Un équipage de marins ghanéens séquestrés au Port d’Owendo
Voici plus d'un an qu'un équipage complet, composé d'une vingtaine de personnes au moins, toutes de nationalité ghanéenne, se trouve en quasi-situation de séquestration à bord de leur navire en rade. Dont l'armateur répond depuis aux abonnés absents.
Les explications évasives qui nous ont été servies ajoutées au manque de collaboration affiché par les autorités administratives et portuaires concernées, nous amènent à craindre un cas manifeste d'abandon de marins, doublé du délit de « non-assistance à personne en danger ».
Notre pays, qui a déjà connu pareille mésaventure du temps de la Mpassa et de l'Abanga, peut-il se permettre d'afficher une telle indifférence devant le sort de tous ces pères de famille ? Face à ce qui peut se transformer, dans les prochains mois, en un drame humain aux conséquences inimaginables pour notre « candidat naturel » au Nobel de la Paix.
Toute cette affaire commence au mois d'octobre 2003, le commandant du Sandra, un navire battant pavillon ghanéen et, qui n'a manifestement jamais accosté au Port d'Owendo, lance, dans la nuit, un appel radio à la capitainerie pour solliciter l'assistance d'un pilote afin d'accoster son bateau au quai. Jusque-là, rien d'anormal puisque la réglementation dans tout port de commerce autorise ce genre d'opération.
Le représentant de l'autorité portuaire sur les lieux fait savoir au demandeur qu'il n'y a aucun pilote disponible pour l'instant, mais que lui-même connaissant le port - et un peu vantard sur les bords - pourrait l'aider à rentrer son navire en se servant de la radio.
Vu l'urgence de la situation, le commandant en difficulté accepte la proposition dudit officier qui se transforme en pilote de circonstance, sans trop se poser de questions. Très vite, la manœuvre tourne à l'abordage. Sur les informations erronées de l'agent de l'Oprag, le Sandra s'empale de manière spectaculaire dans les installations portuaires de la Comilog.
Les dégâts se chiffrent à plusieurs milliards de francs. Un montant qui, selon une première expertise sommaire, est largement au-dessus de la valeur du navire incriminé.
Face à cette situation, Comilog demande immédiatement réparation, en obtenant une « saisie conservatoire » après un premier arrêt rendu par le Tribunal de commerce de Libreville. Mais la décision est ensuite cassée en appel, la Cour ayant rejeté la responsabilité sur l'officier du port.
Le plaignant revient à la charge en objectant que même si le commandant a été mal conseillé, il doit assumer ses responsabilités comme l'exige les règles de transport maritime. En effet, dans ce domaine, quelles que soient les circonstances, le capitaine demeure le seul maître à bord de son navire. Le pilote n'étant qu'un conseiller sans la moindre responsabilité. C'est sur cette base que le Tribunal a re-ordonné et confirmé la « saisie conservatoire » au bénéfice de la compagnie minière.
Depuis quinze mois, c'est le statut quo dans cette affaire. Des hommes sont ainsi séparés de leurs familles, sans argent, sans eau potable, sans nourriture, condamnés à la débrouillardise. Ne pouvant mettre pied à terre, l’hygiène et les conditions de vie deviendraient très critiques, selon nos informations.
L'inquiétude qui nous tourmente est liée au respect de l'être humain. Si l'on doit s'indigner du comportement irresponsable de l'armateur, il y a lieu de s'interroger également sur le silence complice des autorités maritimes et portuaires gabonaises.
En effet, la passivité du ministère de la Marine marchande, en tant qu'administration de tutelle d'une part, et surtout le bec coué de l'0prag, dont un agent non qualifié s'est permis de remplir une fonction qui ne relève pas de ses piètres compétences d'autre part, nous oblige à nous interroger sur la réglementation en vigueur dans notre pays, quant à la qualité du personnel de nos ports.
Existe-t-il, comme ailleurs, un texte réglementant la fonction d'officier et de sous-officier de port ? Au risque de continuer à ternir l'image des ports gabonais qui n’est pas déjà flatteuse, la tutelle doit-elle laisser l'Oprag continuer à remplir sa capitainerie de marins d'eau douce ? Par ailleurs, Comilog ne peut-elle pas procéder à la vente du navire pour libérer l'équipage ?
Comme le dit un adage bien connu, il vaut mieux prévenir que guérir. Pendant que le camarade Félix Siby, déjà remercié pour incompétence notoire et tiédeur maladive, s'abandonne à de longues siestes du côté de l'Assemblée nationale, sa cousine, dame Alice Lamou, qui n'arrête plus de se pavaner tous les week-end dans des tailleurs d'une autre époque, du côté de Gamba et ses environs depuis son sacre, gagnerait à nous faire l'économie d'un conflit avec un pays frère.
En effet, en cas de décès de l'un des marins, ce n'est certainement pas contre l'Oprag ou Comilog que l'Etat ghanéen se retournera. Au lieu d'attendre d'envoyer Omar Bongo aux charbons quand cela arrivera, il appartient à la Marine marchande d'appeler toutes les parties à la négociation. Afin qu'une solution humaine sait rapidement trouvée à une situation qui n'a que trop duré.