Près d'une centaine d'élèves s'apprêtaient à embarquer pour Port-Gentil, à bord de pirogues clandestines, au péril de leur vie.
DEBARCADERE de Mpaga-village. Un dimanche. Il est un peu plus de deux heures du matin. L'endroit est très animé à cette heure très avancée de la nuit. Dans la foule massée au bord de l'eau, récriminations et réprobations fusent. Au centre de cette grande agitation nocturne, deux piroguiers qui s'apprêtaient à embarquer clandestinement près dune centaine d'élèves du collège d'enseignement secondaire (CES) de Mpaga pour Port-Gentil. Les élèves s'apprêtaient à rejoindre leurs familles pour les congés de Pâques, pris la veille.
Selon un scénario particulièrement élaboré, connu des seuls piroguiers en provenance de Lambaréné et leurs passagers imprudents, l'embarquement de Mpaga-village se fait habituellement entre deux et trois heures du matin. Lorsque les pirogues s'approchent, les passagers regroupés dans la pénombre du débarcadère, se signalent habituellement à l'aide d'une lampe torche.
Mais en ce dimanche pascal, les piroguiers qui se sont imprudemment approchés du débarcadère de, Mpaga-village, n'ont pas eu de chance. Dans la foule qui les attendait au débarcadère, il y avait, non seulement les passagers qu'ils devaient embarquer, des élèves en congé de Pâques, mais également le garde des Sceaux, ministre de la justice; Honorine Dossou Naki, qui se trouvait au village.
Particulièrement en colère contre cette manière de faire, la gardienne des lois a vertement rappelé aux piroguiers "arraisonnés" l'existence d'une loi qui interdit la navigation de nuit. Cette loi frappe particulièrement ces pirogues de fortune qui - faute de moyen de navigation fiable dans la zone -, assurent le transport entre Lambaréné et Port-Gentil, parfois au péril de la vie de leurs passagers.
Le voyage coûte 5000 F à chaque passage. Ces pirogues s'illustrent la plupart du temps par des surcharges dans des conditions de navigabilité pas toujours aisées. Les risques sont évidemment énormes dans la nuit, où la visibilité est quasi nulle. Dans la plupart des cas, ces pirogues ne disposent d'aucun gilet, de sauvetage, ni pour les passagers, encore moins pour l'équipage, généralement composé de deux personnes.
Le risque est permanent lors de ces voyages nocturnes. Un bout de bois que l'embarcation peut éviter la journée, peut surgir de nulle part. La situation est davantage compliquée lors des marées hautes, où les voyageurs doivent faire face à de multiples intempéries.
Pour échapper aux contrôles de la Marine marchande à l'approche de Port Gentil, les piroguiers marquent généralement un arrêt au village Ngola, dans le canton Ogooué. C'est là qu'ils attendent le lever du
Jour pour effectuer une entrée dans la capitale économique, quitte à faire subir aux occupants les piqûres virulentes des moustiques, particulièrement nombreux dans cette partie de l'Ogooué.
Aux piroguiers interpellés à MPaga-village ce dimanche matin, il a été formellement rappelé la nécessité de naviguer le jour, au vu des multiples risques encourus la nuit. Une inquiétude cependant : cette pratique devenue une habitude chez les piroguiers qui traversent régulièrement cette zone fluviale va-t-elle disparaître aussi facilement ? Beaucoup se montrent sceptiques. « Tant qu'il n'y aura pas un bateau dans cette zone, les gens seront toujours tentés par ces embarcations de fortune» avance un villageois.
La gendarmerie de Mpaga-village qui devait veiller à ce que la réglementation soit respectée dans cette partie de l'Ogooué-Maritime évoque le manque de moyens matériels. Non sans raison, puisque le bateau affecté à l'unité de la gendarmerie locale est hors d'usage depuis belle lurette. La pirogue de la maréchaussée locale est, en effet, hors de l'eau, car dépourvu de moteur. La coque également est à refaire…
Prévenir vaut mieux que guérir. Vivement que l'Etat songe à doter cette partie de l'Ogooué-Maritime d'un moyen de transport fiable.