Il s'agit d'une Nigériane et de trois Béninoises contre lesquelles la police judiciaire a réuni des preuves accablantes.
LE service des moeurs et de la protection des mineurs, via la police judiciaire (PJ), vient de boucler une longue enquête sur quatre femmes soupçonnées de se livrer au trafic et à l'exploitation des enfants. Les éléments constitutifs du délit ayant été réunis, elles ont été présentées hier après-midi au procureur de la République près le tribunal de grande instance de Libreville.
En attendant le jugement, ces femmes d'origine étrangère (une Nigériane et trois Béninoises) ont dû dédommager financièrement leurs victimes : quatre filles, elles aussi d'origine étrangère, dont l'âge varie entre 10 et 14 ans. Les trafiquantes ont également fourni une trousse de toilette à leurs anciennes esclaves et pris en charge leurs frais de rapatriement.
32 autres personnes pourraient connaître le même sort dans les jours à venir. En effet, samedi dernier, une opération coup de poing dans certains marchés de la capitale gabonaise a permis de mettre un terme à l'exploitation de 32 enfants. Elle était menée par le service des moeurs et de la protection des mineurs de la préfecture de police de Libreville, conjointement avec le même service de la PJ.
L'âge des victimes, en majorité des filles, une fois de plus d'origine étrangère (Afrique de l'Ouest), oscille entre 7 et 16 ans. Les forces de police n'ont pu placer que 12 entre eux, les plus jeunes, dans trois centres d'accueil. Elles ont laissé les 20 autres regagner leurs domiciles, après avoir pris soin de retenir les pièces d'identité de leurs "tuteurs".
Les exploitants étaient priés de se présenter hier à la PJ, pour être entendus. Quelques-uns s'y sont rendus. Le service des moeurs et de la protection des mineurs n'exclut pas une descente musclée dans les foyers, si les autres auteurs d'exploitation des enfants tardent à se présenter.
En fait, au total 50 mineurs ont été pris pendant la rafle des forces de sécurité. Mais on s'est rendu compte que 18 n'étaient pas des victimes d'exploitation. Ce samedi-là, ils «aidaient seulement» leurs parents à écouler la marchandise.
RUSES DES TRAFIQUANTS. Les géniteurs ont dû fournir les actes de naissance, pour pouvoir rentrer avec les enfants. Occasion pour les agents de police de les informer ou de rappeler qu'au Gabon, il est interdit de faire travailler les enfants de moins de 16 ans. Et que jusqu'à cet âge, un enfant doit être scolarisé.
Les responsables des deux services des moeurs et de la protection des mineurs (des femmes) ont confié que leur tâche s'avère davantage difficile, en raison des ruses des trafiquants. «Ils usent de plus en plus de faux documents pour se tirer d'affaire», a laissé échapper une des policières, visiblement dépitée. «Les trafiquants font aussi un lavage de cerveau aux enfants, afin qu'ils refusent de témoigner», a-t-on également appris.
Les services cités plus haut s'intéressent au trafic et à l'exploitation des enfants depuis le début de la décennie. Ils font savoir que le phénomène se présente sous plusieurs formes. Outre la vente de produits de toutes sortes à travers la ville, les filles, par exemple, sont aussi placées dans des familles, où elles servent de baby-sitters.
Les trafiquants se seraient-ils laissé tenter par le proxénétisme ? Pour l'heure, les forces de sécurité ne sont pas en mesure de répondre par l'affirmative. «Mais les filles sont parfois victimes d'abus sexuels de la part de leurs tuteurs.»
On espère que l'enquête au sujet des 32 dossiers de la récente rafle sera menée avec la même rigueur que celle concernant les quatre femmes présentées au parquet hier. Tout comme il est souhaité que le tribunal rende un jugement exemplaire.
Avant, le Gabon était régulièrement accusé de complicité par la communauté internationale parce qu'il y avait un vide juridique en matière de trafic et d'exploitation des enfants. Aujourd'hui, il est pointé du doigt à cause de ce qui peut apparaître comme un laxisme, de la part de ceux qui doivent réprimer sévèrement le phénomène.
L'honneur du pays doit être sauf ! Maintenant et pour toujours.