Montclair, USA (9 avril 1999) - Lors de sa parade de Premier ministre à retardement faite à l'Assemblée Nationale Gabonaise le 11 mars dernier, l'on n'a point été surpris d'entendre, une fois de plus, Ntoutoume Emane se livrer, non pas au genre de mea culpa auquel on aurait pu s'attendre de la part d'un homme qui a la charge de diriger la politique gouvernementale de toute une nation, mais plutôt au discours bouc-émissariste habituel.
Rappelons-le nous: Ntoutoume Emane avait, le 25 mars dernier (AFP), rejeté la faute de l'échec économique du Gabon sur les bailleurs de fonds qui, selon le discours qui est aujourd'hui celui des bongoïstes, "nous étranglent" paradoxalement avec notre propre dette. Comme des enfants, les troupes bongoïstes passent leur temps à geindre et à fustiger le FMI et les autres, comme si la dette nous avait été imposée de l'extérieur. Ainsi, comme à leur habitude, la mémoire de Ntoutoume et de Bongo (le nouveau théoricien d'une vision du Gabon pour l'an 2000) semble souffrir d'une amnésie qui efface de leur esprit leur débauche de ces trente et une dernières années, années qui ont mis le Gabon sur les genoux, l'encombrant d'une dette qui n'a servi qu'à enrichir les Bongo et les Ntoutoume du Gabon, tandis que le reste du peuple s'enfonçait dans la mendicité miséreuse.
C'est dire que, le 11 mars, Ntoutoume Emane avait encore fait pire. Il avait tout simplement rejeté, comme au bon vieux temps, la faute de l'insécurité au Gabon sur les étrangers qui immigrent chez nous. Ce qui est malgré tout inacceptable dans ce type de discours xénophobistes c'est le genre de langue de bois qui s'en dégage. Où a donc vécu Monsieur Ntoutoume toutes ces années? Sur Mars?
Ntoutoume feint d'ignorer que:
1) nos frontières ont toujours été des passoires synonymes de portes ouvertes faute d'une politique de protection de l'intégrité territoriale du Gabon. Tout cela parce que Bongo a toujours eu peur de développer au Gabon un corps militaire national indépendant qui, si armé, serait si puissant qu'il pourrait, en cas de crise grave comme aujourd'hui, se retourner contre le régime pour assurer la continuité de l'état à un moment où l'état n'existe plus au Gabon.
2) c'est notre pays qui, faute d'une population active locale suffisante, avait lors du boom pétrolier fait appel à la main d'oeuvre étrangère pour aider au développement de notre pays. A cause du manque de vision du régime, il s'avère aujourd'hui que ce flux d'immigration n'a jamais pu être stoppé. Or, dans un contexte où les manquements du système Bongo n'ont jamais pu mener à la création d'un tissu économique national dans lequel les Gabonais joueraient un rôle prépondérant, le Gabon ne pourrait se passer aujourd'hui de ces étrangers qui peuplent notre pays. A cause de l'échec du système Bongo qui a conditionné le Gabonais à une oisiveté dépendante qui le confine uniquement à la recherche d'un poste dans un bureau climatisé, le Gabon ne peut même pas encore se passer du petit Malien qui vend du "pain beurré" à Venez Voir, encore moins du Libanais de Mont-Bouët.
3) ces étrangers qui viennent chez nous sont souvent très travailleurs et entreprenants. En fait, ces étrangers semblent savoir comment se faire de l'argent chez nous, alors que nous Gabonais souffretons parce que Bongo a créé chez nous une mentalité de fonctionnaires. Nous préférons souvent rester au chômage plutôt que d'aller cirer les chaussures à la Gare Routière. C'est ainsi que Bongo nous a éduqués. En fait, notre économie est tellement dépendante de ces étrangers qui contrôlent le commerce au Gabon que s'ils venaient tous à partir, la crise deviendrait intenable car notre faible tissu économico-financier national ne le supporterait pas. Il suffit pour cela de se rappeler des paralysies économiques causées par les grèves de taximens à Libreville. Ces pauvres bougres étrangers ne sont donc pas les seuls à blâmer pour l'insécurité chronique qui sévit chez nous. Les causes principales de cette insécurité sont à rechercher ailleurs.
4) ce sont en réalité les 20% de Gabonais actuellement au chômage qui forment le gros de la troupe des groupes qui créent de l'insécurité chez nous. Ntoutoume n'est tout de même pas ignorant des dures lois de l'économie! Quand au sein d'une société sévit le dénuement total et la misère, quand au sein d'une société comme la nôtre la population dans sa majorité vit en dessous du seuil de pauvreté, quand la vie devient précaire à cause du manque de santé publique et d'opportunités économiques, quand l'économie tourne au ralenti à cause du manque de vision de ceux qui sont supposés la conduire, quand la population se refuse à travailler et se décourage à cause d'une génération de leaders qui devraient être à la retraite, il s'installe nécessairement un immobilisme total qui confine la société à l'instinct primitif de survie. Cet instinct est celui qui ne reconnaît aucune loi communautaire. Seule compte la survie individuelle. Dans un tel contexte, la jungle s'installe et aucun état de droit ne peut y survivre, ni s'y imposer.
5) c'est Bongo qui, en allant épouser la fille de Sassou, ouvrit toutes grandes les portes du Gabon aux Congolais qui, parce que Bongo et Sassou ont installé la guerre chez eux, viennent chez nous rechercher la paix qu'ils n'ont plus chez eux.
6) en dernière analyse, l'insécurité au Gabon va de pair avec les échecs multidimentionnels du système Bongo, un système qui en a lui-même fourni les ingrédients.
7) la fameuse Sécurité Publique qui avait été créée à une certaine époque pour assurer la sécurité des personnes et des biens chez nous avait été suprimée par le régime sans justification aucune, précisément parce que ce régime n'aime pas faire du bien à une population qu'il préfère bestialisée.
8) c'est Bongo qui, à partir de 1989 lors du renouveau démocratique au Gabon avait secrètement financé des groupuscules de jeunes chômeurs à qui il confia la tâche de semer la panique au Gabon dans l'espoir que la population rejetterait la démocratie parce qu'elle la trouverait chaotique.
9) ce sont ces mêmes groupuscules financés et armés par Bongo qui empêchaient les opposants d'aller faire campagne dans le Haut-Ogooué, confirmant ainsi le manque d'esprit d'ouverture de Bongo, un homme prêt à tout pour rester au pouvoir.
10) ce sont ces groupuscules qui, délaissés par Bongo, un homme qui ne tint jamais les promesses qu'il leur fit, font aujourd'hui l'ordre et la loi au Gabon, au nez et à la barbe non seulement de policiers dépassés, mais aussi d'un régime qui, comme toujours, ne semble se réveiller que trop tard à chaque fois, pour ensuite se rendormir immédiatement une fois les gros discours prononcés.
Et l'on ose aujourd'hui rejeter la faute de tous nos problèmes sur les étrangers. Quel toupet! Voilà donc ce que l'on appelle incompétence. Le régime Bongo, en se dotant d'un homme de la carrure de Ntoutoume Emane, a cru pouvoir endormir le Gabonais avec les gros discours d'antan. Mais comme à son habitude, ce régime ne s'est pas encore rendu compte que les beaux discours n'impressionnent plus les Gabonais. Ce que l'on attendait de Ntoutoume Emane et de Bongo, ce ne sont pas de vagues professions de foi dont le philosophisme abstrait n'a aucun rapport avec les réalités gabonaises. L'on attendait que ce régime fasse le mea culpa de son échec, fasse le diagnostic de cet échec et affirme de manière forte sa volonté de changer, une volonté qui ne peut se manifester que par des propositions et des actions concrètes.
A cause de ce type d'incompétence chronique, l'on ne peut que prononcer un verdict d'échec total sur toute la ligne. Ce qui malgré tout reste troublant dans cette affaire c'est que cette navigation à vue du régime Bongo confirme une fois de plus ce que l'on dit depuis déjà presque dix ans; c'est qu'au Gabon, il n'y a plus d'état. Ce qu'il reste à la place c'est un régime qui, n'ayant plus rien de concret à proposer, végète et fait de la résistance contre son peuple. Aujourd'hui, cette résistance est non seulement suicidaire, elle est aussi l'expression d'un crime que Bongo est en train de commettre contre son propre peuple. Ce crime s'appelle "génocide". La différence entre le Rwanda et le Gabon est mince: au Rwanda, on s'entretuait à la machette, au Gabon, Bongo assassine le peuple à petit feu. Au bout, le résultat est le même: une population bestialisée vivant constamment au bord du suicide collectif. Le départ de Bongo du pouvoir est donc plus que jamais urgent si le Gabon veut encore pouvoir offrir à son peuple la dignité humaine qu'il mérite.
Eveillons-nous, Gabon!
BDP-Gabon Nouveau
a) Nommer une équipe restreinte de 12 ministres au maximum. Ministres qui doivent tous êtres compétents dans leur domaine (un économiste aux finances, un sociologue à l'action sociale, un universitaire à l'éducation nationale, un médecin à la santé, etc.).
b) se débarasser de tous les ministres délégués et autres secrétaires fantômes, permettant ainsi de réduire le gouvernement et l'administration au minimum. Se débarrasser aussi des postes inutiles qui sucent l'argent de l'état en salaires gagnés sur un travail fictif.
c) déclarer ouvertement tous les salaires réels de tous les ministres, ainsi que celui de Bongo.
d) nommer une commission parlementaire indépendante chargée de vérifier que les salaires déclarés sont corrects et que personne ne s'enrichit illicitement ou ne garde d'argent caché..
e) déclarer les biens de tous les membres du gouvernements et de tous les cadres de l'administration, y compris ceux à l'étranger.
f) faire rapatrier tout l'argent détourné par Bongo et tous les membres des gouvernements précédents. Abubakar du Nigeria l'a bien fait. Pourquoi pas Ntoutoume? Bongo lui-même devrait reverser les 3/4 des 500 millions de dollars détournés (dans les caisses de l'état).
g) L'assainissement des finances publiques par la réduction draconnienne de tous les salaires au dessus de 3 millions de F CFA pour qu'aucun ministre au Gabon ne gagne plus de 3 millions de F CFA par mois. L'argent récupéré pourrait ainsi aider à la revalorisation du SMIG qui passerait de 60.000 à 120.000 CFA afin de permettre la naissance d'une classe moyenne sans laquelle aucune économie ne peut se développer. h) réduire les membres du parlement à 60 pour ce qui est de l'Assemblée nationale et à 20 pour ce qui est du Sénat.
i) Par solidarité nationale, verser 10% des salaires (réduits) des ministres et autres hauts cadres dans les caisses de l'état. Ceci ne devrait pas être trop lourd puisque les salaires des ministres et cadres gabonais sont souvent 20 fois plus élevés que ceux de leurs compatriotes africains, et même souvent plus élevés que ceux des ministres français.
j) La vente de toutes les villas possédées par les membres (nouveaux et anciens) du gouvernement à l'étranger. La moitié de l'argent récolté serait reversé dans les caisses de l'état. Puisque ces villas sont souvent construites grâce à l'argent détourné, interdire l'acquisition de biens immobiliers à l'étranger dont la source monétaire légale ne peut être vérifiée. Evidemment, nous savons que nos hommes d'état préparent acquièrent souvent ces villas pour parer à l'éventualité d'une fuite en cas de coup d'état. Il n'y aurait plus de raison de voler ou de préparer sa fuite puisque le pays vivrait dans la transparence et la démocratie.
k) Refuser toute nouvelle embauche par un ministre ou cadre de personnel d'état additionnel. Le personnel administratif de l'état doit rester le même, quelque soit le ministre, même si des permutations et affectations peuvent être effectuées. Toute nouvelle embauche doit correspondre à un départ à la retraite, une démission ou un licenciement. Ceci éviterait le gonflement de la masse salariale par des embauches arbitraires.
l) confisquer toutes les voitures de l'état actuellement allouées aux ministres et à l'administration. Ne donner qu'UNE SEULE voiture de fonction à chaque ministre ou à tout autre cadre qui le mérite de par sa fonction. Les frais de réparation doivent être à la charge des bénéficiaires. Ceux qui désirent des voitures additionnelles doivent les acheter de leur propre poche. L'état doit ensuite revendre tout le surplus de voitures récupérées aux enchères publiques et verser l'argent collecté dans les caisses de l'état. Comme mesure de rétorsion, retirer les voitures de fonctions à tous ceux qui en feront un usage privé (transport de passagers, etc.), avec risque de licenciement du poste occupé. Pour économiser en coûts de véhicules, ne plus acheter de voitures 4X4 aux membres du gouvernement et autres administrateurs, mais leur offrir à tous, comme en France, une seule marque de voiture modeste telle la Mitsubishi Galant: cette marque serait la voiture de fonction de tout le monde. Ceux qui veulent se doter de voitures sophistiquées et chères devraient le faire avec leurs propres économies. Lors de voyages à l'intérieur du pays, les membres du gouvernement devront se déplacer avec les voitures de fonction des préfets et des gouverneurs. Les chauffeurs devront êtres éliminés pour les voitures de fonction car tout ministre devrait être capable de conduire sa propre voiture.
m) supprimer tout paiement de salaire aux anciens ministres et autres anciens cadres du gouvernement. Ils devront tous se contenter de leur pension de retraite que le gouvernement devra, par des accords de gestion avec des établissements privés ou para-étatiques, garantir.
n) Bongo doit immédiatement supprimer sa Garde Présidentielle (GP) et l'intégrer dans l'armée gabonaise. La GP serait ainsi remplacée par une Garde républicaine de 120 soldats qui seraient sous les ordres directs du Ministère de la défense. Ceci permettrait de récupérer les énormes sommes d'argent actuellement allouées à la défense de Bongo.
o) établissement d'une commission d'audits qui vérifierait que les sommes allouées à chaque ministère sont gérées au centime près. Toute dépense, même de nourriture, doit comporter une facture et tout défaut de gestion supérieur à 1000FCFA devrait aboutir au licenciement du ministre ou cadre responsable du défaut de gestion. Aux Etats-Unis, l'on va bien en prison pour 1 dollar d'impôts non-payé. Pourquoi ne pourrions-nous pas établir la même rigueur?
p) Au lieu des frais de voyage faramineux alloués aux membres du gouvernement lors de leurs voyages, y compris Bongo, établir à l'avance des accords avec des hôtels et autres institutions qui seraient payées directement par l'état sur présentation de la facture. De cette manière, tous frais de déplacement seraient gérés directement par l'état et toute dépense facturée au centime près. Là encore, quelques milliards d'économie pourraient être faits puisque l'état ne paierait plus que les voyages officiels des membres de son administration.
q) Des mesures pratiques visant à combattre la corruption, ce qui entraînerait la déclaration immédiate de tous les revenus et biens des dignitaires du régime, avec à l'appui des poursuites judiciaires pour ceux qui auront détourné des deniers et biens publics.
r) Des mesures immédiates visant à favoriser la création d'entreprises par des Gabonais, ce qui incluerait la facilitation de l'accès équitable au crédit. Ceci devrait faire partie d'une politique générale de l'emploi au Gabon.
s) L'investissement des ressources de la nation dans le développement de la route et de l'agriculture, afin de revigorer l'activité économique à partir de la campagne.
t) L'investissement des ressources de la nation dans le développement d'un système efficace de santé et la disponibilité constante des médicaments de base dans tous les hôpitaux et dispensaires de la nation, pour qu'aucun démuni Gabonais n'ait plus, par exemple, à aller à la pharmacie acheter lui-même son quinimax pour soigner son paludisme.
u) la création immédiate d'un corps policier capable de sécuriser les villes du pays de jour comme de nuit.
Les solutions sont pourtant légion. On ne va quand-même pas gérer le Gabon à la place Omar Bongo et sa clique d'incompétents, non? Si Bongo ne peut plus rien faire pour le pays, qu'il dégage le plancher et laisse la place aux vrais patriotes.
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