Un avion de type Embraer immatriculé ZS-CAE appartenant à la compagnie sud-africaine Charlan Air Chater aurait été subtiliser par son propriétaire. Au nez et à la barbe des services de sécurité.
Fait rocambolesque que celui qui vient de se produire à l'aéroport international Léon Mba de Libreville. Un appareil de type Embraer, immatriculé ZSCAE, appartenant à la compagnie sud-africaine Charlan Air Charter et exploité depuis le mois de mai dernier par la compagnie privée gabonaise La Nationale, a disparu du tarmac vers vingt-trois heures avec ses trois membres d'équipage. Selon toute vraisemblance, l'appareil a été repris, sans crier gare, par son propriétaire, qui avait signé un contrat ACMI (aviation équipage et assurance) avec l'unique compagnie de transport privée de droit gabonais.
Des explications des responsables de La Nationale, il ressort que les pilotes de l'appareil ont prétendu procéder à ce qu'en langage aéronautique, on a elle "une accélération arrêt'. Il s'agissait simplement de chauffer les moteurs de l'avion sur la piste dans la perspective d'un vol prévu le lendemain sur Saô Tomé et Principe. Mais à leur grande surprise, les contrôleurs de l'Agence de la sécurité et de la navigation aérienne (Asecna) auraient vu l'avion décoller, au mépris des toutes les lois en matière de sécurité aéronautique. Une situation qui a mis en émoi les responsables de La Nationale. Après une nuit d'insomnie, ils auraient appris, samedi matin, que l'appareil avait finalement rallié l'Afrique du Sud, à la demande de son propriétaire.
Le directeur général de la compagnie gabonaise, Mokthar Nehme Mouketou a dit ne pas comprendre cette attitude des responsables de Charlan Air Charter. D'autant plus qu'il respectait, au pied de la lettre, les clauses du contrat.
MENSUALITÉS RESPECTÉES• Celui-ci stipule que La Nationale doit verser mensuellement une somme de 60 millions de francs au titre de la location Dry Lease. Un engagement qu'honorait régulièrement la compagnie privée gabonaise. Mais la décision de Charlan Air Charter aurait été motivée par le fait que son partenaire, versait maintenant ce montant directement à son créancier, à savoir la banque sud-africaine Weslbank. Devant le manque à gagner enregistré, la compagnie sud-africaine aurait préférer subtiliser nuitamment l'appareil acheté, semble-t-il, à partir d'un prêt de l'établissement financier sud-africain. Se sentant aujourd'hui lésé et floué, le responsable de la Nationale entend traîner Charlan Air Charler devant les tribunaux, pour non seulement, le remboursement par cette société de la caution de 300 millions de francs versés. Mais aussi pour qu'elle lui verse des dommages et intérêts conséquents, en réparation du préjudice causé.
Factures à l'appui, M. Mokthar Nehme Moukétou est allé hier rencontrer le vice-premier ministre en charge du Transport, Paul Mba Abessole, pour attirer l'attention du gouvernement sur cette rupture abusive et illégale de contrat d'exploitation. Tout comme sur les relations on ne peut plus tendues existant entre l'aviation sud-africaine et la nôtre.
En fait, ce geste serait le deuxième du genre commis à l'aéroport international de Libreville. Un appareil de type Fokker appartenant à la compagnie Air Excellence aurait également été retiré cette année, dans des conditions similaires.
SÉCURITÉ OBLIGE• Chacun sait que dans tous les pays du monde, c'est la tour de contrôle qui gère les différents plans de vol déposés pour éviter des collisions entre avions. Or, dans ces deux cas, cette disposition aurait été foulée aux pieds par l'équipage. Celui de l'Embraer 120 était composé de six personnes, à savoir les pilotes Adrian Van Zyl, Kamran Amir Amiri, Marcos Pereire, Paulo Schmitt et les hôtesses Le'Ann et Enri Leklerc. «Les pilotes avaient menti aux contrôleurs qu'ils procédaient à un essai parce que l'appareil avait été loué pour aller le lendemain à Sao Tomé et Principe. Ils ne devaient pas décoller sans plan de vol. Mais à la grande surprise des contrôleurs de la Tour, l'appareil a quitté le sol pour emprunter une destination inconnue» a expliqué le patron de La Nationale.
Si les faits qui leur sont reprochés par la Nationale sont avérés, les intéressés courent les risques de voir leurs licences retirées, surtout qu'ils étaient en amplitude, autrement dit ils avaient déjà dépassé le nombre d'heures de vols prévus par jour pour un pilote.
A l'évidence, cette rupture abusive et illégale de contrat de la part de Charlan Air Charter a causé un grand préjudice à l'unique compagnie privée de droit gabonais. La flotte de celle-ci est désormais réduite à un petit appareil de douze place. D'où évidemment les difficultés d'assurer ses liaisons habituelles. Acculés par les clients en attente de leurs correspondances, les responsables de la Nationale ont été contraints de procéder, hier déjà, à des remboursements. Et la situation risque de durer encore un certain temps.