Madame, Monsieur,
Je soumets, pour votre information, le document ci-joint qui constitue ma contribution à la réflexion pour : « La Refondation de l’Etat au Gabon » préconisée par le Président Bongo.
Le 15 janvier 2002, ce dernier a en effet écrit aux diverses personnalités du pays en ces termes :
« A maintes reprises, j'ai fait part à l'ensemble de la classe politique nationale de l'intérêt d'entreprendre une réflexion globale pour jeter les bases d'une Refondation de l'Etat au terme de 40 ans d’indépendance de notre pays. Les constats faits depuis les dernières échéances électorales me confortent dans la mise en œuvre de cette réflexion.
« Aussi, lors de mon message à la nation, le 31 décembre 2001, ai-je émis l’idée d’inviter les représentants des partis politiques, de la magistrature, des confessions religieuses et de la société civile à prendre part à une réunion de concertation à ce sujet. »
Le Président Bongo terminait sa lettre en demandant « d’engager la réflexion sur ces différentes questions. » Il en appelait au sens des responsabilités pour des « contributions respectives. »
Je pense en effet qu’un pays comme le nôtre, qui a supporté des expériences traumatisantes, a besoin de se remettre en cause. Il a besoin de vérité et de réconciliation. Nous devons éviter de conduire notre peuple à un sentiment de vengeance. Je ne crois pas que le Gabonais sera vraiment assoiffé de vengeance dès qu’il aura connu la vérité. C’est le fait qu’on lui refuse l’accès à la vérité qui entretient en lui la colère et la haine. Les gens sont en colère parce que leurs souffrances ne sont pas reconnues.
Face à la vague montante d’insécurité dans notre pays, le système en vient à augmenter les dépenses d’armes pour le maintien de l’ordre, c’est-à-dire pour la protection des membres de la nomenclature prédatrice, afin de les protéger contre le désespoir de la très grande majorité de la population (95% environ, les «Makaya »)
La leçon de l’histoire humaine nous montre que les êtres humains ont toujours fini par se révolter devant l’aggravation des inégalités. Dans les Etats de la sous-région que sont les deux Congo, la RCA et le Tchad, auxquels vient de s’ajouter la Côte d’Ivoire, l’existence de foyers de violence constitue une preuve indiscutable de l’exaspération des pauvres face à l’arrogance
des dirigeants en place. Au Gabon, la montée actuelle de la délinquance et de la criminalité,
qui ne sont encore que des manifestations primaires d’agitation sociale, constitue un signe indiscutable de l’exaspération des plus pauvres devant l’injustice dont ils sont victimes de la part de l’oligarchie prédatrice des ressources du pays. Il ne s’agit pas encore de violence politique, encore que le pays en ait déjà connu quelques sursauts dans un passé pas très éloigné. Mais, aujourd’hui, chacun sent bien qu’il s’agit d’un sursis. Pour combien de temps ?
Jusqu’ici, le système Bongo a fait du mensonge le principe majeur de son art de gouverner, et de sa méthode pour neutraliser les volontés des populations. Cette attitude a conduit le peuple à perdre toute confiance dans les responsables du système qui dirigent le pays depuis quarante longues années. Bongo semble avoir toujours pensé qu’il lui est nécessaire de tromper les autres et peut-être même de se mentir à lui-même, afin de se sentir à l’aise dans ce qu’il fait. C’est un manque total d’intégrité politique. L’intégrité politique est tout simplement l’honnêteté en politique. Le plus important est de ne jamais tromper les gens. Nos politiciens qui trompent les gens, que ce soit dans leur intérêt personnel, celui de leur parti ou parce qu’ils imaginent que c’est pour le bien du peuple, manquent d’intégrité politique.
Pour nous, la vérité est le vrai pouvoir qui exige un vrai courage qui nécessite la sincérité. La sincérité et la vérité caractérisent l’homme qui s’engage dans l’action politique pour servir le peuple et non pas s’en servir. La sincérité en politique signifie pour nous que l’on ne tente de tromper personne. A moins qu’on accepte de se mentir à soi-même.
Nous voulons un pays dans lequel existe une règle de droit, où les gens soient en sécurité dans la mesure où l’on peut être en sécurité dans ce monde, où on les encourage et les aide à acquérir une éducation, à élargir leur horizon, où l’on favorise les conditions contribuant au bien-être de l’esprit et du corps. C’est pourquoi il est souhaitable que l’amour et la bonté soient au cœur de l’action politique dans notre pays – un désir de soulager les êtres humains.
C’est pourquoi nous croyons qu’un dialogue franc, honnête et sincère est nécessaire entre le pouvoir et ceux qui, à des degrés divers, souffrent d’injustices de la part de ce pouvoir. Mais malheureusement, ce régime et son chef Bongo n‘ont jamais su communiquer. Ils ont peur du vrai dialogue que, jusqu’à présent, ils ne comprennent pas et ne peuvent pas comprendre. Nous pensons que nos gouvernants actuels voient le dialogue soit comme une sorte de compétition dans laquelle ils pourraient être perdants, soit comme une énorme concession qui les déshonorerait. Or, le dialogue est l’accord des volontés et non l’unicité des vues.
Nous savons le grand intérêt que vous portez au Gabon, et à son avenir. C’est pourquoi nous portons à votre connaissance notre vision des choses. Nous espérons qu’elle apportera à votre compréhension un point de vue pouvant vous donner un éclairage nouveau face aux problèmes de démocratisation et de développement auxquels le Gabon fait face à l’heure actuelle.
Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’hommage de mon profond respect.
Martin EDZODZOMO-ELA
Président du CEREP [Centre d'Etudes et de Recherches Economiques et Politiques]
B.P. 3238 LIBREVILLE (Gabon) - Tel. (241) 21 45 00
25, rue Bonaparte 75006 PARIS (France) - Tel. 01 56 24 91 14 ou 06 03 20 37 53
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