un billet automatiquement qui est aussitôt facturé à l'état. La petite amie de tel ministre veut aller aux USA passer quelques jours auprès de son frère qui y étudie? Pas de problème, Air Gabon est là. Au bout du compte, bien que toujours rempli de passagers, Air Gabon navigue en fait à vide car les passagers transportés sont des passagers fantômes qui n'ont pas payé leur billet. Ils voyagent "au compte de l'état".
2) Le non-paiement des factures de l'état.
Puis vient ensuite l'état Bongo. Cet état qui utilise les services de l'état ne sait jamais régler les factures de l'état. Mauvais payeur, l'état Bongo suce les caisses du pays, mais ne paie jamais les factures dues aux compagnies d'état. "Après tout, tout ça c'est l'état non?" vous répondront souvent des gens hauts placés. Telle est la logique du régime Bongo.
En attendant, l'état se meurt et les entreprises qui comptent sur l'argent que l'état leur doit se meurent également. Résultat: chômage pour le peuple et banqueroute pour les entreprises. Tout cela à cause de l'état Bongo qui n'arrive pas à voir que l'économie c'est comme une voiture. Pour qu'elle fonctionne proprement, toutes les parties de la voiture, de la roue aux freins et des freins au moteur, etc. doivent s'accorder avec la précision d'une minuterie. En plus, parce que la voiture a besoin d'huile et d'essence, il faut de temps en temps penser à en mettre, par peur d'une panne sèche qui pourrait s'avérer fatale pour tout le système. Au Gabon, l'on se contente de rouler jusqu'à la panne sèche qui détruira le moteur. Il est alors trop tard pour entreprendre quelque action que ce soit, à moins de dépenser encore plus d'argent à réparer une panne que l'on aurait pu éviter par la prévention.
Air Gabon subit donc de plein fouet les conséquences désastreuses de la gestion Bongo. Quant on sait combien de personnes voyagent sur Air Gabon sous le couvert de l'état au Gabon, l'on comprend le calvaire de cett compagnie et sa décadence économique. Qui voyage sur Air Gabon aux frais de l'état?
1) Les ministres et autres dignitaires du régime
2) les enfants, femmes, familles (élargies) et petites amies des dignitaires du régime
3) les divers administrateurs et autres hauts fonctionnaires relevant de l'état
4) Les parlementaires et leurs familles
5) Les étudiants gabonais pendant les vacances (nationalement et internationalement)
6) Les employés d'Air Gabon ainsi que les familles entières des cadres dirigeants de la compagnie.
7) Les évacués sanitaires
8) Les poules et les cabris des.... (non, là nous blaguons)
En gros, des milliers et des milliers de voyageurs qui auraient pu pour certains payer leur propre billet et pour d'autres bénéficier, quand ils le méritent (étudiants par exemple), de billets subventionnés que l'état devrait régler IMMEDIATEMENT à Air Gabon. Or, ce sont ces mêmes personnes qui ont la capacité de payer, de leur propre poche, les billets avec lesquels ils voyagent qui continuent à bénéficier des largesses du pouvoir et de l'état Bongo.
Le système Bongo est tellement inefficace et corrompu dans sa gestion du pays qu'il empoisonne la vie de toute la structure économique du pays. Or, la réalité est que l'état devrait, dans tous les domaines, avoir des seuils salariaux au-delà desquels les faveurs de l'état seraient refusées aux prétendants. Cela vaut également pour les bourses accordées aux enfants des dignitaires du régime. Pourquoi faudrait-il que l'état continue à perdre des revenus alors que ces messieurs et dames pourraient eux-mêmes s'acheter des billets pour leurs affaires personnelles ou payer les études de leurs enfants à l'étranger vu qu'ils négligent de les voir étudier à l'UOB? En fait, ne touchent-ils pas, par ces moyens indirects, des salaires doubles ou triples qui, au bout du compte, font que l'état doit non seulement leur payer des millions en salaires, mais aussi leur donner des millions en bourses, billets d'avion et faveurs diverses?
Un seuil salarial et une rigueur qui ne donnerait de billet subventionnés qu'aux nécessiteux (qui se limiteraient aux étudiants, évacués sanitaires, et aux agents de l'état en mission HONNETEMENT officielle) permettraient ainsi à Air Gabon de récupérer naturellement de l'argent dans le cadre d'une clientèle normale et de recevoir les revenus qui lui sont dus par l'état. Notons également au passage que de bonnes routes (bitumées) sur toute l'étendue du territoire favoriseraient le tranport terrestre, évitant ainsi à Air Gabon les déboires de factures impayées par l'état. L'avantage d'un système de gestion responsable et assaini de l'économie gabonaise dans sa globalité est que l'état retrouverait immédiatement une énorme solvabilité. Dans le cadre de celle-ci, tous ceux qui sont capables de payer paieraient, l'état honoreraient ses dettes et des compagnies à caractère public ou parapublic comme Air Gabon fleuriraient, créant au passage des emplois dont le Gabon a vivement besoin aujourd'hui avec ses 20% de chômage tristement affichés et des entreprises publiques ou privées qui périclitent au jour le jour (Evidemment, il faudrait que l'économie entière tourne bien sur le plan interne, que le tourisme international et national se développe et qu'une direction responsable de la structure économique du pays soit mise en place pour que des compagnies comme Air Gabon puisse redémarrer).
Malheureusement, la conséquence fâcheuse de la ruine que cause l'état à la compagnie aérienne nationale est qu'Air Gabon est obligé de pratiquer des prix impossibles pour survivre. Or, avec des prix aussi élevés, personne n'achète les billets Air Gabon. A titre de comparaison, là où, en période creuse, Royal Air Maroc vend des billets à 700 dollars US (350.000CFA) pour un trajet Libreville-New York, Air Gabon exige 2000 dollars (1 million de CFA) que ni le Gabonais moyen, ni le touriste étranger qui tient à tout prix à faire des économies ne seraient prêts à débourser. Toute la recette va donc dans les caisses de compagnies étrangères concurrentes telles Sabena, Air France, Royal Air Maroc, etc. Le coût élevé des billets d'Air Gabon demeure aussi très inaccessible pour le Gabonais moyen qui aimerait bien sortir du pays et faire du tourisme international. Or, c'est là une clientèle dont Air Gabon aurait pu se servir pour se consolider et se placer sur le plan international comme la compagnie préférée des Gabonais qui ont assez d'argent pour voyager. Dans le contexte actuel, le maître d'école ou le militaire Gabonais n'a aucun espoir de jamais voir la France ou l'Amérique vu le salaire miséreux avec lequel il survit et le coût élevé de la vie au Gabon.
Au rythme où vont les choses, la situation d'Air Gabon ne semble pas reluisante. Sa chute annoncée est donc à l'image du pays. Aucun remède valable ne peut y être apporté tant que le système Bongo sera en place et contunuera à asphixier l'état et toutes les entreprises qui en dépendent ou font des affaires avec l'état Bongo. Les mesures de redressement économique recommandées par les organismes internationaux se sont toutes, comme Air France avec ses tentatives de reprise d'Air Gabon, soldées par des échecs répétés qui n'ont d'autres sources que les malversations du régime Bongo et la culture assassine de progrès économique que ce régime a mise en place au cours de 31 ans de politiques désastreuses sous Bongo.
Mai là encore, faut-il vraiment s'étonner du sort d'Air Gabon? N'est-il pas normal que l'on retrouve dans un état décadent des entreprises décadentes?
Ô Gabon, éveille-toi.
BDP-Gabon Nouveau
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