Depuis plus deux mois, personne n'a revu Lee Mitch Lewis Mboumba. Parti un matin au cours au lycée Paul Indiendiet Gondjout, l'adolescent n'est plus rentré au foyer familial, sis à Lalala-à-gauche. Lasse d'effectuer des recherches, la famille du lycéen conclut à sa mort. Nous avons mené une enquête auprès des parents du disparu et à son établissement afin de reconstituer les derniers moments ayant précédé sa disparition.
JEUDI 23 décembre 2004. Il est six heures du matin. Les élèves en uniforme scolaire sortent peu à peu de leurs maisons familiales pour rallier leurs établissements respectifs. Après la toilette matinale, Lee Mitch Lewis Mboumba, élève en classe de 5e M au lycée Paul Indjendjet Gondjout (ex-lycée d'Etat de l'Estuaire) quitte le domicile de ses parents pour se rendre au lycée. « On se retrouve à midi», dit-il à son neveu Guy-Herman Mboumba, avec qui il partage sa chambre.
Son sac accroché à l'épaule, il s'élance pour rejoindre la route principale où il prend chaque jour le bus. Il est un peu plus de six heures trente minutes. Lewis a reçu une somme de 3 000 francs de sa soeur aînée, Josiane Mboumba. Au lieu d'attendre le bus, l'adolescent emprunte un taxi qui le dépose aux feux tricolores de Nzeng-Ayong avant de prendre un autre pour rallier le lycée Paul Indjendjet Gondjout.
En fait, il ne veut pas arriver en retard. Car, il y a un devoir d'anglais dès la première heure. Malgré les embouteillages, Lewis arrive à temps à l'établissement. Il entre en classe en même temps que ses condisciples et travaille calmement à son devoir.
EFFROYABLE MENACE • Tous les élèves semblent concentrés. Le professeur veille au grain. C'est le dernier devoir du trimestre et Lewis tient à avoir une note élevée pour boucher les trous dans certaines matières. Après avoir lu et relu sa copie, le petit garçon se lève et va la remettre au professeur, deux heures plus tard. La fin du devoir coïncide avec la récréation. Comme tous les élèves, Lewis sort de la salle de classe. L'air ambiant est chaud.
Depuis quelques mois, un soleil de plomb darde ses rayons sur Libreville. Dans ces conditions, comment résister à la tentation d'aller se baigner à la plage, située juste derrière le lycée ? Après les cours, le petit Lewis et ses camarades Patrick Mombo Kombila, Lens-Donald Essy et Manor Laté se résolvent à la baignade.
Leurs sacs scolaires à nouveau accrochés aux épaules, les adolescents quittent le lycée Paul Indjendjet Gondjout pour se rendre à la plage. Sans le savoir encore, Lewis venait de quitter son établissement pour la dernière fois. Une fois à la plage, ils ôtent leurs uniformes scolaires et restent en culottes. Ensuite, ils se, jettent à l'eau, l'un après l'autre. A la plage; Lewis ne se doute pas de l'effroyable menace qui pèse sur lui. Dans l'eau trouble où ils jouent entre condisciples, les minutes s'égrènent, au milieu d'un joyeux vacarme où se mêlent plongeons et rires.
Un navire de l'armée française est accosté non loin de là. De temps à autre, leurs regards admiratifs s'y accrochent. Ils ne voient pas le temps passer. Mais la fatalité voudrait qu'ils traînent encore à la plage.
SPÉCULATIONS• Il est midi passé. Les enfants continuent à se laver. Soudain Lewis disparaît après un plongeon. De longues minutes s'égrènent et le petit garçon ne réapparaît pas. Lorsque ses condisciples s'en rendent compte, ils cessent aussitôt de se baigner. « Mais où est Lewis ? Ils ne réapparaît pas», s'inquiète Patrick Mombo Kombla. Il promène son regard aux alentours, mais ne voit absolument rien.
Manor et Lens-Donald qui croyaient d'abord à une farce finissent par se rendre à l'évidence: Lewis a disparu. S'est-il noyé ? Un être sous-marin l'a-t-il retenu sous les eaux troubles de la mer ? Les trois lycéens n'osent pas le croire. Ce qui est sûr c'est que leur camarade n'est plus visible.
Après avoir vainement attendu sa réapparition, les trois lycéens se résolvent à rentrer chez eux, pétrifiés par ce qu'ils considèrent comme un mystère. Arrivé chez lui, Patrie Mombo Kombila qui connaît pourtant la famille du disparu se mure dans un grand silence. Peut-être par peur.
La nuit tombe. Lewis n'est toujours pas rentré chez lui, comme il l'a promis le matin à son neveu. Son père, André Mboumba, et sa mère Rosalie Malamba, ne s'inquiètent pas d'abord. «Il est peut-être avec des amis pour faire des exercices », se disent-ils. Mais l'adolescent n'apparaît ni cette nuit, ni le lendemain et les jours suivants. Qu'est-il devenu, lui qui ne dort jamais hors de la maison familiale ? La question taraude les esprits.
Le silence s'éternisant, les parents de Lewis se rendent au lycée Paul Indjendjet Gondjout pour en savoir un peu plus. Ils apprendront que leur fils a été vu pour la dernière fois avec ses camarades Patrick, Lens-Donald et Manor.
Interpellés et interrogés par la police judiciaire (PJ), les trois lycéens déclareront, avec peine, que leur camarade s'est noyé au cours d'une baignade. Ils brandiront plus tard les quelques effets de l'infortuné. Toute chose qui a laissé libre cours à toutes les spéculations. La famille du petit Lewis estime que ce dernier a été tué et son corps dissimulé. Pourtant, la PJ dit avoir retrouvé, quelques jours plus tard, un corps en décomposition très avancée au Tropicana. Elle indique qu'il pourrait s'agir de celui du jeune Lewis Lee Mitch. Mais sa famille se montre très dubitative.