Chers compatriotes,
Omar Bongo a encore une fois démontré son incapacité flagrante à gérer un pays comme le Gabon. Tous les discours à la nation qui se sont multipliés au cours des années, et tous les discours faits lors de la dernière tournée de la honte d’Omar Bongo, n’ont jamais marqué par leur sérieux et traduisent plus que jamais l’irresponsabilité de l’homme Bongo.
D’abord parce qu’il n’a pas compris qu’à force d’entendre la même chose, c’est-à-dire rien de nouveau, les Gabonais se sont peu à peu détournés de l’homme Bongo et de son régime, et que les discours creux qu’ils ne cessent de servir au peuple n’émeuvent plus personne.
Ensuite parce qu’Omar Bongo pense que parler à un peuple en souffrance consiste à leur chanter le Mvett. Car c’est bien un Mvett insipide qu’Omar Bongo vient de chanter aux Gabonais lors de sa tournée nationale, tournée pendant laquelle il n’a cessé de présenter le BDP comme un mouvement violent et son régime comme un régime de paix. Le BDP semble ainsi être devenu le mouvement que le régime Bongo veut abattre à tout prix. Ainsi, quand des scissions artificiellement orchestrées au travers de la corruption de membres opportunistes ne suffisent pas à détruire le BDP, on se lance dans des arrestations arbitraires de membres et des attaques directes par télévision et radio interposées, dans l’espoir d’intimider les militants ou de voir le peuple se détourner du BDP. Mais là encore, le régime Bongo a dû se rendre compte que la progression du BDP au sein de la population gabonaise est inexorable et que face au camp bongoïste-convivialiste se dresse désormais un mouvement qui ne cédera ni à l’appel du ventre et de la corruption, ni aux pressions et intimidations diverses tant que les réformes de démocratisation demandées ne seront pas mises en place.
Car ce que le BDP et le peuple gabonais demandent, ce n’est pas des discours interminables sur la refondation. Ce n’est pas non plus des refondations orchestrées par le pouvoir dans le seul but de continuer à se maintenir au pouvoir par la manigance et la machination. Il y a 36 ans que le pays entend des discours sans que rien de concret ne soit venu améliorer son quotidien. Au pays de Bongo, les refondations et les rénovations se suivent d’années en années sans conséquences positives pour le Gabon. Ce que le peuple veut c’est un dialogue national sincère qui permettra à la nation de décider, une bonne fois pour toutes, de réformes concrètes qui démocratiseraient véritablement le pays. Or, la refondation que Bongo propose ne semble être qu’une refonte du bongoïsme dans un sens qui représentera le même vieux bongoïsme au peuple gabonais sous des couleurs différentes. Mais comme le dit un proverbe, un caméléon qui change de couleur demeure toujours un caméléon. A ce titre, un bongoïsme refondu n’en demeure pas moins un bongoïsme et les Gabonais se doivent de se détourner de telles gesticulations, car elles n’ont aucune finalité autre que de gagner du temps à un moment où la nation gabonaise dans son entièreté s’apprête à dire « BDP » au régime Bongo.
Ce que la tournée d’Omar Bongo aura finalement réussi à confirmer, c’est un échec général qui aujourd’hui met en avant la cassure irrémédiable entre le régime Bongo et le peuple gabonais. Ce constat est simple : Omar Bongo ne connaît pas son pays et il connaît encore moins l’état de délabrement mental, économique, social, culturel et politique dans lequel se débat aujourd’hui un peuple appauvri et torturé jusque dans son âme. A cause de cela, Omar Bongo en est réduit à marchander des fêtes de l’indépendance, parce que dans l’esprit tortueux du bongoïsme il suffit d’amener une fête dans une province pour que tous les problèmes du pays et de ladite province soient résolus, et pour que la population concernée se rende en masse aux urnes pour voter Bongo. C’est là une conception assez basse du rôle de l’état, et ceci au regard de la tentative officielle faite par Omar Bongo de corrompre toute une province par le marchandage d’artifices qui n’apportent absolument rien de concret aux peuples concernés. En fin de compte, nous voyons là la manifestation directe de l’irresponsabilité de ceux qui dirigent le Gabon depuis 36 ans, dirigeants qui semblent aujourd’hui confondre fêtes de l’indépendance et développement. Le Woleu-Ntem et les autres provinces du pays auraient mieux gagné par l’annonce de l’implantation d’une industrie du cacao, d’une usine de construction de voitures ou autres, au lieu d’une fête qui, dès lors qu’elle est terminée, laisse les peuples concernés dans le même état de misère, de chômage et de déprime. Malheureusement, ce ne sont pas là des notions connues du régime Bongo, qui préfère le pilotage à vue à la gestion rigoureuse et compétente des ressources du pays.
Spécifiquement, l’irresponsabilité de Monsieur Bongo frappe par l’indécence des paroles creuses qu’il a prononcées le vendredi 4 juillet dernier lors de la clôture de la tournée manioc qu’il vient d’effectuer à travers le pays, balançant ici de fausses promesses et menaçant ici ceux qui osaient s’opposer à lui.
Omar Bongo dans sa présentation du 4 juillet déclare être le champion de l’unité nationale et demande aux Gabonais d’éviter les divisions. Bongo est-il au moins conscient du fait qu’il a, pendant 36 ans, excellé dans la division des Gabonais, et que l’antagonisation des différents peuples du Gabon est la seule réussite que l’on pourrait véritablement mettre à son actif ?
L’unité nationale ce n’est pas corrompre les opposants pour leur faire chanter le Mvett discordant du bongoïsme convivial. L’unité nationale, ce n’est pas tailler des constitutions sur mesure, instaurer des élections à un tour ou valider des élections illégales au cours desquelles seulement 5% de la population aurait voté. Ce n’est pas non plus faire taire les opposants par l’intimidation, l’assassinat et l’arrestation. C’est encore moins laisser la population mourir à petit feu sous le poids d’une misère inexplicable alors que les membres du régime Bongo se gavent sans retenue des richesses qui auraient pu apporter le bien-être à tous sans distinction de race, de sexe, d’ethnie ou d’appartenance politique. L’unité nationale c’est instaurer un climat de cohésion démocratique, encourager un dialogue national pouvant mener à la création d’institutions dans lesquelles tout le monde se reconnaîtrait et qui garantiraient le respect de la loi par tous dans un état véritablement de droit. L’unité nationale, ce n’est pas l’état de jungle et de bestialité dans lequel le régime Bongo confine notre pays. L’unité nationale, semble oublier Monsieur Bongo, ne se décrète pas dans les discours. Elle se vit par l’acte concret et le dépassement de soi, chose dont le régime s’est montré incapable au cours des dernières 36 années.
Omar Bongo, dans son discours manioc, déclare encore que son régime est conscient du chômage qui sévit actuellement dans le pays et qu’il fait tout pour que le travail revienne. Puis, dans la même foulée, il dit avoir demandé à son gouvernement manioc de se rapprocher des syndicats pour leur montrer l’état des finances de l’état, c’est-à-dire les caisses vides du pays. Mais Monsieur Bongo ne voit-il pas que si les caisses de l’état sont vides, il sera impossible pour son régime de faire quoique ce soit pour ramener le travail au Gabon? Cet aveu n’est-il pas contradictoirement révélateur de la banqueroute généralisée du pays ? Pire, Monsieur Bongo ne se rend-il pas compte que les caisses de l’état gabonais sont vides aujourd’hui parce qu’il utilise tout l’argent du pays pour satisfaire les lubies personnelles de sa famille et de ses complices au sein du régime manioc et budgétivore qu’il a mis en place ? Autrement dit, la cause des caisses vides et du chômage qui sévissent actuellement au Gabon, c’est Omar Bongo lui-même.
Ne voyez-vous donc pas, Monsieur Bongo, qu’à chaque fois que l’un des vos enfants ou un enfant de ministre se pointe au guichet d’Air Gabon pour prendre l’avion sans payer son billet, ils causent la banqueroute d’Air Gabon qui ne peut, à ce moment, que débaucher des gens qui perdent ainsi leur emploi parce que la famille Bongo et celles des autres membres du régime ne paient pas leurs factures ? Ne voyez-vous pas qu’à chaque fois que vous demandez à votre Ministre manioc des finances de verser 100 millions de FCFA à votre épouse pour un « petit voyage » aux USA ou à Singapore, vous videz les caisses qui auraient pu aider à acheter les médicaments pour les hôpitaux publics, payer les salaires des fonctionnaires et assurer les services administratifs divers auxquels doivent s’attendre les Gabonais ?
Oui, il est vrai que ce n’est pas, comme vous le dites, en faisant la grève que l’on va trouver de l’argent, mais ce n’est pas non plus par des discours manioc qui ne dupent plus personne que l’on va trouver de l’argent. Et surtout, ne nous faites pas croire que le Gabon manque d’argent. Le Gabon a encore assez d’argent pour se construire et apporter la décence et la dignité à notre pays. Cependant, cet argent est confisqué dans vos banques suisses, dans les cantines d’Edith et dans les caisses de la mafia d’état qui sert de gouvernement au Gabon aujourd’hui. Bref, l’argent des Gabonais est pris en otage par le régime Bongo et il est plus que grand temps que cet argent soit restitué au peuple gabonais.
Et Omar Bongo continue en menaçant les étudiants de supprimer leur bourse parce que ces jeunes ont osé demander le paiement des arriérés de bourse qui leur sont dus depuis trois mois. Et que préconise Monsieur Bongo ? L’institution d’un concours de la bourse qui rendra difficile l’obtention de la bourse. Mais Monsieur Bongo se rend-il compte au moins que, hormis pour les enfants du régime, la bourse n’a jamais été automatique au Gabon pour les enfants de pauvres et que le BAC était déjà un concours national qui déterminait l’obtention de la bourse pour ceux qui y réussissaient? Et pourquoi une telle irresponsabilité, qui consiste à toujours vouloir menacer tous ceux qui, politiquement ou économiquement, osent réclamer la satisfaction par l’état de ses obligations normales ?
Omar Bongo au cours de l’année écoulée avait déjà laissé entendre que les bourses sur l’étranger ne seraient plus octroyées que pour des pays africains comme le Sénégal, le Burkina ou le Maroc, et que les Gabonais désirant aller dans des pays occidentaux comme la France, les USA et autres ne pourraient plus obtenir le financement de leurs études dans ces pays. Ce qui est frappant dans de telles mesures c’est d’abord le manque de gêne d’Omar Bongo. Le Burkina Faso est l’un des pays les plus pauvres au monde. Omar Bongo n’a-t-il pas honte d’envoyer ses étudiants au Burkina Faso ? N’est-ce pas là le signe d’un aveu d’incompétence et d’échec flagrant, qui montre à quel point le régime Bongo aura manqué de doter le Gabon du simple minimum qui aurait permis à notre pays de se doter d’infrastructures universitaires et scolaires capables de subvenir à nos propres besoins éducationnels? En quoi un pays comme le Burkina ou le Togo constitue-t-il un exemple de développement capable d’apporter une formation moderne digne de ce nom à nos étudiants ? Et en quoi la suppression des bourses des étudiants fera-t-elle faire des économies à l’état ou mener au développement du pays alors que nous avons plus que jamais besoin d’investir dans l’éducation et la formation afin de préparer notre pays aux défis de la mondialisation ? S’il y a une chose à laquelle on ne doit jamais toucher, c’est l’éducation. Et l’état doit tout faire pour éduquer le maximum de jeunes dans tous les domaines afin justement de permettre au pays de profiter de leur savoir-faire et de se lancer ainsi sur la pente du développement durable.
Et quand Omar Bongo dans son discours propose aux jeunes gabonais « cascadeurs de l’amour » de mettre les préservatifs dans leurs poches afin de se protéger du VIH/SIDA, plusieurs interrogations, là encore, viennent à l’esprit. D’abord, quel est le programme d’éducation, de prévention et de dépistage que le régime a développé pour que le jeune gabonais puisse prendre conscience de la nécessité de mettre son préservatif dans sa poche ? Il me semble que de telles mesures ne se décrètent pas dans un discours avec la légèreté dont Omar Bongo s’est fait maître au cours des années. Il faut pour cela un programme réel avec des fonds réels. Curieusement, Omar Bongo n’aura pas dit aux Gabonais combien d’argent dans le budget de l’état il a consacré cette année et dans les années qui viennent à l’éducation, à la prévention et au dépistage du VIH/SIDA au Gabon. Il ne dit pas non plus où les Gabonais vont pouvoir se procurer le préservatif qu’ils auront à mettre dans le sac pour se protéger du VIH/SIDA. Autrement dit, les Gabonais vont-ils devoir payer eux-mêmes leur préservatif ? Ont-ils les moyens de se le procurer ? Y a-t-il assez de travail au Gabon pour que le Gabonais qui se soucie d’abord de nourrir sa famille puisse mettre assez d’argent de côté pour acheter des préservatifs ?
Tant de questions qui malheureusement ne trouveront aucune réponse dans les discours maniocs que le régime Bongo sert au peuple gabonais depuis maintenant 36 ans. Ce que l’on voit donc, c’est une irresponsabilité chronique dans la gestion des affaires de l’état et la navigation à vue permanente. Dans un pays qui se respecte, le chef de l’état ne se contente pas de parler, d’invectiver son peuple et de le menacer. Au Gabon, les discours de Bongo ne sont jamais fait de propositions ni de plans de développement. Ce sont des discours toujours basés sur la menace, l’arrogance, la fuite en avant, le creux et le massage manioqueux des cerveaux fatigués du peuple gabonais.
Ce que le peuple veut aujourd’hui c’est du concret. Il veut entendre dans le discours de son président des projets qui rassurent : par exemple, le peuple voudrait bien savoir quel plan a été façonné qui fera que :
- dans 5 ans, il y ait des médicaments dans tous les hôpitaux du Gabon, et que de nouveaux hôpitaux et dispensaires modernes aient été construits pour rendre l’accès aux soins de santés immédiat pour tout Gabonais dans n’importe quelle ville, province ou coin du Gabon ;
- dans 5 ans, il y ait réduction du chômage de 20% à 5%, avec à l’appui un secteur privé vibrant et producteur d’emplois réels ;
- dans 5 ans, il y ait réduction de l’incidence de la séropositivité au Gabon de 20% à 5% ;
- dans 5 ans, toutes les routes du Gabon aient été goudronnées, y compris le désenclavement de Port-Gentil par une autoroute liant cette ville à Libreville ;
- dans 5 ans, l’état soit capable de se doter d’un budget qui ne dépendra pas des revenus pétroliers, mais qui trouvera son essence dans le fonctionnement efficace des services de l’état ;
- dans 5 ans, de nouvelles écoles et universités aient été construites un peu partout au Gabon et que les nouvelles technologies de l’information soient accessibles à tous non seulement par la formation, mais aussi par la mise à disponibilité de telles technologies dans tous les recoins du Gabon.
- dans 5 ans, les bidonvilles aient été supprimés de Libreville et du reste du Gabon et que le peuple gabonais dans son entièreté ait accès non seulement à un logement décent, mais aussi à l’eau potable, à l’électricité et au téléphone.
- dans un an, il y ait une réforme démocratique digne de ce nom pour que le Gabonais n’ait plus peur d’exprimer son opinion politique, que les juges gabonais puissent mettre en prison un ministre ou un président corrompu, que les élections se passent dans la transparence la plus totale afin que ce soit toujours le meilleur qui gagne au Gabon ;
- dans un an, le Gabonais se mette de nouveau à espérer, commence à entrevoir la possibilité d’une paix et d’une unité nationale basée sur le partage équitable des ressources de la nation, et retrouve, en fin de compte, sa dignité.
Nous savons malheureusement que le régime Bongo est incapable de toutes ces évolutions positives. Pourtant, le BDP soutient qu’il est non seulement possible de faire tout ce qui précède en 5 ans, mais aussi de faire ce que le régime Bongo n’a pas pu faire au Gabon en 36 ans de pouvoir sans partage.
Nous disons donc à Omar Bongo et à son régime que le peuple gabonais ne veut plus de ces discours creux de la part d’un régime manioc dont le seul but est de se remplir le ventre au détriment du peuple. Le peuple demande une réforme immédiate et la satisfaction de ses besoins en santé, en formation et en développement économique. Les discours de paix ne suffisent pas car le peuple ne se nourrit pas de mots, surtout pas quand les membres du régime baignent dans l’aisance scandaleuse alors que le peuple croupit dans des conditions inhumaines dans un pays où de telles conditions ne devraient pas exister.
Aujourd’hui, le temps presse et le peuple s’impatiente. Il appartient donc au régime Bongo de choisir dès maintenant la voie de la réforme qui seule assurera la paix et le développement au Gabon. Tout autre positionnement ne pourra que mener notre pays à des violences dont personne ne peut aujourd’hui soupçonner la portée. Et si un jour le peuple gabonais venait à se soulever pour réclamer ses droits, Omar Bongo et son régime seront seuls à porter la responsabilité de leur entêtement à pousser notre peuple à bout. Le Gabon peut encore s’éviter le type de violences qui ont frappé de nombreux pays africains où des tyrans ont voulu s’imposer par la dictature. Il appartient donc au régime Bongo de saisir, dès maintenant, la paix des braves que propose le peuple, une paix des braves reposant sur un vrai dialogue national dont la finalité devrait être une réforme totale de nos institutions capable de garantir la naissance d’un état de droit et la pratique d’un jeu démocratique digne de ce nom au Gabon.
Les propositions de paix du BDP sont à ce titre sans équivoque. Seule la réforme de fond dans un cadre de dialogue national concerté sauvera le Gabon. Aux hommes de paix de saisir la chance qu’offre aujourd’hui le BDP de mettre en place, une bonne fois pour toutes, les bases d’une démocratie durable au Gabon.
Fait à Montclair, New Jersey, le 14 juillet 2003
Dr. Daniel Mengara
Coordinateur, BDP-Gabon Nouveau