LIBREVILLE, 20 avril 1999 (AFP) - La Santé publique gabonaise, déjà minée par de multiples maux, est confrontée depuis plusieurs mois à un nouvel ennemi qui pourrait s'avérer très dangereux : celui des faux vaccinateurs inoculant de faux vaccins contre de vrais honoraires. La menace est insidieuse, car elle ne se révèle qu'avec le temps mais "il ne fait aucun doute qu'elle met gravement en danger la vie des personnes qui s'y soumettent", dénonçait récemment le directeur général de la Santé publique, le Dr. Médard Toung Mve, en lançant une campagne de presse.
"Le danger manifeste est de se croire protégé contre une myriade de maladies, souvent mortelles (fièvre jaune, typhoïde, méningite A et C, rougeole, diphtérie-tétanos-polio, hépatite B et grippe)", a expliqué de son coté à l'AFP le Dr. Hervé Demaille, responsable du centre international de vaccination de l'hôpital de N'Kembo qui couvre toute la région de Libreville, soit un demi-million de personnes. Les gens courrent en outre le risque d'être infecté par les aiguilles réutilisées, mal stérilisées ou pas du tout et de faire une allergie au faux vaccin, le plus souvent composé d'eau ou de sérum physiologique). Les enfants, particulièrement exposés, ne sont protégés de ces escrocs que jusqu'à l'âge de 5 ans, âge limite de la gratuité des vaccinations assurée par l'Etat. Le cas s'est notamment posé lors d'une épidémie de rougeole à Libreville, début 1998, où beaucoup d'enfants "vaccinés" sont tombés malades. Sur un échantillon de 348 cas étudiés, 25 étaient vaccinés, 40 ne l'étaient pas et 283 étaient à "statut inconnu", selon une enquête du ministère de la Santé.
"Nous manquons de statistiques, au-delà de 4 ans, sur l'ampleur de la fraude et de ses conséquences, mais localement nous estimons que comparé aux 1.500 vaccinations mensuelles pratiquées dans notre centre, un dixième est réalisé clandestinement à l'extérieur", note le Dr. Demaille, en poste depuis trois ans au Gabon au titre de l'assistance technique française. "Pendant la grève de plusieurs mois des services publics en 1998-99, la situation était catastrophique car il n'y avait rien de plus facile pour les escrocs. Ils "accueillaient" les clients devant le pavillon de vaccinations, les emmenaient se faire inoculer dans le premier endroit venu, en leur assurant que c'était +normal+ et en distribuant des tampons, pour le même prix qu'une vraie vaccination (de 2.000 à 7.000 fcfa, soit 20 à 70 ff)", raconte le médecin français.
"Hors grève, ils sont plus discrets, ils racollent devant les grilles de l'hôpital, repèrent les arrivants, par exemple des immigrés ouest-africains qui n'oseront pas se plaindre après, et leur racontent qu'ils n'auront pas à attendre, pour un prix inférieur", observe le Dr. Demaille. "Ces escrocs arrivent même des fois à intercepter des demandes d'intervention extérieures et à aller "vacciner" sur place les clients". "Certains patients craignent tellement la piqûre qu'ils se contentent d'un simple coup de tampon administratif," analyse-t-il, fort de plusieurs années d'expérience africaine comme médecin militaire. Alarmée par ce trafic malsain, souvent pratiqué par des gens proches du milieu médical, la direction générale de la Santé a décidé d'y mettre un terme. Les plaintes que déposent le Dr. Demaille, malgré des menaces de mort, ont désormais l'attention de la police locale qui a déjà monté plusieurs traquenards aux empoisonneurs.
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