Montclair, USA (30 janvier 1999) - Il y a des signes qui ne trompent pas. La guerre civile qui se déroule actuellement au Congo-Brazzaville finira par se déverser sur le Gabon. Quand Mboumbou Miyakou, le fidèle spécialiste en "tripatouillage électoral" de Bongo, se décide à monter au créneau pour mettre en garde les réfugiés congolais contre toute déstabilisation du Gabon, l'on est saisi par une maladive envie de rire, malgré la menace sérieuse que représente la guerre civile congolaise pour la stabilité socio-politique au Gabon.
Pourquoi cette envie de rire? Parce que la guerre qui se passe actuellement au Congo est pour le régime Bongo comme un boomerang qui revient à son maître et le décapite après que son maître a oublié qu'il l'avait lui-même lancé. Car, on pourra sans aucune difficulté voir la main de Bongo et de ses acolytes français non seulement dans le désastre congolais actuel, mais aussi sur les fâcheuses conséquences que cette guerre civile promet d'avoir sur le Gabon.
Le premier mauvais calcul de Bongo fut d'avoir trop aimé la fesse congolaise de la fille de son acolyte Sassou Nguesso. C'est qu'à l'époque où Bongo se mariait à Edith Nguesso, il n'avait pas calculé les conséquences fâcheuses que cette union pourrait, plus tard, avoir au niveau des relations entre les deux pays. Au vu de l'analyse qui suit, l'on verra que Bongo aura commis là une erreur stratégique très grave qui risque aujourd'hui de coûter très cher à notre pays.
Comprenons-nous bien! Il ne s'agit pas pour nous ici de fustiger Bongo pour avoir épousé une étrangère. Loin de là! C'est là son droit le plus absolu. Qu'il ait été épouser un Sénégalais, une Chinoise ou une une Algérienne, personne ne s'en serait offusqué. Ces pays sont relativement lointains et leurs déboires internes n'auraient pas eu les conséquences qu'un pays frontalier comme le Congo pourrait avoir pour le Gabon. En effet, l'union matrimoniale entre Bongo et Edith, de par la proximité territoriale de nos deux pays, pose problème quand il s'agit d'analyser ses conséquences plausibles sur l'avenir proche ou lointain du Gabon dans le contexte de guerre civile qui sévit actuellement au Congo-Brazzaville. Car il y a des erreurs historiques qui ne pardonnent pas.
Certes, une analyse des coutumes africaines montre que le mariage a souvent été un facteur d'alliance entre deux clans. En épousant la fille d'un clan voisin, une entente spéciale s'établissait ainsi qui assurait paix et solidarité entre les deux clans. C'est dire qu'il arrivait ainsi que deux clans voisins finissent par ne plus former qu'un seul groupe qui, avec le temps, pouvait finir par s'unifier politiquement et/ou territorialement. Il arrivait aussi que des groupes de clans éprouvent le besoin de se fédérer en royaumes après de nombreuses alliances maritales exogamiques, après le développement de relations commerciales soutenues ou suite à la nécessité constatée de se protéger contre des agresseurs ou ennemis communs. Ce fut par exemple le cas dans le Kongo précolonial du 14e-5e siècle AD. Les divers peuples de souche Kongo qui habitaient la région de l'Angola actuel avaient effectivement, sous l'impulsion des Mani Kongos, réussi à se fédérer sur la base d'ententes commerciales et d'arrangements matrimoniaux qui contribuèrent à la formation d'un royaume qui, au 15e siècle, était en pleine expansion. Cette expansion fut malheureusement stoppée par les Portugais qui débarquèrent sur ces terres au 15e siècle. Tandis que les anciens royaumes d'Afrique, pour des besoins aussi divers que les alliances politiques ou commerciales, se formaient en vue d'une consolidation des fédéralismes monarchiques, l'on est amené à s'interroger aujourd'hui sur les raisons qui poussèrent Bongo à aller chercher femme si près de chez nous. S'agissait-il pour lui de fédérer le Gabon et le Congo pour faire des deux pays une seule entité en vue d'une collaboration économique sous-régionale ou voulait-il plutôt s'assurer d'une alliance extra-territoriale dont le but était de garantir une solidarité reciproque des deux régimes en cas de difficultés internes?
L'on est obligé auhourd'hui de constater que le mariage de Bongo et d'Edith Sassou n'était pas qu'un simple mariage. Il visait bien, comme à l'époque des rois africains, à l'établissement d'une fédération de facto (c'est-à-dire non-officielle) du Congo et du Gabon en un ensemble dont le but serait de sauvegarder les intérêts reciproques de deux régimes despotiques: celui de Sassou et celui de Bongo.
En effet, en allant épouser la fille de Sassou Nguesso, Bongo garantissait:
1) l'ouverture totale des frontières entre le Congo et le Gabon.
2) que les Congolais pourraient facilement immigrer au Gabon sans que Bongo ne puisse envisager à leur encontre une politique d'immigration stricte.
3) que l'utilisation électorale qu'il faisait des Congolais leur assurerait, en échange, une gabonisation sans faille qui ne serait que la juste récompense pour l'aide populaire qui, à chaque élection, est apportée à Bongo à coup de convois de Congolais venant voter au Gabon et pouvant y demeurer une fois service rendu.
4) une assistance militaire réciproque en cas d'instabilité interne, et surtout le moyen d'un exil protégé en cas de chute du régime.
Cependant, ce que Bongo ne savait pas, c'est que cette union sacrée des deux régimes pourrait, un jour plonger le Gabon dans une guerre qui ne nous regardait pas de prime abord.
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