Une opération de dégazage des installations de la cuisine de l'établissement serait à l'origine de l'incident qui a fait plus de peur que de mal.
UNE opération de dégazage des installations de la cuisine du lycée national Léon Mba de Libreville a failli tourner au drame hier en milieu de matinée. Plus de deux cents élèves, en. majorité des filles, sont tombés en syncope après avoir inhalé du gaz résiduel. Les victimes de l'intoxication gazeuse n'ont dû leur salut qu'à la diligence et à la dextérité des équipes du Service d'aide médicale d'urgence (SAMU), arrivées sur place dès l'alerte donnée par les responsables de l'établissement.
Selon des témoins oculaires, les faits remontent à hier en milieu de matinée. Une élève passant près de la cuisine s'écroule soudainement. Ses condisciples qui l'ont vue tomber volent aussitôt à son secours et la transportent à l'infirmerie du lycée. Depuis samedi, une odeur de gaz suffoque les riverains, notamment les cinq cents élèves admis à l'Internat.
Bientôt le nombre de victimes s'accroît. D'autres élèves qui passent aux alentours s'écroulent les uns après les autres. Il s'agit essentiellement de filles. En fait, le lycée national Léon Mba compte plus de 700 élèves asthmatiques. Ce qui les rend très vulnérables à l'odeur étouffante du butane.
Pour éviter le pire, les quelque six mille élèves de l'établissement amorcent un sauve-qui-peut. Les salles de classe se vident, en même que le nombre de victimes augmente. Il est plus de 10 h. Elèves, enseignants et responsables de l'établissement sont en émoi. Plus de cent élèves sont évanouis. Quelques-uns sont étendus dans la cour de l'établissement. Des rumeurs folles faisant état de leur mort circulent avec insistance. Des proches des victimes éclatent en sanglots. L'atmosphère est lourde. Devant le lycée national Léon Mba, un embouteillage monstre se forme. Le proviseur Janvier Nguema Mboumba craint le pire.
Les élèves évacués des salles de classe ont pris d'assaut la chaussée, perturbant ainsi la circulation. D'autres brandissent des panneaux de signalisation annonçant le danger. Le responsable de l'établissement veille au grain et interdit aux enfants de s'attaquer aux véhicules d'autrui.
Sur l'esplanade du lycée, des équipes de secouristes, munies de bouteilles d'oxygène, tentent de réanimer des lèves évanouis. D'autres asphyxiés sont embarqués dans des ambulances pour être acheminés vers des unités sanitaires de la place. Acculés par la presse, le proviseur répond qu'il n'y a pas péril en la demeure.
GAZ RÉSIDUEL • « Il n'y a véritablement pas intoxication. Ce sont des élèves asthmatiques qui sont étouffés par l'odeur résiduelle de gaz. Samedi dernier, des techniciens de Total sont venus faire le dégazage de la cuve qui alimentait la cuisine du lycée. C'est cette odeur qui a eu des effets sur les élèves asthmatiques. D'autres s'écroulent par peur », explique-t-il, tiraillé entre les questions des journalistes et celles des autorités du pays qui le joignent par téléphone pour s'enquérir de la situation.
A mesure que le temps passe, des parents affluent vers le lycée pour savoir si leurs enfants sont sains et saufs. Le ministre délégué auprès du ministre de l'Education nationale, Jean-Norbert Diramba, débarque au lycée pour s'enquérir, à son tour, de la situation. Au bout d'un moment, il se retire avec le proviseur dans le bureau de ce dernier. L'entrevue dure un quart d'heure. Quand il en ressort, il se refuse à tout commentaire.
Seul un technicien - qui, a procédé au dégazage - esquisse quelques réponses aux questions pressantes des journalistes. « On a fait un dégazage samedi dernier. On a pris toutes les dispositions nécessaires. On a dégagé la cuve et on a remis des bouteilles en service. Après cette opération, le cuisinier a pu faire sa cuisine comme d'habitude. Le dégazage a été fait dans les normes de sécurité. Mais nous étions surpris qu'on nous appelle ce matin pour nous faire comprendre qu'il y a une fuite de gaz qui intoxique les élèves », dit-il.
A la lumière de ses explications, il ressort que le dégazage de la cuve se fait souvent à la Société gabonaise d'entreposage des produits pétroliers (SGEPP). Mais cette fois, l'opération a été effectuée sur place au lycée Léon Mba, en raison de la vétusté de la cuve.
Selon un orfèvre en la matière, le dégazage consiste à ouvrir le récipient, a y tremper un tuyau, a orienter celui ci vers une torchère, à allumer une flamme et à brûler le gaz en circulation dans la tuyère. A ce qu'il semble, cette procédure a été respectée par Total Marketing, société sous-traitante. Avant d'effectuer son opération, la firme avait ordonné l'évacuation de tous les occupants des bâtiments jouxtant la cuisine du lycée.
L'odeur suffocante et persistante inhalée par les élevés ne serait donc que le gaz résiduel déversé au sol ou restant dans le fond de la cuve.
Cependant, certains parents d'élèves ont décidé de porter plainte contre la société chargée du dégazage dans le périmètre urbain. Quelque deux cent trente lycéens ont failli payer de leur vie.
Total Marketing explique...
AUTEUR de l'opération de "dégazage" qui a abouti à la situation d'hier, la société Total Marketing Gabon a fourni hier un certain nombre d'éléments sur les circonstances de ladite opération ainsi que des détails techniques visant à lever, toute équivoque et à rassurer, autant que faire se peut, les victimes et leurs familles.
Total Marketing Gabon, peut-on lire dans un mémo dont copie a été transmise à notre Rédaction, a donc procédé samedi 5 mars 2005 à une opération de "dégazage" d'une cuve contenant du gaz butane. Cette opération a été effectuée et a occasionné des odeurs de gaz dus à un additif, le mercaptan.
Celte opération a été initiée afin de traiter une cuve de gaz "vrac" qui n'était plus utilisée et présentait un danger car elle contenait toujours du gaz. De manière systématique, Total Gabon Marketing retire les cuves de gaz "vrac" encore en utilisation et les remplace par des racks de bouteilles de gaz, afin de réduire les risques liés au transport de gaz en grande quantité.
Après autorisation du lycée, cette opération a été menée le samedi 5 mars. Elle consiste à brûler les gaz encore présents dans la cuve, puis à laver la cuve a l'eau a~n défaire disparaître les dernières traces de. gaz. Des mesures à l'explosimètre ont confirmé que l'atmosphère n'était plus explosive après l'opération. Pendant celle-ci, l'eau se charge du mercaptan encore présent sur les, parois de la cuve et se relâche dans l'air. Le mercaptan est l'additif utilisé par l'industrie afin de signaler la présence de gaz. Il n'est pas toxique en lui-même, mais peut provoquer des irritations des yeux et de la peau, selon les doses auxquelles les personnes sont exposées ».
Qu'est-il advenu des victimes ?
LA situation des élèves transportés dans différentes formations sanitaires se présentait hier, en milieu d'après-midi, de la manière suivante :
• Fondation Jeanne Ebori : 20 élèves admis, 18 déchargés, 2 encore en observation.
• Polyclinique El Rapha : environ 80 personnes, 38 en observation
• Centre hospitalier de Libreville: 114 personnes admises, 61 déchargées. Les autres encore à examiner, 8 personnes admises en réanimation sous oxygène.
• SOS Médecins: 5 personnes en observation
• Polyclinique Chambrier: 8 personnes en observation.
• Clinique Biyoghé : 3 personnes admises, 2 gardées en observation.