La victime voulait récupérer son tricot que portait son bourreau de frère aîné. Ce dernier lui en a alors voulu, au point de le faire passer de vie à trépas.
C'EST dans la confusion la plus totale crue s'est terminé â l'église Sainte Thérèse d'Angone (quartier nord de la commune d'Oyem) le dernier "Chemin de croix". Alors que les fidèles suivaient avec une attention soutenue la dernière partie du sermon du curé, sont entrés, en coup-de-vent, de jeunes gens apportant la nouvelle selon laquelle "Claude Owono Assoumou (Rossy) est en train de tuer son cadet, Emmanuel Assoumou Eya" (Bowu junior), âgé de 35 ans.
Panique dans l'église. Les chrétiens accourent vers le centre du village où est censé se dérouler le drame. Là, "Rossy", les yeux exorbités, armé d'une houe, menace toute personne qui veut l'approcher. Devant lui, dans la cour, gît, inerte, un jeune homme ensanglanté, son cadet.
Mais surtout, "Rossy" veut aussi en finir avec sa mère, Paulette Medza M'Allogo qui, devant cette hystérie, a préféré prendre le large, se cachant dans lés maisons avoisinantes. Dans sa résolution à mettre la main sur cette dernière, il ira jusqu'à briser la porte de la maison de Mme Essoa Mezui, la soupçonnant de garder la fugitive.
Lorsqu'il revient de là, et devant tout le village réuni et apeuré, il va poser la jambe droite sur la poitrine de sa victime (comme pour prendre appui) avant de lui fendre, d'un coup sec, le crâne avec la houe qu'il tenait toujours à la main. C'en était fini de "Bowu junior", arraché à la vie par son propre frère aîné.
Le quartier Angone a donc suivi en direct la mort du jeune Assoumou Eya, un garçon qualifié de sociable et toujours prompt à rendre service.
Dépeint comme un homme irascible, que même l'armée (qui l'a renvoyé) n'a pu discipliner, Claude Owono Assoumou mène une vie incroyable digne d'un roman. On ne lui connaît aucune activité lucrative sérieuse. Il passe le plus clair de son temps dans les buvettes d'Assock-Ngomo et d'Akoakam et est porté sur les drogues dures qu'il parvient à se procurer dans les réseaux de distribution et de vente que compte la région depuis des années.
Se considérant comme un "soldat perdu", il s'amuse à terroriser tout le monde jusqu'au sein de sa propre famille. N'acceptant aucun reproche (même justifié), il doit pouvoir se servir des biens d'autrui, alors que personne ne doit toucher aux siens. Et c'est d'ailleurs cette tare qui serait à l'origine du drame.
Ce jour-là, il est presque 19 heures, lorsque Emmanuel Assoumou Eya constate que son grand-frère, Claude Owono Assoumou, s'est permis de porter son tricot, lui, qui n'accepte pas que l'on touche à ses 'choses'. Fidèle à sa réputation, Owono Assoumou, véritable "Zorro des Tropiques", envoie le propriétaire paître. Et avec la manière qu'on lui connaît : propos véhéments assortis de menaces.
"Bowu Junior", qui ne veut plus s'en laisser conter cette fois, exige qu'il lui remette son habit. Loin de s'exécuter, "Rossy" commence à le rouer de coups. Ce à quoi l'autre répond en prenant une machette avec laquelle il le blessera au bras gauche.
Cette réplique sera l'occasion pour Claude Owono Assoumou de donner la pleine mesure de ce qu'il est capable de faire dans la colère. S'armant d'une barre de fer, il va frapper son frère, lui brisant les jambes. Ne pouvant plus se tenir debout, "Bowu" va se tordre de douleur par terre.
Mais cela ne satisfait pas le grand-frère qui va se saisir de parpaings de ciment pour lui briser les côtes. Pendant ce temps, "Bowu" le supplie : "Rossy, Rossy, qu'est ce que je t'ai fait pour que tu me tues... Pardon ne me tue pas".
Ces jérémiades juvéniles ont plutôt un effet stimulant sur le bourreau qui, se saisissant des jambes fracturées de son cadet, va le tirer vers un halot de lumière. Comme pour ne pas se tromper sur ce qu'il va aire. Et c'est à ce moment que les passants vont être attirés par cette scène inhumaine et iront ameuter la population qui suivait l'office religieux clôturant le Chemin de croix.
Après son forfait, "Rossy" sera maîtrisé par un ancien gendarme retraité venu participer à la séance de délivrance. Conduit à la gendarmerie, il sera relâché par les agents pour, diront-ils, qu'il aille soigner sa blessure du bras. Mais l'assassin profitera de cette liberté inespérée pour prendre la clé des champs.
Et nuitamment, il reviendra au village pour se changer avec l'intention de fuir vers Minvoul. Entretemps, une véritable chasse à l'homme était déjà lancée par tous les jeunes d'Angone, qui vont le retrouver, caché dans un véhicule en partance pour le chef-lieu du Haut-Ntem.
Repris, il a été remis, cette fois, au commissariat de police d'Oyem où, depuis plus de 10 jours, on attend toujours, de le déférer devant le parquet.